Économie collaborative : une affaire d’assurance

3624032428_e6cc3a0f97_bLe monde des plateformes et de l’économie collaborative fait naître des inquiétudes, il est aussi un monde de nouvelles opportunités. C’est le cas en particulier pour le monde de l’assurance. C’est sur ce sujet que nous avons fait travailler les étudiants de la licence e-assurance de l’Université de Paris Ouest géré avec l’Ifpass. En voici la synthèse.

La Maif est sans doute l’entreprise qui s’est emparée avec le plus de vigueur de cette opportunité avec un fonds d’investissement de 100 millions d’euros et des prises de participation dans Zenpark, Koolicar ou Payname pour n’en citer que quelques unes. On restera attentif à l’évolution de cette stratégie qui ne semble pas se limiter à la gestion d’un portefeuille spécialisé mais semble viser d’une part un renouvellement de l’esprit et de l’action mutualiste, et d’autre part diversifier ses activités de manière complémentaire. C’est un beau cas à proposer à la sagacité des stratèges mais plus que d’activité assurantielle, il est relatif au modèle mutualiste.

Ce pour quoi l’économie collaborative est une affaire d’assurance s’explique par un autre argument. L’économie collaborative, au-delà de l’utopie du partage, se caractérise par la mise en relation de deux versants, au moins, du marché, d’un côté des consommateurs qui souhaitent bénéficier d’un bien ou d’un service, et de l’autre des détenteurs d’actifs ou de compétences prêts à les mettre à disposition. Le talent des plateformes réside dans la capacité à coordonner les agendas et assurer la confiance inter-individuelle des participants aux deux versants afin que les transactions s’opèrent de manière fluide, mais aussi à faire que chacun de ces versants, dans leur globalité, soit attractif pour l’autre. Un des problèmes soulevés par ce modèle est que sur le versant de l’offre le degré de professionnalisme est extrêmement hétérogène. Certaines plateformes vont ainsi chercher à être sélectives et se concentrent sur des collaborateurs dont les compétences sont avérés (par un diplôme, des qualifications, l’obtention d’une licence, voire un processus de sélection et de formation), d’autres sont ouvertes aux amateurs dont la compétence et les actifs ( voiture, logement, équipements de cuisines ou outils de bricolages) répondent à des normes domestiques. Dans le second cas, le risque est vraisemblablement plus élevé que dans le cadre de services professionnalisés.

L’exemple de la cuisine à domicile est assez remarquable (Les plateformes se multiplient : Eatfeast, Eatwith et en France platmaison ou monvoisincuisine qui a établit un partenariat avec Axa) . Si la restauration traditionnelle est très fortement normalisée et réglementée, par exemple avec le processus HACCP, ce n’est pas du tout le cas pour la cuisinière qui se fait rémunérer dans le cadre d’un contrat CESU ou se lance dans l’entrepreneuriat. Le risque alimentaire n’est pas nul en France. Il y a de 400 à 700 intoxication mortelles chaque année, et de l’ordre de 15000 hospitalisations. Ajoutons le risque d’allergie et les risques d’accidents domestique dont la cuisine est un des lieux critiques (24% des accidents et 20 000 morts annuels).

Ce risque crée deux marchés. Le premier est celui de la couverture de risques concernent autant l’offreur que l’utilisateur des plateformes. L’exemple de location automobile est lui aussi pertinent et le partenariat de Drivy avec Allianz est remarquable. La commission prélevée par la plateforme de location entre particuliers (30%) inclut pour moitié de son montant une police d’assurance et permet de répondre à quelques une des questions spécifiques suivantes :

  • Comment s’assurer que le conducteur du véhicule est en conformité avec les conditions d’assurances ?
  • Comment procéder pour sensibiliser le locataire afin qu’il adopte un comportement responsable ? Celui-ci sachant le véhicule assuré et n’en étant pas propriétaire, peut se révéler peu soucieux, voir, parfois inconscient (risque adverse).
  • Comment indemniser le locataire qui a réservé son week-end et qui pour cause de panne ou changement d’avis du propriétaire, doit engager des frais supplémentaires pour trouver un véhicule de remplacement en urgence, ou doit carrément renoncer à son week-end faute de véhicule ?
  • En cas de survenance de risques non couvert par le contrat, qui paie ? (l’assistance prend en charge les passagers de la voiture plus le transport mais pas les dommages matériels).
  • En cas d’accident : Qui paie les réparations ? Recherche de responsabilités et preuves, en cas de défaut de garanties.Qui paie la franchise en cas d’accident ?

