Plateformes :

PlatdeCouv-Plateformes.inddSites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux… Comment ils influencent nos choix

Il est là et en librairie. Pour l’accompagner cette rubrique où on retrouvera des réflexions autour et au delà du livre ainsi que l’ébauche de chapitres qui n’ont pas été (encore) écrits  : es plateformes et le travail, utopie et idéologie des plateformes, politiques publiques des plateformes…

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Plateformes : Economie et gouvernance algorithmique

redevabilité algoEt voilà la vidéo de mon intervention à la Conférence Internationale de Gouvernance (2016) organisée par Véronique Bessière à l’IAE de Montpellier. On regardera aussi avec attention celle, limpide, de Jean-Fabrice Lebraty sur la grand sujet de la  Blockchain et de ses conséquences en matière de gouvernance. C’était une belle idée que de confronter la question de la gouvernance aux questions digitales. Il y a un domaine immense à explorer.

Pour ma part, il s’agit à partir de la compréhension de l’économie politique des plateformes (ses mécanismes économique et son mode de gestion  analysée sous l’angle de la gouvernementalité) de s’interroger sur leur élément clés : les algorithmes et de conclure sur l’exigence de redevabilité algorithmique.  En gros la thèse principale de Plateformes : Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux… Comment ils influencent nos choix

PS : pour les algorithmes de type apprentissage supervisée ( deep learning), et une problématisation plus précise on pourra lire dans La minute tech de Atlantico une interview sur les chatbots et les limites des algorithmes.

Séminaire Marketing Public MOPP

4555521308_d50f060404_zDes politiques publiques pour les plateformes?

date : 29 (Matin, Après-midi) et 30 juin (Après-midi) – Nanterre, bat A bureau  322.

Contenu : présentation de Plateformes : Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux…  (Fyp,2016) dans une perspective de management public. L’idée serait de réfléchir aux politiques publiques à l’égard de ces plateformes, tant au niveau local ( mairie de paris et AirBnB) que national ( le cas de Uber). En quelque sorte ébaucher le chapitre manquant de ce travail!

Pour le petit travail que vous aurez à rendre ( de préférence au jour du séminaire), je vous propose un exercice simple :  Étudier les mesures prises par les villes suivantes (une ville distincte par étudiant) pour encourager ou « contenir » les plateformes Airbnb et Uber . Le rendu prend la forme d’une note de 8000 caractères réprésentant les éléments de contexte, la pénétration des plateformes, les actions entreprises par les autorités et leur résultats.

  • Paris- Carole Merle
  • NY
  • Amsterdam-
  • Londres-
  • Séoul-
  • Athènes-
  • Barcelone-
  • Rome-
  • San francisco
  • ou toute autre suggestion si la ville a plus de quelques millions d’habitants…

PS: l’achat et la lecture du bouquin ne sont pas obligatoires… Je vous donnerez suffisamment d’éléments

LinkedIn s’ajuste au modèle de Bass

Linked in2Dans ces temps où l’actualité médiatique résonne les cloches de l’Uberisation et de la disruption, laissant croire que les lois sociales (s’il en existent) changent de nature et que les plateformes sont de nouveaux monstres et que l’innovation connait un rythme foudroyant, il est parfois bon de reprendre de vieux pots pour servir une soupe plus savoureuse que le potage de l’inculture.

Le vieux pot est un des modèles les plus anciens et les plus solides du marketing. On le doit à Frank Bass (1969), il est destiné à modéliser la diffusion de l’innovation. Ses hypothèses sont élémentaires et peuvent s’interpréter aisément au travers du modèle de communication de Katz et Lazarfeld (1955). La diffusion d’un message ou d’une innovation est le fruit d’abord d’une influence directe sur des consommateurs innovateurs qui se déterminent en fonction de l’information qu’ils reçoivent, ensuite d’un processus d’interaction entre ces derniers et les autres traduisant un mécanismes d’innovation. Le modèle s’exprime comme une équation différentielle qui stipule que le nombre de nouveaux adopteurs est la somme de ces deux processus. A chaque période de temps une fraction constante de ceux qui n’ont pas encore adoptés le nouveaux produit ou la nouvelle idée se mette à l’adopter : q*(K-Nt), avec q représentant cette proportion (fonction de l’intensité des dépenses publicitaires et médiatiques), K le potentiel d’adoption et Nt, le nombre cumulés de ceux qui ont déjà adopté l’objet. S’ajoute les effets d’imitation : p*Nt*(K-Nt), où le produit Nt*(K-Nt) représente l’ensemble de toute les interactions possibles entre adopteurs et non-adopteur et p le coefficient d’imitation, c’est à dire la proportion constante des interactions qui aboutissent à une adoption. Pour plus de détail on consultera le Bass Basement Research Institute.

