Plateformes et métropoles : le poignard subtil des politiques publiques.

27146505752_cb38a91891_zUne belle invitation que de participer à la rencontre City2City organisée par la ville d’Amsterdam le 28 mai, en même temps que The Next Web. Quand au motif principal la ville d’Amsterdam se targue d’être la première ville de la Sharing Economy. La rencontre qu’elle organisait avec l’excellente équipe de Share_NL  avait une idée en tête bien précise. Faire se rencontrer des capitales autour d’un problème devenu majeur dans les politiques publiques locales : l’irruption des plateformes dans l’écologie délicate du logement et du tourisme.

Le Next web a tenu ses promesses avec une entrée en matière entre Laser et techno, et une petite poucette rappelant aux startuppers qu’il travaillent moins pour devenir riches que pour faire de la planète un meilleur endroit. On en croira pas un mot et on se contentera de constater que la technologie fait bon ménage avec une sorte de religiosité. N’adhérant pas à cette dimension salvatrice, on en restera à constater de manière ironique que la science n’est pas la technologie, et qu’il vaudrait mieux plus de science dans ce monde, qu’une technique qui revêt des habits toujours plus chatoyants et promet des bâtons de pluie.

27271467460_a1b51d2989_zOn apprend peu dans ce genre de conférence, mais on peut sentir l’humeur. Un bel exemple était cette présentation simple de Taskrabbit qui délimite l’enjeu  sans détour : il y a aux états unis un marché de 400 milliards pour les services domestiques, et une solution de plateforme est jouable pourvu qu’on remplisse une promesse élémentaire : le ménage on-demand, dans un délai de 90 minutes. Plus besoin de planification, de rendez-vous régulier, maintenant un peu de bazar et hop on appuie sur le bouton. C’était dans une session économie collaborative dans laquelle une autres stars était Blablacar.

D’Amsterdam on peut dire une infinité de chose, la ville à réussit à exclure les voitures, on y sera surpris du nombre incroyable d’enfants qui jouent dans les jardins publics, on connait son histoire récente et sa manière habile d’avoir fait face aux marginalités. Rares sont les villes aussi civiles qu’elle donne le sentiment de déambuler dans une cité radieuse ou un jardin. Quand le bruit le plus fort est celui des oiseaux, on ne peut être qu’admiratif. Quand à l’heure de l’apéritif on se rend compte que c’est sur les canaux qu’il se prend, sur des bateaux, barques ou péniches, petits ou plus grands. dans l’air printanier, on se dit que oui les municipalités peuvent créer un art de vivre et la démocratie douce qui et d’une délicieuse citoyenneté.

Quant à la réunion, c’est bien l’objet de ce post, quelques métropoles qui se rencontrent : Amsterdam, Paris, New- York, Toronto, Barcelone, Athène, Copenhague, Séoul entre d’autre. Un bel échantillon où tous sont confrontés à l’économie collaborative, mais vivent une confrontation différente. Pour les unes c’est la levée de bouclier d’une hôtellerie dévastée, pour d’autres la problématique d’un gentrification accélérée, d’autres encore le  foisonnement des hôtels clandestins, partout le prix du mètre carré et les locataires chassés pour un meilleur rendement, des effets de ségrégation aussi, des taxes et des revenus qui disparaissent dans l’économie domestique. Toutes partagent le sentiment de devoir réguler, dans des climats qu’on imagine bien différents:  les pouvoirs donnés aux municipalités variant fortement d’un pays à l’autre tout autant que la richesses des territoires. Une même source de perturbation mais différents problèmes et différentes solutions. Comparer ce que les uns et les autres font était l’objet de la réunion. Un article de Bloomberg a crû y déceler la formation d’une alliance, Une consultante qui participait au projet aura précisé dans une tribune du huffington la nature de l’échange de point vue.

Plus sensible à la question des modèles d’affaire qui sont globaux, ma première réaction à la question posée lors de ce city2city auquel  j’ai assisté,  est que la régulation, un réflexe immédiat est un leurre, un pansement sur une jambe de bois et que la faiblesse des métropoles est qu’engluées dans les problèmes locaux, elles ne peuvent qu’offrir une réponse spécifique à des puissance qui sont capables de réunir des armadas d’avocat et d’absorber plus rapidement le contenu légal que ne le font les cours de justice. Elle joue de surcroît d’une défense en ordre dispersée. L’échange de bonnes pratiques est nécessaire, sans doute devrait-il aboutir à des politiques coordonnées.  Les réponses des métropoles l’interdiction pure (c’est le cas de NY) au dialogue presque constructif (donnons un avantage à Paris) en passant par l’impuissance (C’est le cas des villes du sud).

Ce modèle économique dont le cercle vertueux qui s’appuie sur la mobilisation massive d’actifs qui viennent de la foule, et dont une partie importante vient des amateurs, dicte désormais une grande partie de la partition que les villes doivent jouer. Les plateformes n’hésitent à intervenir dans les politiques publiques. Un nouvel acteur politique est désormais entré dans la sphère publique et il prétend à y jouer un rôle :

Airbnb is always working with policymakers on measures to make cities stronger. Over the coming weeks, we will continue these discussions in Amsterdam. Today, we want to share our priorities for these discussions:

  • Build a more open and transparent home sharing community – We know policymakers make the best decisions on home sharing when they have access to clear information. We want to provide Amsterdam with anonymised information they need to make informed decisions, while protecting the privacy of hosts and guests.
  • Help hosts understand the rules and help the City take action against rule breakers – The vast majority of Airbnb hosts follow the rules and provide great experiences for guests; unwelcome commercial operators have no place on Airbnb.
  • Empower families and communities by spreading guests and benefits across Amsterdam – Airbnb supports countless Amsterdammers and democratises the benefits of travel for communities and businesses that haven’t previously enjoyed the positive impacts of traditional tourism.
  • Preserve clear and simple home sharing rules – We know complex and burdensome rules favour commercial operators, slow innovation and hit regular people who need this income the most and provide authentic experiences for guests.
  • Promote responsible home sharing that makes cities better – We know local hosts care deeply about their city and guests want to experience Amsterdam like a local, and we want to help. Among other tools, we recently introduced a neighbour tool in markets across the world and plan to introduce this in Amsterdam shortly.