Le second marché est bien sur celui de l’assistance, d’autant plus que les politiques des plateformes collaboratives, motivées notamment par l’évitement du risque de requalification en contrat salarial des relations avec les fournisseurs de services et d’actif, les conduisent à définir leur activité comme une simple mise en relation. Elle reportent ainsi la responsabilité de la résolution des dysfonctionnements ( un VTC qui tombe en rade, une tuyauterie bouchée dans un appartement) sur les co-échangeurs. Il y a là aussi une belle possibilité d’extension du service et un bon complément de plateformes telle que tripconnexion, ou very Local trip qui permettent de trouver un guide pour explorer des contrée lointaines, et multiplient les risques de vol ou d’accident. L’amateur qui fournit le service n’est pas la seule source de risque, le collaboratif incite probablement les utilisateurs à adopter des comportements qui expose à plus d’aleas.

L’économie collaborative se révèle ainsi fondamentalement une affaire d’assurance. Il reste à mieux évaluer dans quelle mesure elle accroît les risques que prennent leurs participants et la manière dont ceux-ci les perçoivent. Il y a dans tout les cas un potentiel d’innovation considérable pour le secteur de l’assurance, en particulier pour l’assurance on-demand. Et pas seulement pour des objets particuliers comme le propose Trov ( qui vient de lever 25 millions d’euros) mais pour chacune des nouvelles expériences auxquelles l’économie collaborative nous invite.

Surge pricing – plus que le marché, moins que la subordination, un dispositif

School of sardines. Picture taken at Panagsama, Moalboal (Philippines).
School of sardines. Picture taken at Panagsama, Moalboal (Philippines).

(28 janvier, Paris) Les taxis sont en grève mais pas les algorithmes de Uber qui hier ont travaillé dur! Nous parlons du Surge Pricing qui est au taxi ce que le Yield management est aux compagnies aériennes. Un mécanisme qui analyse l’offre et la demande de manière très locale et la régule en variant les prix localement et temporairement. C’est la vertu du big data, et un exemple très concret d’application, son originalité est sa vitesse d’exécution et la granularité.

L’avantage principal de ce système de majoration est triple. Pour les clients, il dissuade les moins pressés, et réduit ainsi les files d’attente, c’est un mécanisme traditionnel de discrimination par les prix, ceux qui ne veulent pas payer un multiple du prix n’ont qu’à attendre.  Pour les VTCiste, c’est le moyen d’améliorer le revenu de la journée, ils sont prévenus dans l’appli par une alerte et une carte qui leur indique les zones dans lesquelles le prix est augmenté. Le marché est ainsi régulé en temps réel, la capacité de production exploitée au maximum, et le volume d’affaire est au plus haut. Uber en bénéficie de manière linéaire. Hier l’absence des taxis à donc fait flamber les prix, un multiple de 2,5 pouvait être enregistré à 23h30 à Montparnasse. Pour une étude détaillée de ces effets on pourra lire ceci. On prendra garde aux auteurs puisque l’un deux est employé chez Uber.

Il va de soit qu’il y a des inconvénients, le principal est la frustration du client qui se sent pris en otage. Sur cette émotion Dan Ariely en fait une analyse fine dans le Wall Street Journal. Au delà de l’émotion on retrouve cette question du fair price étudiée il y a longtemps par Daniel Kahnemann et sur laquelle John Horton apporte des éléments intéressants : le jugement positif ou négatif sur cette question est lié à la connaissance du profit de Uber. Autrement dit si on pense que Uber est profitable, on émet un jugement très négatif, et si l’on croit que l’entreprise fait des pertes, c’est une opinion neutre qui s’exprime. Les prix ne sont pas qu’économique, ils ont une dimension morale! C’est ce qui amène enfin Dholakia a proposer des solutions pour faire mieux accepter cette pratique : mettre une limite ( caping) dans le multiplicateur, et surtout changer le nom et le mode de représentation, dans l’esprit du nudge. Et pour une dernière référence qui ne soit ni de l’économie, ni de la psychologie, ni de l’éthique, mais une forme sophistiquée de rétro-ingéniérie, voilà une étude très élaborée pour trouver les moyens d’y échapper.