L’idée simple de ce post est d’évaluer dans quelle mesure le modèle rend compte de la diffusion d’un réseaux social, en l’occurence Linked in. On retrouvera les données ici.  Pour estimer les paramètres du modèle, on utilise la fonction NLS de r, on retrouvera le code ( élémentaire) sur cette page de Cheng-Jun Wang ainsi que quelques suggestions utile pour l’identification des paramètres initiaux dans les commentaires (c’est le problème majeur des procédure d’estimation de regression non linéaire). En voici les résultats, l’ajustement est quasi-parfait au niveau cumulé.

adjustParameters:
Estimate Std. Error t value Pr(>|t|)
M 5.695e+02 5.297e+01 10.752 1.17e-10 ***
P 8.744e-03 9.511e-04 9.193 2.47e-09 ***
Q 1.098e-01 1.459e-02 7.529 9.07e-08 ***

Signif. codes: 0 ‘***’ 0.001 ‘**’ 0.01 ‘*’ 0.05 ‘.’ 0.1 ‘ ‘ 1
Residual standard error: 2.384 on 24 degrees of freedom

Le potentiel de marché (M) est ici de 569, 5 millions. Autrement dit Linked serait largement en phase de maturité puisqu’au premier trimestre 2016, il y a 433 millions d’inscrit ce qui représente 76% du potentiel. On restera prudent car parmi les travaux de recherche certains chercheurs montrent qu’il y a une tendance à la sous-estimation de l’ordre de 20%, surtout lorsque le nombre d’observation est faible ( Bulte et Lilien, 1997). Vraisemblablement le potentiel serait donc l’ordre de 630 millions d’utilisateurs et donc les 2/3 du potentiel étant couvert.

Avec un coefficient d’imitation de 0,1098 et un coefficient d’innovation de 0,0087 ont retrouve des valeurs qui ne sont pas éloignées des valeurs observées dans les nombreuses applications du modèles de Bass dont Farley et Al 1990, trouve des valeurs moyennes respectivement de 0,38 et de 0,03. On sera  surpris que l’effet de diffusion est inférieur à la moyenne, témoignant d’un effet d’imitation moindre que des produits d’équipement des ménages. Le réseau a été lancé en 2003, son potentiel sera atteint vers 2023, il faudra donc 20 ans pour arriver au plein potentiel. Quant au rapport innovateur/imitateurs, le modèle indique qu’il est dans un rapport 1 sur 4. C’est assez difficile à apprécier, mais on pourra sans doute être intrigué par la relative faiblesse de l’effet d’imitation dans une catégorie de produit dont la dynamique est présumée dépendre d’externalité de réseaux, et qui est illustrée dans le diagramme de droite.

BassEstim

L’exercice mené à des limites que la littérature très abondante ( plusieurs milliers d’articles) a relevé. La première est qu’ici le potentiel M est considéré comme stable alors qu’il devrait évoluer notamment en fonction du nombre d’humains connectés et de l’accroissement du nombre de cadres dans la population mondiale. Une seconde est qu’on ne prend pas en compte les évolution du service qui devrait être plus attractifs. Une troisième technique est que dans l’estimation les premières périodes n’ont pas été prises en compte.  Une quatrième est que l’on travaille à un niveau très agrégé qui néglige les disparités régionales. Il y en a d’autres.

Il reste une approximation qui s’ajuste fort bien et donne des éléments sérieux pour réfléchir à la diffusion des innovations digitales qui ne semble pas se distinguer fortement des autres catégories de produit et ne révèle pas l’illusion des accélération qu’on croit percevoir. C’est aussi une invitation à approfondir l’étude de la dynamique de cette diffusion où l’influence interpersonnelle ne semble pas aussi forte qu’on aurait pu croire. Ce n’est pas si étonnant, qui s’est inscrit sur le réseau suite à une invitation? Le mécanisme d’adoption résulte sans doute d’un autre cheminement : l’intériorisation d’une norme, la croyance qu’il est nécessaire socialement d’adopter ce type de service.