Over the coming weeks, our discussions will be guided by these principles.

Source : DansMonLabo

Les citoyens ne sont plus simplement représenté par leurs élus et leurs associations, il le sont aussi aussi par des acteurs qui leur fournissent des revenus directs et indirects. Il faudra bien inventer une méthode pour que les utilisateurs des différentes faces du marché : locataires, propriétaires, conciergeries, réparateurs,  puissent participer à la décision voir à la conception des interfaces, des règles et des algorithmes. Sans compter les autres parties comme l’hôtellerie qui est concurrencée au moins en partie, les voisins qui subissent les nuisances associées aux mouvements de personnes, les commerces qui voient apparaitre et disparaitre de nouveaux flux.

Un danger de la régulation est qu’elle soit centrée sur les quelques cas qui posent un problème flagrant, et non sur la néçessité de réorganiser des pans entiers de la vie publique. Méfions nous de ce réflexe défensif, réguler sans connaître est à la fois risqué et inefficace.  L’hôtel, le camping, le grand hôtel, le bed and breakfast, l’auberge de jeunesse, la chambre chez l’habitant, le logement Airbnb, le couchsurfing  participent à un même ensemble, celui de l’hébergement de courte durée pour le tourisme, les obligations et les affaires. L’enjeu est moins dans l’airbnbification que dans l’architecture renouvelée d’un secteur économique. Bienfait fiscal, apport de devise, équilibre des emplois, tranquillité des riverains, sécurité des habitants, revenus des propriétaires mais aussi opportunités pour les plus pauvres locataires, création de nouveaux emplois de service avec la conciergerie et économie et expériences des consommateurs sont les différents facteurs qui doivent être optimisés. Les règles que la Cité à à formuler sont fonction des ressources dont elle dispose (Parc immobilier, attractivité touristique….), et des réponses possibles à la question : comment maximiser l’ensemble de ces critères et arbitrer quand ils sont en conflits? Sacrée equation!

La résolution d’un tel problème peut difficilement être le résultat d’un processus de marché car il aboutirait à une double inégalité : concentration des ressources chez ceux qui disposent du capital cognitif et précarisation de la production des services, accroissement de la ségrégation spatiale. Il ne peut non plus être le résultat d’une autorité : elle n’a pas tous les éléments du problèmes pour proposer une solution optimale et les résistances peuvent en limiter la portée. C’est une voie tierce qui doit être empruntée, celle qu’indique les travaux d’Elinor Ostrom (pour la lire en français c’est ici), dans une institutionnalisation du dialogue, dans le tâtonnement d’un arrangement d’intérêts privés et collectifs, dans la construction d’un espace public où les acteurs délibèrent. Le rôle de l’autorité publique est sans doute de ménager un tel espace et de motiver une telle délibération, de faire émerger des conventions.
Un petit exercice réalisée avec mes étudiants, en les invitant à regardez la situation dans quatre ou cinq métropole  fait ainsi apparaitre quelques grands traits des politiques à l’hébergement de courte de durée. Ils se distribuent de l’interdiction pure à l’absence de décision et porte sur des éléments qu’une convention qui n’est pas toujours établies:
  1. La destination du logement est un critère essentiel. On oublie que pour partager il faut posséder, et que ce que l’on possède c’est pour une destination particulière : se loger, en tirer un rendement,  les conditions de location sont soumises aussi à la destination.
  2. Le degré de contrôle des autorités sur les données (notamment la liste des revenus distribués par les plateformes ou la perception d’une taxe) où l’obligation d’une inscription au registre pour recevoir des invités.
  3.  Les conditions d’occupation : être présent lors du séjour des invités où non, y résider une bonne partie de l’année.
  4. La durée de la location au total et de manière consécutives qui varie de 60 jours à 120 jours, et pourrait être aussi l’objet de limitation dans les périodes de l’année (autorisé l’été et pas l’hiver).
  5. Des délimitations territoriales : l’activité de location pouvant être limitée dans certaines zones à vocation hyper-résidentielle.

Peuvent s’ajouter des disposition plutôt nationale pour la défiscalisation des revenus issus, et la détermination de de leur plafonnement. Certaines plateformes intègrent cette limite. L’intensité du  contrôle est essentielle: passe-t-elle par des dispositifs de signalement, un cadastre, des équipes de vérificateurs, éventuellement le balisage des logements. Les données en sont un enjeu essentiel.

La controverse naissante de l’économie collaborative qui se traduit par des échanges entre particuliers que médiatisent les plateformes, a pour enjeu l’étiquetage ou et la catégorisation sociale. L’économie du partage a d’autres signification que l’économie on-demand, le freelance célèbre une vertu que le travail morcelé en tâches à 5 euros a perdu, le collaboratif espère plus de sens que les marketplaces.  L’enjeu de la controverse c’est justement cette catégorisation.