Il y aurait bien d’autres références à proposer, le débat aux Etats-Unis est particulièrement riche et approfondi sur le sujet, il mobilise la sphère académique, on pourra regretter que les médias français s’en tienne à un point de vue superficiel et complotiste. Uber n’a pas discrètement augmenté ses tarifs ( ces derniers mois il a baissé fortement son prix de base à la grande souffrance de ses chauffeurs), ses machines appliquent simplement et algorithmiquement cette politique de surge pricing, une politique qui n’a rien de secret. Et hier en absence de Taxi faute à la grève, l’algorithme a tenté de rétablir l’équilibre du marché!  C’est un sujet qui demande débat car ce type de politique présente à la fois des avantages ( les économistes peuvent nous démontré qu’il accroit le bien-être social) mais heurtent aussi nos principes moraux immédiats mais aussi les plus approfondis (l’éthique conséquentialiste peut contredire  l’éthique des vertus!).

C’est un débat qui exige des débatteurs qu’ils entrent sérieusement dans des concepts et des théories bien établis, parfois ardus et arides. Ce petit jeu de références montre au moins que dans l’espace médiatique américain, on n’hésite pas à faire cet effort, et que d’éminents spécialistes font aussi preuve de pédagogie en disant en mot simple le contenu de raisonnements difficiles. Sortons de l’opinion, arrêtons avec la culture de la suspicion, argumentons, ce n’est ni facile ni évident.

Pour notre part, au-delà de l’aspect moral, se pose au travers de ce dispositif, la question de la nature de la plateforme. Qu’elle fixe les prix est une indication sérieuse pour la considérer comme le véritable employeur des VTC, qui lui sont au moins sur ce point subordonné, même s’il sont libre du choix de leurs horaires et de leur localisation. C’est un argument que les juges peuvent employer. Sans s’engager dans cet argutie, le but ici n’est pas de conclure sur la question de droit, on peut s’interroger sur le dispositif lui-même, dans son sens conceptuel d’ “un assemblage intentionnel d’éléments hétérogènes (instruments, méthodes, actions publiques, etc.) répartis spécifiquement en fonction d’une finalité attendue”, tel qu’il est théorisé depuis Michel Foucault.

Sans diriger de manière explicite, par un ordre, un commandement ou une instruction,  le comportement des VTC, Uber dispose différents instruments (des alertes, des cartes, et des modes de calculs) dans l’espace de circulation, orientant ainsi, sans définir de manière complète, les conduites à la fois des clients ( qui ont la liberté d’attendre ou de se déplacer) et des VTC. Nous avons à faire à quelque chose qui est plus qu’une place de marché ( ce n’est pas le mécanisme des prix qui coordonne les actions, car le prix établi n’est pas le fruit d’un tâtonnement et d’une main invisible mais celui d’un calcul dont il reste à faire la preuve qu’il reproduit bien ce que le marché aurait produit), ce n’est pas encore une organisation dans le sens de la hiérarchie qui divisant la conception de l’exécution coordonne  l’action. Ce dispositif qui coordonne l’action des uns et des autres ressemble à bien des égards à cette conception du nudge qui architecture le choix, sans l’imposer mais profitant à mains égards des limites cognitives des uns et des autres.

Vtcistes et clients seraient ainsi comme les sardines en banc qui se coordonnent mutuellement à partir d’une information partielle (les trajectoires de leurs voisines) qui leur est fournie dans le champs étroit de leur écran, au sein  d’un espace ponctué par le dispositif de pricing (le cable dans cette image, ou les prédateurs en pleine de mer)

PS : une première version a été publié sur Pulse de Linked in.

 

L’honnêteté, avant la confiance.

Un post lu par inadvertance, et que j’ai retenu dans mes « à-relire », relate le livre déjà ancien de Paul Seabright et soulève une question passionnante : même quand nous n’avons aucune raison de faire confiance, nous pouvons nous engager dans des échanges économiques risqués. Comme nous sommes devant l’étranger nous faisons foi à ce qu’il nous dit plus que nous nous méfions de ce qu’il va faire. Nous commerçons aisément avec des étrangers.