 

 

Dabbawalas : une inspiration pour l’économie collaborative

dabbaC’est en 1890, à Bombay, où les anglais  on commencé a tissé la toile ferroviaire, qu’une institution toujours vivante aujourd’hui a surgi. Il s’agit des Dabbawalas, une organisation en avance sur les pousses naissantes du business du « delivery on-demand » avec les Foodora, Deliveroo, Heros Delivery et de nombreux autres services . Une organisation de l’économie collaborative avant l’heure, qui sans ordinateur assure la livraison de 200 000 repas quotidiennement.  C’est à partir d’une erreur de livraison très improbable que le très joli film « the Lunchbox » déroule son intrigue.

Cette coopérative de livreurs  démontre qu’on peut faire du ‪#‎delivery‬ sans informatique mais avec du code, du on-demand sans plateforme digitale, avec une précision 6sigma et des employés presque analphabètes. Une belle leçon à l’heure de l’ubérisation pour les entrepreneur de l’économie collaborative .

L’art de la coordination

Le principe du système est somme toute assez simple. Chaque matin les Dallah récoltent à une échelle très locale les tiffins et à vélo ou à pied les amènent à la gare où ils sont triés selon les destinations, puis répartis entre les trains qui vont au cœur de la ville, déposé de station en station  puis re-détaillés selon les destinations prévue. L’ensemble de la mécanique est destiné à livrer au alentour de midi trente les boites-dejeuner à ceux qui vont les déguster. L’après midi, de manière inverse les boite reprennent le chemin du retour. C’est le principe du routage, celui du courrier, ou celui du mail. La différence est qu’il fonctionne aussi à rebours. Sa précision dépend du respect d’un rythme qui est celui de la marée, un flux et un reflux. Sa bonne exécution exige la discipline de ses agents, qui est obtenue par un système de pénalité mais aussi la vertu de l’uniforme. Dans le monde digital ni l’un ni l’autre n’est nécessaire car les électrons sont des employés bien plus disciplinés qui sont peu tentés de s’arrêter au café du coin.  L’infographie de Priyanka Bhadri en donne une description détaillée.
dabbawala_mumbai_journey2
Ce n’est pas le seul cas où un problème de coordination difficile est résolu sans informatique mais avec un système d’information judicieux. Le kanban est une innovation similaire à plus d’un égard. On prête à son inventeur, Taiichi Ohno, de l’avoir imaginé lors d’un voyage aux États-Unis à la fin des années 1940, où il fut plus impressionné par les supermarchés que par l’industrie. Le processus par lequel les rayons sont remplis à mesure que les consommateurs les vident lui a donné l’idée de mettre en place un mécanisme de fiches (papiers) qui sont envoyées en amont au fur et à mesure que les composants sont consommés en aval. L’accumulation des fiches donne le moyen de contrôler visuellement le niveau de stock et par conséquent le niveau de production.Parmi les raisons qui ont motivé l’adoption par Toyota, il y eu a deux facteurs : les gains espérés par l’économie d’échelle étaient insuffisants, il fallait trouver un autre moyen de résoudre les coûts, le second est que les capacités de calculs nécessaires pour l’approche planificatrice du MRP n’étaient pas disponibles au Japon.
Les deux cas nous apprennent que le calcul est plus dans l’organisation que dans les processeurs, et ceux-ci souvent reprenne leurs solutions. C’est le message de ce post qui avance l’idée que le processus map/reduce au coeur de Hadoop est similaire à l’organisation hub-and-spoke des Dabbawalas.

Travailler sans compétence mais pas sans code

Les Dabbawalas sont peu instruits, ils sont presque analphabète. Ils ne sont cependant pas idiots et peuvent apprendre les rudiments d’un code. De la même manière que les carte Kanban, ce code se matérialise par un jeu de symboles, de couleurs  et de nombres qu’inscrivent sur les dabbas les 900 Mukkaddams qui supervisent les 5000 Dabbawalahs .
dabbawala_mumbai_code
On notera qu’une différence avec les systèmes modernes de delivery est que la seule incertitude dans le système des Dabbalawas réside dans la localisation. L’élément temporel est stable : l’heure de livraison est fixée, et la cadence est fixée par les horaires des trains et l’habitude de ceux et celles qui confectionnent les repas. Celà dit pour les entreprises moderne c’est sans doute un élément à réfléchir dans leur modèle. Le consommateur garde encore des habitudes de repas à heure fixe, le on-demand est marqué par le rythme.  C’est la raison d’être du surge-pricing de Uber qui fait peser sur le consommateur le prix de l’ajustement, une manière plus douce serait sans doute de maitriser le temps par celle du réchauffement des aliments!