Quelle convention va surgir l’interaction des parties : la ville qui aménage, les propriétaires qui accroissent leurs rentes, des locataires tentés, des touristes ravis, un voisinage troublé, le commerce attentif à ces déplacements des flux des populations qui ne sont plus fixés par les hôtels? Par quel processus? Les autorités des métropoles en sont les spectateurs immédiats, au moins pour cette raison qu’au delà d’équilibre de marché et d’institution, il s’agit aussi de l’aménagement urbain. Une des choses remarquable de l’économie des plateformes est qu’elle n’est pas que virtuelle, elle peut aussi façonner le paysage urbain. Ajoutez à l’effet du logement, celui du transport, celui de la livraison en pleine transformation, la circulation des personnes et des bien change d’aspect et change celui des quartiers.

On comprendra que le design d’une politique publique relève de l’art de découper des fenêtres d’un monde à l’autre et nécessite un poignard subtil.

 

De l’économie collaborative au gouvernement algorithmique des plateformes

5928727544_fdc9ecc4e5_zCe texte résume l’intervention réalisée dans le cadre de la Conférence Internationale de Gouvernance CIG 2016 à l’Université de Montpellier : Gouvernance et gouvernementalité à l’heure du big data : quels enjeux pour les entreprises ? La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Avec le développement de l’économie collaborative, ou d’économie on-demand, le modèle de plateforme prend un nouvel élan. On l’a découvert avec les plateformes-produits, il s’est conforté avec les marketplaces, il s’épanouit avec les réseaux sociaux. Désormais il règle les échanges de services et le prêt des biens. Une grande partie des 150 licornes (start-up valant plus d’un milliard de dollars) est constituée par des plateformes, on en dénombre plusieurs milliers, dont Uber, BlaBlaCar ou Ola dans le transport, Airbnb ou Booking.com pour hébergement à courte durée, Oscaro, Lending Club ou Indiegogo dans le crowdfunding, Amazon, Alibaba pour les places de marché, mais aussi Esty dans une version plus collaborative, Deliveroo ou Hero delivery dans la logistique du dernier kilomètre, Fiverr et Taskrabbit pour les services à domicile.

Du crowdsourcing et des algorithmes

Le propre des plateformes réside dans deux éléments. Le premier est une généralisation du crowdsourcing qui, ouvrant très largement l’approvisionnement en actifs productifs, en travail et en consommations intermédiaires, donne une place importante à des acteurs que l’on peut qualifier d’amateurs. Le second est du recours intensif aux algorithmes pour assurer la coordination des activités à une échelle très importante (des centaines de millions d’individus) et très fine du point de vue de l’espace et du temps. La combinaison de ces deux éléments conduit à un modèle d’organisation d’un type nouveau, fondé sur la maîtrise des algorithmes qui pose des questions de gouvernance, d’autant plus fortes que les machines sont faillibles.

Le moteur de croissance des plateformes s’analyse au travers de la combinaison de plusieurs mécanismes économiques. Le premier est celui du crowdsourcing et il se révèle dans la capacité à mobiliser des actifs sous-utilisés, du travail parfois non rémunéré et de l’information et des idées partagées. Il engendre un second mécanisme de la longue traîne, plus justement décrit par la notion d’économie de la diversité. Le troisième est l’interaction positive entre les populations qui constituent les différents versants de marché : l’attractivité de la plateforme sur le versant client est d’autant plus grande que la diversité des offres est forte et réciproquement.

Elle est amplifiée par la maîtrise des capacités d’appariement (matching markets) qui permettent de résoudre la faiblesse d’une offre trop large et trop diverse pour les capacités cognitives des demandeurs, par le biais de score d’appariement (comme sur les plateformes de rencontre) et de moteurs de recommandation (comme dans le cas les places de marchés). L’ensemble produit des externalités de réseaux et de standard qui soutiennent la politique de crowdsourcing.

Gouvernementalité algorithmique

L’analyse économique permet de rendre compte a posteriori des succès des plateformes, mais dit peu de la manière dont ils sont menés.

C’est dans la manière dont les plateformes gouvernent leurs populations qu’on peut trouver une réponse. Avec le concept de gouvernementalité de Michel Foucault, définit rapidement comme l’influence sur les conduites qui transforme les populations en ressources, un cadre d’analyse cohérent peut être formulé. La gouvernementalité se manifeste par trois grands éléments : l’architecture des plateformes qui capacite ou restreint l’action de ses membres et des populations ; une capacité normative et de surveillance -une police ; un dispositif incitatif qui stimule l’activité des acteurs individuels et mobilise les foules.

La spécificité de ces politiques est d’être largement algorithmique, se nourrissant d’un flux de données important (le big data) qui à la fois permet de produire la connaissance nécessaire et la mise en œuvre des politiques dans le flux des microdécisions prises par l’organisation et les individus. Un mécanisme comme le surge pricing de Uber en est un exemple remarquable : à l’échelle de quelques minutes et d’un quartier, Uber peut faire varier les tarifs en fonction de l’offre de VTC et de la demande, dans le but principal de limiter l’attente à moins de cinq minutes.

Le calcul n’est pas neutre

On a tendance à surestimer leur efficacité et leur neutralité. Ils produisent des effets de dispersion des prix, de polarisation des opinions, de discrimination sociale. Autant d’effets que leurs concepteurs n’ont pas envisagés. C’est le fruit d’une forte dépendance aux données : les paramètres des algorithmes dépendent des données qu’ils traitent, et certains groupes d’acteurs peuvent les troubler. Le calcul qu’ils produisent n’est pas neutre, son résultat est souvent performatif et les populations qui en sont la cible s’y adaptent par une sorte de social computing.