Interprétant rapidement cette proposition, on peut retenir l’idée que ce qui lubrifie les échanges sociaux n’est pas la confiance, mais l’ honnêteté. Nous sommes plus rarement convaincus de ce que les autres vont faire, et de leur bienveillance, que ce qu’il nous disent est vrai. La confiance n’est qu’un dérivé de cette croyance, nous pouvons en effet faire confiance pour d’autres raisons, notamment la possibilité de sanctionner celui qui a fait défaut.Ne soyons pas étonné de la proposition d’un Fukuyama qui voit dans la société américaine plus de confiance que dans les société latines, celles qui ont développées un système judiciaire fort, permettent à plus d’agents de faire valoir leur droit quand la confiance est rompue. Une société faite de liens forts en réduit les possibilités, le nombre de ceux auxquels on peut faire confiance est restreint dans les tribus, car la sanction ne peut être prononcée que dans le cercles restreint des conseils de famille. La rétorsion est en fait le concept central des théories de la confiance.

Mais face à l’étranger, cette option est inopérante. Il a un pays de refuge où nos règles ne s’exercent pas. La confiance ne dérive pas de la sanction, mais d’un a priori. Il dit vrai, il est honnête.

Le monde de l’internet où l’identité est approximative, les possibilités de rétorsions réduites, les tribunaux incertains, n’est à pas l’évidence pas un espace favorable à la confiance. La rétorsion y est impotente. Il ne reste que cette hypothèse d’honnêteté même si le cynique ne peut l’accepter. On accorde tant d’avanatges au mensonge, à la ruse, voire même à l’hypocrisie.

Et pourtant, nous n’hésitons pas à parler à des inconnus, ni même à engager des relations sentimentales, pire nous y achetons, nous y échangeons, nous partageons. Une hypothèse naturelle serait-donc que nous attribuons à autrui une vertu que nous n’avons pas forcément complètement, celle de l’honnêteté. Hypothèse d’autant plus étrange, que le mensonge semble une chose largement partagée.

Arrêtons nous un instant sur ses formes. D’abord le mensonge peut être délibéré : on fournit aisément dans les formulaires des numéros de téléphone erronés, des noms dans lesquels on glisse sans scrupule des erreurs de graphies, on ment sur son age, sa taille, on fournit des photos d’autres. Le mensonge peut être aussi simplement une omission. On ne dit pas tout, dans les listes de préférences on en indique qu’une partie. On se soustrait à la surveillance, effaçant périodiquement des centaines de cookies, ou nos historiques de consultation. Le mensonge est surtout souvent involontaire, il se fait dans ce que nous répondons dépend moins de ce que nous sommes que ce qu’on nous demande. Le fait est qu’entre les faux commentaires, les faux reportages, les fausses notices d’information, la fausseté des artistes de la communication, l’univers de l’internet semble être celui des faux semblants et des illusions, plus que cette galaxie d’information dans laquelle les masses d’information s’agrègent par la force d’une certaine gravité : celle de la vérité.

Et pourtant nous faisons confiance, sans possibilité de rétorsions. Nous prenons ce monde comme un monde sans biais, nous achetons, nous consommons. Nous agissons en croyant à la force de l’honnêteté. C’est le fait primaire, la confiance est un concept dérivé. De manière irrationnelle nous faisons l’hypothèse de l’honnêteté des inconnus. Nous nous en nous défions que si nous discernons chez eux, les signes de ce qu’ils nous mentent.

Ce mystère peut cependant être levé de deux manières. La première est de reprendre certaines thèses évolutionnistes. Les menteurs ont peu de chance de se reproduire, la sanction qu’on peut leur appliquer à défaut de toute autre rétorsion est de ne plus les croire. A la manière de pierre et le loup. Les menteurs ont peu de chance de se perpétuer, à force de mentir on ne les croit plus.