Les effets de ranking en sont un exemple, le classement renforçant la performance. Des effets inattendus, parfois néfastes, sont observés : extrême variance des prix de marchés, biais de sélection, polarisation des opinions, ségrégation sociale. C’est ce qu’on peut appeler la politique des algorithmes et qu’on définit comme l’effet résiduel et non intentionnel de la gouvernementalité.

Les plateformes font ainsi naître un double risque : celui d’une interférence dans les libertés et celui des externalités sociales liées à la construction même des algorithmes. Cette analyse conduit à s’interroger sur la gouvernance des plateformes et les mécanismes qui permettent de gouverner le gouvernement des plateformes. Quelle politique de confidentialité des données personnelles ? Quel degré de transparence des algorithmes ? Quel degré de participation des usagers à la conception et aux pilotages de ces modèles ? Quel degré de régulation par la puissance publique ?

Avec leur surgissement et leur déploiement planétaire, ces questions deviennent clés. Elles justifient que l’idée de redevabilité algorithmique soit de plus en plus élaborée, et surtout mise en œuvre.

Référence des travaux présentés : C. Benavent (2016) « Plateformes : sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux… Comment ils influencent nos choix », Fyp.

The Conversation

Christophe Benavent, Professeur Sciences de Gestion, Université Paris Ouest Nanterre La Défense – Université Paris Lumières

 

Plateformes :

PlatdeCouv-Plateformes.inddSites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux… Comment ils influencent nos choix

Il est là et en librairie. Pour l’accompagner cette rubrique où on retrouvera des réflexions autour et au delà du livre ainsi que l’ébauche de chapitres qui n’ont pas été (encore) écrits  : es plateformes et le travail, utopie et idéologie des plateformes, politiques publiques des plateformes…

Mentions presse :

Plateformes : Economie et gouvernance algorithmique

redevabilité algoEt voilà la vidéo de mon intervention à la Conférence Internationale de Gouvernance (2016) organisée par Véronique Bessière à l’IAE de Montpellier. On regardera aussi avec attention celle, limpide, de Jean-Fabrice Lebraty sur la grand sujet de la  Blockchain et de ses conséquences en matière de gouvernance. C’était une belle idée que de confronter la question de la gouvernance aux questions digitales. Il y a un domaine immense à explorer.

Pour ma part, il s’agit à partir de la compréhension de l’économie politique des plateformes (ses mécanismes économique et son mode de gestion  analysée sous l’angle de la gouvernementalité) de s’interroger sur leur élément clés : les algorithmes et de conclure sur l’exigence de redevabilité algorithmique.  En gros la thèse principale de Plateformes : Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux… Comment ils influencent nos choix

PS : pour les algorithmes de type apprentissage supervisée ( deep learning), et une problématisation plus précise on pourra lire dans La minute tech de Atlantico une interview sur les chatbots et les limites des algorithmes.

Séminaire Marketing Public MOPP

4555521308_d50f060404_zDes politiques publiques pour les plateformes?

date : 29 (Matin, Après-midi) et 30 juin (Après-midi) – Nanterre, bat A bureau  322.

Contenu : présentation de Plateformes : Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux…  (Fyp,2016) dans une perspective de management public. L’idée serait de réfléchir aux politiques publiques à l’égard de ces plateformes, tant au niveau local ( mairie de paris et AirBnB) que national ( le cas de Uber). En quelque sorte ébaucher le chapitre manquant de ce travail!

Pour le petit travail que vous aurez à rendre ( de préférence au jour du séminaire), je vous propose un exercice simple :  Étudier les mesures prises par les villes suivantes (une ville distincte par étudiant) pour encourager ou « contenir » les plateformes Airbnb et Uber . Le rendu prend la forme d’une note de 8000 caractères réprésentant les éléments de contexte, la pénétration des plateformes, les actions entreprises par les autorités et leur résultats.

  • Paris- Carole Merle
  • NY
  • Amsterdam-
  • Londres-
  • Séoul-
  • Athènes-
  • Barcelone-
  • Rome-
  • San francisco
  • ou toute autre suggestion si la ville a plus de quelques millions d’habitants…

PS: l’achat et la lecture du bouquin ne sont pas obligatoires… Je vous donnerez suffisamment d’éléments

LinkedIn s’ajuste au modèle de Bass

Linked in2Dans ces temps où l’actualité médiatique résonne les cloches de l’Uberisation et de la disruption, laissant croire que les lois sociales (s’il en existent) changent de nature et que les plateformes sont de nouveaux monstres et que l’innovation connait un rythme foudroyant, il est parfois bon de reprendre de vieux pots pour servir une soupe plus savoureuse que le potage de l’inculture.

Le vieux pot est un des modèles les plus anciens et les plus solides du marketing. On le doit à Frank Bass (1969), il est destiné à modéliser la diffusion de l’innovation. Ses hypothèses sont élémentaires et peuvent s’interpréter aisément au travers du modèle de communication de Katz et Lazarfeld (1955). La diffusion d’un message ou d’une innovation est le fruit d’abord d’une influence directe sur des consommateurs innovateurs qui se déterminent en fonction de l’information qu’ils reçoivent, ensuite d’un processus d’interaction entre ces derniers et les autres traduisant un mécanismes d’innovation. Le modèle s’exprime comme une équation différentielle qui stipule que le nombre de nouveaux adopteurs est la somme de ces deux processus. A chaque période de temps une fraction constante de ceux qui n’ont pas encore adoptés le nouveaux produit ou la nouvelle idée se mette à l’adopter : q*(K-Nt), avec q représentant cette proportion (fonction de l’intensité des dépenses publicitaires et médiatiques), K le potentiel d’adoption et Nt, le nombre cumulés de ceux qui ont déjà adopté l’objet. S’ajoute les effets d’imitation : p*Nt*(K-Nt), où le produit Nt*(K-Nt) représente l’ensemble de toute les interactions possibles entre adopteurs et non-adopteur et p le coefficient d’imitation, c’est à dire la proportion constante des interactions qui aboutissent à une adoption. Pour plus de détail on consultera le Bass Basement Research Institute.

L’idée simple de ce post est d’évaluer dans quelle mesure le modèle rend compte de la diffusion d’un réseaux social, en l’occurence Linked in. On retrouvera les données ici.  Pour estimer les paramètres du modèle, on utilise la fonction NLS de r, on retrouvera le code ( élémentaire) sur cette page de Cheng-Jun Wang ainsi que quelques suggestions utile pour l’identification des paramètres initiaux dans les commentaires (c’est le problème majeur des procédure d’estimation de regression non linéaire). En voici les résultats, l’ajustement est quasi-parfait au niveau cumulé.

adjustParameters:
Estimate Std. Error t value Pr(>|t|)
M 5.695e+02 5.297e+01 10.752 1.17e-10 ***
P 8.744e-03 9.511e-04 9.193 2.47e-09 ***
Q 1.098e-01 1.459e-02 7.529 9.07e-08 ***

Signif. codes: 0 ‘***’ 0.001 ‘**’ 0.01 ‘*’ 0.05 ‘.’ 0.1 ‘ ‘ 1
Residual standard error: 2.384 on 24 degrees of freedom

Le potentiel de marché (M) est ici de 569, 5 millions. Autrement dit Linked serait largement en phase de maturité puisqu’au premier trimestre 2016, il y a 433 millions d’inscrit ce qui représente 76% du potentiel. On restera prudent car parmi les travaux de recherche certains chercheurs montrent qu’il y a une tendance à la sous-estimation de l’ordre de 20%, surtout lorsque le nombre d’observation est faible ( Bulte et Lilien, 1997). Vraisemblablement le potentiel serait donc l’ordre de 630 millions d’utilisateurs et donc les 2/3 du potentiel étant couvert.

Avec un coefficient d’imitation de 0,1098 et un coefficient d’innovation de 0,0087 ont retrouve des valeurs qui ne sont pas éloignées des valeurs observées dans les nombreuses applications du modèles de Bass dont Farley et Al 1990, trouve des valeurs moyennes respectivement de 0,38 et de 0,03. On sera  surpris que l’effet de diffusion est inférieur à la moyenne, témoignant d’un effet d’imitation moindre que des produits d’équipement des ménages. Le réseau a été lancé en 2003, son potentiel sera atteint vers 2023, il faudra donc 20 ans pour arriver au plein potentiel. Quant au rapport innovateur/imitateurs, le modèle indique qu’il est dans un rapport 1 sur 4. C’est assez difficile à apprécier, mais on pourra sans doute être intrigué par la relative faiblesse de l’effet d’imitation dans une catégorie de produit dont la dynamique est présumée dépendre d’externalité de réseaux, et qui est illustrée dans le diagramme de droite.

BassEstim

L’exercice mené à des limites que la littérature très abondante ( plusieurs milliers d’articles) a relevé. La première est qu’ici le potentiel M est considéré comme stable alors qu’il devrait évoluer notamment en fonction du nombre d’humains connectés et de l’accroissement du nombre de cadres dans la population mondiale. Une seconde est qu’on ne prend pas en compte les évolution du service qui devrait être plus attractifs. Une troisième technique est que dans l’estimation les premières périodes n’ont pas été prises en compte.  Une quatrième est que l’on travaille à un niveau très agrégé qui néglige les disparités régionales. Il y en a d’autres.

Il reste une approximation qui s’ajuste fort bien et donne des éléments sérieux pour réfléchir à la diffusion des innovations digitales qui ne semble pas se distinguer fortement des autres catégories de produit et ne révèle pas l’illusion des accélération qu’on croit percevoir. C’est aussi une invitation à approfondir l’étude de la dynamique de cette diffusion où l’influence interpersonnelle ne semble pas aussi forte qu’on aurait pu croire. Ce n’est pas si étonnant, qui s’est inscrit sur le réseau suite à une invitation? Le mécanisme d’adoption résulte sans doute d’un autre cheminement : l’intériorisation d’une norme, la croyance qu’il est nécessaire socialement d’adopter ce type de service.

 

 

Dabbawalas : une inspiration pour l’économie collaborative

dabbaC’est en 1890, à Bombay, où les anglais  on commencé a tissé la toile ferroviaire, qu’une institution toujours vivante aujourd’hui a surgi. Il s’agit des Dabbawalas, une organisation en avance sur les pousses naissantes du business du « delivery on-demand » avec les Foodora, Deliveroo, Heros Delivery et de nombreux autres services . Une organisation de l’économie collaborative avant l’heure, qui sans ordinateur assure la livraison de 200 000 repas quotidiennement.  C’est à partir d’une erreur de livraison très improbable que le très joli film « the Lunchbox » déroule son intrigue.

Cette coopérative de livreurs  démontre qu’on peut faire du ‪#‎delivery‬ sans informatique mais avec du code, du on-demand sans plateforme digitale, avec une précision 6sigma et des employés presque analphabètes. Une belle leçon à l’heure de l’ubérisation pour les entrepreneur de l’économie collaborative .