Mais on peut aller plus encore un peu loin, et reprendre la vieille théorie du handicap : pour signaler une qualité, on doit la prouver par un handicap. Le paon ne ment pas sur sa beauté, car sa roue en fait une proie visible. S’il se permet ce handicap, c’est qu’il possède vraiment cette qualité. Et l’avantage de reproduction qu’il en tire – être choisi par les faisanes – dépasse le coût d’être dévoré. Le paon est honnête, c’est le handicap de l’honnêteté qui lui donne un avantage.

La seconde manière de résoudre le mystère est que nous ne sommes pas des oies blanches, que menteurs nous sachons que les autres mentent. Mais nous savons qu’ils mentent comme nous ! Nous mentons partiellement. Et cela suffit pour développer une croyance particulière : celle de discerner chez les autres les éléments de leurs mensonges. Nous pourrions ainsi évoluer dans un environnement mensonger, et lui faire confiance, pour la simple raison que nous sommes persuadé de faire la part du bon de l’ivraie. C’est notamment l’objet des recherches de Joey George.

Les deux arguments se combinent sans difficulté. Dans un monde mensonger, parce que nous savons déceler le vrai du faux, ou simplement que nous en soyons persuadé, nous pouvons aisément croire que les Paon sont honnêtes. Les faisanes savent qu’ils disent vrai. Ils font de beaux oisillons. Si elle n’étaient pas persuadées de discerner le vrai du faux, une roue flamboyante d’une crête écarlate – ce ne sont pas des poules, cela ne vaudrait pas le coup pour les paons de risquer d’un coup d’éventail de dresser une cible à leurs prédateurs. Il suffit qu’elle croient que le paon dit vrai.

Dans un monde de mensonge, ce qui qui compte est finalement la capacité à croire discerner parmi les signes ceux qui sont vrais et ceux qui sont mensongers. Même si aucun signe ne dit le vrai, ceux qui sont mensongers seront testés. Les croyances erronées seront éliminées, et apprendre quels signes sont faux, en renforçant cette conviction de discerner le vrai du faux, renforcera l’idée que les autres sont honnêtes, et que fortement ils s’exprime, plus honnête ils sont.

L’hypothèse que la croyance en l’honnête des autres est le moteur de la croissance dans un univers mensongers est sans doute une des questions de recherche la plus pertinente pour comprendre la logique du monde digital.

Et si tout cela semble abstrait, revenons à un éléments concret : comment comprendre alors que 75% des gens pensent que les commentaires sur internet sont trompeurs, la même proportion en tient compte. Comment comprendre alors qu’on pense que les information sont fausses, nous les prenions en compte ? C’est parce que persuadé de discerner le mensonge de la sincérité, nous faisons l’hypothèse de l’honnêteté, que ceux qui disent vrai le manifeste au point de souffrir de profonds handicaps. Ces signes coûteux nous apprenant à discerner le vrai du faux, nous renforcent dans l’idée que ce que les autres disent est à priori vrai.

La confiance ainsi ne se nourri pas de foi mais de la pratique de l’ honnêteté. Et la preuve empirique, est que du marché du village à  e-bay, au fond les escroqueries sont rares. Les marchés ne fonctionnent pas par la confiance, mais par l’honnêteté de leurs acteurs, ou du moins d’une large majorité, et par la croyance qu’ils ont de reconnaitre l’honnêteté de leurs partenaires. Le monde est bon.