L’art de la coordination

Le principe du système est somme toute assez simple. Chaque matin les Dallah récoltent à une échelle très locale les tiffins et à vélo ou à pied les amènent à la gare où ils sont triés selon les destinations, puis répartis entre les trains qui vont au cœur de la ville, déposé de station en station  puis re-détaillés selon les destinations prévue. L’ensemble de la mécanique est destiné à livrer au alentour de midi trente les boites-dejeuner à ceux qui vont les déguster. L’après midi, de manière inverse les boite reprennent le chemin du retour. C’est le principe du routage, celui du courrier, ou celui du mail. La différence est qu’il fonctionne aussi à rebours. Sa précision dépend du respect d’un rythme qui est celui de la marée, un flux et un reflux. Sa bonne exécution exige la discipline de ses agents, qui est obtenue par un système de pénalité mais aussi la vertu de l’uniforme. Dans le monde digital ni l’un ni l’autre n’est nécessaire car les électrons sont des employés bien plus disciplinés qui sont peu tentés de s’arrêter au café du coin.  L’infographie de Priyanka Bhadri en donne une description détaillée.
dabbawala_mumbai_journey2
Ce n’est pas le seul cas où un problème de coordination difficile est résolu sans informatique mais avec un système d’information judicieux. Le kanban est une innovation similaire à plus d’un égard. On prête à son inventeur, Taiichi Ohno, de l’avoir imaginé lors d’un voyage aux États-Unis à la fin des années 1940, où il fut plus impressionné par les supermarchés que par l’industrie. Le processus par lequel les rayons sont remplis à mesure que les consommateurs les vident lui a donné l’idée de mettre en place un mécanisme de fiches (papiers) qui sont envoyées en amont au fur et à mesure que les composants sont consommés en aval. L’accumulation des fiches donne le moyen de contrôler visuellement le niveau de stock et par conséquent le niveau de production.Parmi les raisons qui ont motivé l’adoption par Toyota, il y eu a deux facteurs : les gains espérés par l’économie d’échelle étaient insuffisants, il fallait trouver un autre moyen de résoudre les coûts, le second est que les capacités de calculs nécessaires pour l’approche planificatrice du MRP n’étaient pas disponibles au Japon.
Les deux cas nous apprennent que le calcul est plus dans l’organisation que dans les processeurs, et ceux-ci souvent reprenne leurs solutions. C’est le message de ce post qui avance l’idée que le processus map/reduce au coeur de Hadoop est similaire à l’organisation hub-and-spoke des Dabbawalas.

Travailler sans compétence mais pas sans code

Les Dabbawalas sont peu instruits, ils sont presque analphabète. Ils ne sont cependant pas idiots et peuvent apprendre les rudiments d’un code. De la même manière que les carte Kanban, ce code se matérialise par un jeu de symboles, de couleurs  et de nombres qu’inscrivent sur les dabbas les 900 Mukkaddams qui supervisent les 5000 Dabbawalahs .
dabbawala_mumbai_code
On notera qu’une différence avec les systèmes modernes de delivery est que la seule incertitude dans le système des Dabbalawas réside dans la localisation. L’élément temporel est stable : l’heure de livraison est fixée, et la cadence est fixée par les horaires des trains et l’habitude de ceux et celles qui confectionnent les repas. Celà dit pour les entreprises moderne c’est sans doute un élément à réfléchir dans leur modèle. Le consommateur garde encore des habitudes de repas à heure fixe, le on-demand est marqué par le rythme.  C’est la raison d’être du surge-pricing de Uber qui fait peser sur le consommateur le prix de l’ajustement, une manière plus douce serait sans doute de maitriser le temps par celle du réchauffement des aliments!

Une organisation coopérative

L’organisation est proche des modèles collaboratifs dans la mesure où les actifs qui permettent la production du service sont apportés par les Dabbawalas eux mêmes ; vélos, costumes. C’est en fait un syndicat, fonctionnant sous une forme coopérative depuis 1954, et établie sous le nom de « Nutan Mumbai Tiffin Box Suppliers Charity Trust (NMTBSCT) » en 1984. Les bénéfices sont partagés entre ses membres, à la manière des part dans un bateau de pêche. La compétition n’est pas absente, mais l’esprit de solidarité que la littérature récente en management décrit sous la forme de l’Organisational Citizenship Management est essentielle. L’organisation est constituée de groupes territoriaux qui se définissent comme des Strategic Business Units. Reprenons une citation du très beau livre de Sara Roncaglia ( Feeding the City: Work and Food Culture of the Mumbai Dabbawalas)

Ten people work in my group. Each of them has bought his own line. They have the same authority as me. We can only deliver the dabbas if we work with each other. Give a helping hand. Like a government coalition, right? The government has policy, so do we. By uniting, we can continue to work. But governments fall. We don’t, because we know that another’s loss is also my loss. That’s what we think and it won’t change.

On sera frappé dans ce cas par l’importance de l’intégration culturelle. Que ce soit par l’origine, l’intégration au groupe, l’identité commune, l’origine commune ( beaucoup viennent d’un district particulier : Pune) et la carte mentale qu’est le réseau de train, l’espace imaginaire de leurs activités. l’efficacité opérationnelle tient autant au processus qu’à l’intégration culturelle.  C’est sans doute la leçon principale pour les startupers. Une application ne fait pas une culture et d’une plateforme à l’autre celles qui résisteront le mieux aux évolutions sont celles qui au-delà de la technologie construirons dans la pratique de véritables institutions. Citons à nouveau

The railways function as a relational nexus, an antidote to social fragmentation. Not only do they connect space and people, they also weave the threads of the many lives being played out in Mumbai into a tapestry that its residents can recognise and understand.Their social role is entwined with the very nature of the city, which is neither that of a cultural “melting pot”, nor of a “salad bowl” or a “mosaic”—to quote some of the metaphors commonly used by scholars to describe culturally complex human urban aggregates — but it is rather a “connective nature”, experienced and reproduced on a daily basis by millions of people.

Ce nœud n’unit pas que les Dabbalawas entre eux, mais les attachent à leur client, c’est un lien moins physique et informationnel, que l’espace imaginaire commun qui fait des Dabbawalas le cordon nourricier de la cité.

Conclusion : il suffisait de glisser un message

Le film « the Lunchbox » construit son synopsis sur deux glissement. Le premier est celui de l’erreur improbable qu’une boite de déjeuner ne soit pas amenée à la bonne personne, la seconde qu’on glisse un message dans la boite vide. C’est la véritable innovation. l’idée géniale est que ce réseau, comme internet, peut aussi être le support d’une rencontre improbable et d’un échange épistolaire entre des inconnus solitaires. Une question appelant une réponse, le dialogue s’établit et le transport devient communication. La tension dramatique du film se construit dans une sorte de retenue, le dialogue se limite à deux protagonistes.  Cela suffit pour dévider le  fil narratif mélodramatique de cœurs desséchés,  qui comme la graine sous la pluie, peuvent renaître  battant le mur des conventions.
_R6H1954Un autre film aurait pu être écrit, celui où des milliers de gens dans la ville usent de cet instrument pour se parler et réinventer la chose qu’on appelle  réseau social mais qui reste bien souvent une pelote de verre. C’est ce film que l’Amazon indien FlipKart semble vouloir écrire rappelant que les plateformes d’hier n’ont pas forcément de raison de s’opposer au plateformes d’aujourd’hui.

Économie collaborative : une affaire d’assurance

3624032428_e6cc3a0f97_bLe monde des plateformes et de l’économie collaborative fait naître des inquiétudes, il est aussi un monde de nouvelles opportunités. C’est le cas en particulier pour le monde de l’assurance. C’est sur ce sujet que nous avons fait travailler les étudiants de la licence e-assurance de l’Université de Paris Ouest géré avec l’Ifpass. En voici la synthèse.

La Maif est sans doute l’entreprise qui s’est emparée avec le plus de vigueur de cette opportunité avec un fonds d’investissement de 100 millions d’euros et des prises de participation dans Zenpark, Koolicar ou Payname pour n’en citer que quelques unes. On restera attentif à l’évolution de cette stratégie qui ne semble pas se limiter à la gestion d’un portefeuille spécialisé mais semble viser d’une part un renouvellement de l’esprit et de l’action mutualiste, et d’autre part diversifier ses activités de manière complémentaire. C’est un beau cas à proposer à la sagacité des stratèges mais plus que d’activité assurantielle, il est relatif au modèle mutualiste.

Ce pour quoi l’économie collaborative est une affaire d’assurance s’explique par un autre argument. L’économie collaborative, au-delà de l’utopie du partage, se caractérise par la mise en relation de deux versants, au moins, du marché, d’un côté des consommateurs qui souhaitent bénéficier d’un bien ou d’un service, et de l’autre des détenteurs d’actifs ou de compétences prêts à les mettre à disposition. Le talent des plateformes réside dans la capacité à coordonner les agendas et assurer la confiance inter-individuelle des participants aux deux versants afin que les transactions s’opèrent de manière fluide, mais aussi à faire que chacun de ces versants, dans leur globalité, soit attractif pour l’autre. Un des problèmes soulevés par ce modèle est que sur le versant de l’offre le degré de professionnalisme est extrêmement hétérogène. Certaines plateformes vont ainsi chercher à être sélectives et se concentrent sur des collaborateurs dont les compétences sont avérés (par un diplôme, des qualifications, l’obtention d’une licence, voire un processus de sélection et de formation), d’autres sont ouvertes aux amateurs dont la compétence et les actifs ( voiture, logement, équipements de cuisines ou outils de bricolages) répondent à des normes domestiques. Dans le second cas, le risque est vraisemblablement plus élevé que dans le cadre de services professionnalisés.

L’exemple de la cuisine à domicile est assez remarquable (Les plateformes se multiplient : Eatfeast, Eatwith et en France platmaison ou monvoisincuisine qui a établit un partenariat avec Axa) . Si la restauration traditionnelle est très fortement normalisée et réglementée, par exemple avec le processus HACCP, ce n’est pas du tout le cas pour la cuisinière qui se fait rémunérer dans le cadre d’un contrat CESU ou se lance dans l’entrepreneuriat. Le risque alimentaire n’est pas nul en France. Il y a de 400 à 700 intoxication mortelles chaque année, et de l’ordre de 15000 hospitalisations. Ajoutons le risque d’allergie et les risques d’accidents domestique dont la cuisine est un des lieux critiques (24% des accidents et 20 000 morts annuels).

Ce risque crée deux marchés. Le premier est celui de la couverture de risques concernent autant l’offreur que l’utilisateur des plateformes. L’exemple de location automobile est lui aussi pertinent et le partenariat de Drivy avec Allianz est remarquable. La commission prélevée par la plateforme de location entre particuliers (30%) inclut pour moitié de son montant une police d’assurance et permet de répondre à quelques une des questions spécifiques suivantes :

  • Comment s’assurer que le conducteur du véhicule est en conformité avec les conditions d’assurances ?
  • Comment procéder pour sensibiliser le locataire afin qu’il adopte un comportement responsable ? Celui-ci sachant le véhicule assuré et n’en étant pas propriétaire, peut se révéler peu soucieux, voir, parfois inconscient (risque adverse).
  • Comment indemniser le locataire qui a réservé son week-end et qui pour cause de panne ou changement d’avis du propriétaire, doit engager des frais supplémentaires pour trouver un véhicule de remplacement en urgence, ou doit carrément renoncer à son week-end faute de véhicule ?
  • En cas de survenance de risques non couvert par le contrat, qui paie ? (l’assistance prend en charge les passagers de la voiture plus le transport mais pas les dommages matériels).
  • En cas d’accident : Qui paie les réparations ? Recherche de responsabilités et preuves, en cas de défaut de garanties.Qui paie la franchise en cas d’accident ?