crédit photo : I appreciate honesty

le sens du local

Locus solus
L’idée principale du solomo vient celle de l’importance du local dans le nouveau web, ce web mobile et social, qu’on tient à la main. On ne s’arrête que rarement sur sa signification.  L’internet local  se centre sur le lieu, le moment et son voisinage. 
Il renseigne sur les horaires de cinéma,  le nombre de places de parking disponibles, les horaires de la pharmacie de garde, il checke les restaurants à deux pas, il dialogue avec des bornes urbaines, défile la liste de course sur le caddy, il gère les points de fidélité au contact de la caisse, il avertit de l’état du trafic et de la météo.  Il semble être de plus en plus présent et domine peut être l’espace de nos écrans.
Une première explication consiste dans une évolution de la population. A force de toucher un nombre de gens croissant, l’internet change dans la structuration des activités principales. Au début quand le web était l’affaire des plus riches, des plus éduqués, de ceux qui avaient le plus d’intérêt, l’offre s’est constituée sur la base d’un réseau de sites encyclopédiques, de catalogues, de quelques journaux et de portail facilitant l’accès à de nombreux documents. Ces sites œuvre comme des ponts entre ceux qui à travers le monde partagent le même intérêt.  En grandissant, la toile s’est peuplées de millions de fenêtres dont l’accès est permis par les artères des moteurs de recherche. La nature de l’information proposée est largement statique, la connaissance qu’elle offre est générale, et son usage est faiblement liée à aucun contexte d’utilisation.
La seconde vague du web accompagne et entretient la croissance des taux de pénétration et révèle les attentes des nouvelles populations concernée par l’internet : une attente de socialisation, d’interaction avec les autres : les plateforme qui émergent et dominent sont celles du social. Elles réunissent des réseaux de personnes, les contenus perdent de leur systématique, ils se présentent comme le flux contingent des relais et des productions de nos voisins. La source d’information qui était délocalisée est relocalisée.
Avec le mobile c’est une autre population encore qui est atteinte : celle qui ici et maintenant, là où elle a besoin d’information sur ce là ou elle est. Et cette population cherche des horaires de trains, les heures d’ouvertures de la pharmacie de garde, une adresse, cherche à s’orienter..C’est l’usage de l’information qui à son tour est relocalisé. Le rôle des applis et des apps markets est essentiel. Leur usage s’appuie sur un principe de proximité, la géolocalisation est la clé de recherche. C’est un nouveau web qui prend le visage de l’environnement proche.
Source
Cette analyse en terme de superposition de populations dont les comportements son différents est cependant incomplète, car elle ne tient pas compte de la superposition des offres. 
Si la première génération d’internautes ( les 30%) privilégiait une recherche d’information délocalisée (le catalogue digital est partout et nul part, consultés de partout) c’est aussi qu’elle n’avait pas le choix. Naturellement à partir du moment où elle a pu disposer des plateformes sociales, une partie de leurs activités s’est déplacée et que leur activité globale a augmentée. Les nouveaux venus, s’ils ont fait connaissance avec le web d’abord par les messageries et les réseaux sociaux, et en font désormais leur point d’entrée, acquièrent aussi les anciens usages. 
Aujourd’hui en s’équipant de terminaux mobiles, le même phénomène se produit. Pour beaucoup c’est par l’usage des applications, et bientôt les interactions avec les multiples machines distribuées dans l’espace (automate, caisses, panneaux digitaux..), que passe l’usage du net.
Le test de cette hypothèse de changement de population mérite une analyse plus affinée qui requiert de suivre des cohortes. IL n’est pas sur que de telles études aient été entreprises et le lecteur qui en connaîtrait l’existence est aimablement invité à en faire part dans les commentaires. 
Source
Mais il y a cependant quelques indications. A ce moment de l’histoire où le taux de pénétration de l’internet croit presque linéairement dans le monde pour arriver au stade où plus d’un tiers de la population mondiales est connecté, le modèle américain d’usage donne quelles indications. Si la pénétration de l’internet est de 80% toutes catégories d’usage confondus alors que 76% le sont à la maison, c’est qu’une part de ceux qui se connecte le font au travail ou ailleurs. On remarquera avec attention cet accroissement des autres lieux qui incluent sans doute les situations de mobilité – un taux de pénétration de 32% est enregistré, et surtout l’accroissement substantiel – il double en 10ans –  du temps passé sur les écrans.   A l’évidence chacun des lieux réclame une information différente pour des usages distincts. La diversification des usages en accroît le volume et la diffusion.
La dimension locale de l’internet se serait donc développée par de nouvelles populations d’utilisateurs, et l’accumulation des usages. Elle implique une transformation dans la localisation des sources d’information et de son usage. De ce double critère on en déduit une typologie des espaces internet. Si le premier aujourd’hui s’est largement structuré autour des moteurs de recherches, trois autres sont en plein développement. Le web social poursuit le développement de sa couverture et connait un nouvel essor avec les mobiles. Le web serviciel, moins médiatisé, poursuit lui aussi son développement. Un web local, voir hyperlocal,  est en train de se structurer autour des techniques de géolocalisation. De nouveaux espaces et de nouveaux modèles d’information qui se superposent.