Le second marché est bien sur celui de l’assistance, d’autant plus que les politiques des plateformes collaboratives, motivées notamment par l’évitement du risque de requalification en contrat salarial des relations avec les fournisseurs de services et d’actif, les conduisent à définir leur activité comme une simple mise en relation. Elle reportent ainsi la responsabilité de la résolution des dysfonctionnements ( un VTC qui tombe en rade, une tuyauterie bouchée dans un appartement) sur les co-échangeurs. Il y a là aussi une belle possibilité d’extension du service et un bon complément de plateformes telle que tripconnexion, ou very Local trip qui permettent de trouver un guide pour explorer des contrée lointaines, et multiplient les risques de vol ou d’accident. L’amateur qui fournit le service n’est pas la seule source de risque, le collaboratif incite probablement les utilisateurs à adopter des comportements qui expose à plus d’aleas.

L’économie collaborative se révèle ainsi fondamentalement une affaire d’assurance. Il reste à mieux évaluer dans quelle mesure elle accroît les risques que prennent leurs participants et la manière dont ceux-ci les perçoivent. Il y a dans tout les cas un potentiel d’innovation considérable pour le secteur de l’assurance, en particulier pour l’assurance on-demand. Et pas seulement pour des objets particuliers comme le propose Trov ( qui vient de lever 25 millions d’euros) mais pour chacune des nouvelles expériences auxquelles l’économie collaborative nous invite.

Plateformes : collectionner les papillons

NabokovCollaboratif, coopérativisme, collectif, on-demand, économie du partage, gig economy,  les termes se succèdent reflétant les idéaux utopiques, les rigueurs idéologiques, sans qu’on y voit plus clair dans un mouvement qui se singularise à la fois par le nombre, la diversité et la valeur (boursière).

Pour notre part, nous en restons à cette notion de plateforme qui souligne le trait principal de ces nouvelles organisations : elles coordonne de nombreuses micro-activités. On pourrait y ajouter au moins deux autres éléments : d’abord l’engagement dans le processus de production des biens ou des services de non-professionnels (crowsourcing) et d’une part de l’activité économique domestique rendue possible par la force de la coordination, ensuite l’importance de l’interaction entre des populations différentes qui représentent autant de versants de marchés distincts et nécessite des méthodes d’appariement que le mécanisme des prix n’assurent pas entièrement. On y ajoutera le rôle pivot des algorithmes ( plus que des données) qui orientent, disciplinent, motivent les acteurs au risque de déployer une politique propre.

Mais de tout cela, on en rediscutera quand le bouquin sera prêt à sortir (il est en cours de relecture). En attendant, la réflexion n’est pas close et il reste un chantier à finir, celui de construire, en naturaliste, une typologie qui rendent compte à la fois de l’unité de forme et de l’étendue des domaines exploité. Un travail d’entomologiste, recueillir les spécimens, les répertorier, les classer, les catégoriser. C’est au fond un travail de recherche qui n’est pas souvent entrepris, simplement car on présuppose en sciences de gestion une sorte de modèle unique de l’organisation, même si périodiquement de telles typologies apparaissent ( Pensons à celles de Mintzberg, ou celle de Miles et Snow). En voici l’embryon, une petite collection de papillons chassés sur la toile, bien incomplète, peu détaillée encore, un mémento qui aura servi dans la rédaction de l’ouvrage à confronter l’analyse au fait.

Les commentaires et suggestions sont bienvenues, pour préciser un détail ou discuter un point plus général, signaler les plateformes oubliées, ou critiquer une catégorie. En complément de la collection, le filet à papillon se trouve sur la page FB plateformes, ( à liker et partager sans modération) les news au fil de l’eau de la vie des plateformes et des réflexions qu’elles suscitent.

Crédit Photo : difficile de ne pas penser à Vladimir Nabokov….

Amazon digest

3369171743_8802dfd24e_bAmazon un cas d’école qui brille par milles facettes . La stratégie de croissance en premier lieu qui se moque des bénéfices et porte la valorisation boursière à plus de 300 milliards et un chiffre d’affaire d’une centaine de miliards de dollars.

Le modèle de commerce avec son système de recommandation, le système de notes et d’avis, les filtres et moteurs de recherche, et surtout l’effet de longue traine qui s’obtient aussi avec la place de marché. Un beau modèle de plateforme que l’innovation fait évoluer sur la base d’une architecture maitrisée et qui étend catégorie de produit par catégorie son empire : parti du livre, il livre du fresh !

L’innovation c’est d’abord cette recherche d’un accès direct au consommateur : le dash button, la scannette, Echo, Kindle bien sur, et l’échec du Fire aussi . Mais c’est aussi la maitrise du cloud avec  Amazon web service, le micro travail avec  Mechanical Turk, la mode avec Zappos, Pour délivrer le service c’est une affaire d »industrie. Celle du picking avec son lot de dureté du travail et de robots, celle de la logistique, qui va au lointain jusqu’au dernier kilomètre. Et tout est possible même le drone.

Un beau cas d’école qui revient régulièrement en tout cas dans mes petites chroniques chez Atlantico ( disclaimer : les titres sont ceux d’Atlantico, je vais souvent à contre-sens) :