Une organisation coopérative

L’organisation est proche des modèles collaboratifs dans la mesure où les actifs qui permettent la production du service sont apportés par les Dabbawalas eux mêmes ; vélos, costumes. C’est en fait un syndicat, fonctionnant sous une forme coopérative depuis 1954, et établie sous le nom de « Nutan Mumbai Tiffin Box Suppliers Charity Trust (NMTBSCT) » en 1984. Les bénéfices sont partagés entre ses membres, à la manière des part dans un bateau de pêche. La compétition n’est pas absente, mais l’esprit de solidarité que la littérature récente en management décrit sous la forme de l’Organisational Citizenship Management est essentielle. L’organisation est constituée de groupes territoriaux qui se définissent comme des Strategic Business Units. Reprenons une citation du très beau livre de Sara Roncaglia ( Feeding the City: Work and Food Culture of the Mumbai Dabbawalas)

Ten people work in my group. Each of them has bought his own line. They have the same authority as me. We can only deliver the dabbas if we work with each other. Give a helping hand. Like a government coalition, right? The government has policy, so do we. By uniting, we can continue to work. But governments fall. We don’t, because we know that another’s loss is also my loss. That’s what we think and it won’t change.

On sera frappé dans ce cas par l’importance de l’intégration culturelle. Que ce soit par l’origine, l’intégration au groupe, l’identité commune, l’origine commune ( beaucoup viennent d’un district particulier : Pune) et la carte mentale qu’est le réseau de train, l’espace imaginaire de leurs activités. l’efficacité opérationnelle tient autant au processus qu’à l’intégration culturelle.  C’est sans doute la leçon principale pour les startupers. Une application ne fait pas une culture et d’une plateforme à l’autre celles qui résisteront le mieux aux évolutions sont celles qui au-delà de la technologie construirons dans la pratique de véritables institutions. Citons à nouveau

The railways function as a relational nexus, an antidote to social fragmentation. Not only do they connect space and people, they also weave the threads of the many lives being played out in Mumbai into a tapestry that its residents can recognise and understand.Their social role is entwined with the very nature of the city, which is neither that of a cultural “melting pot”, nor of a “salad bowl” or a “mosaic”—to quote some of the metaphors commonly used by scholars to describe culturally complex human urban aggregates — but it is rather a “connective nature”, experienced and reproduced on a daily basis by millions of people.

Ce nœud n’unit pas que les Dabbalawas entre eux, mais les attachent à leur client, c’est un lien moins physique et informationnel, que l’espace imaginaire commun qui fait des Dabbawalas le cordon nourricier de la cité.

Conclusion : il suffisait de glisser un message

Le film « the Lunchbox » construit son synopsis sur deux glissement. Le premier est celui de l’erreur improbable qu’une boite de déjeuner ne soit pas amenée à la bonne personne, la seconde qu’on glisse un message dans la boite vide. C’est la véritable innovation. l’idée géniale est que ce réseau, comme internet, peut aussi être le support d’une rencontre improbable et d’un échange épistolaire entre des inconnus solitaires. Une question appelant une réponse, le dialogue s’établit et le transport devient communication. La tension dramatique du film se construit dans une sorte de retenue, le dialogue se limite à deux protagonistes.  Cela suffit pour dévider le  fil narratif mélodramatique de cœurs desséchés,  qui comme la graine sous la pluie, peuvent renaître  battant le mur des conventions.
_R6H1954Un autre film aurait pu être écrit, celui où des milliers de gens dans la ville usent de cet instrument pour se parler et réinventer la chose qu’on appelle  réseau social mais qui reste bien souvent une pelote de verre. C’est ce film que l’Amazon indien FlipKart semble vouloir écrire rappelant que les plateformes d’hier n’ont pas forcément de raison de s’opposer au plateformes d’aujourd’hui.

Économie collaborative : une affaire d’assurance

3624032428_e6cc3a0f97_bLe monde des plateformes et de l’économie collaborative fait naître des inquiétudes, il est aussi un monde de nouvelles opportunités. C’est le cas en particulier pour le monde de l’assurance. C’est sur ce sujet que nous avons fait travailler les étudiants de la licence e-assurance de l’Université de Paris Ouest géré avec l’Ifpass. En voici la synthèse.

La Maif est sans doute l’entreprise qui s’est emparée avec le plus de vigueur de cette opportunité avec un fonds d’investissement de 100 millions d’euros et des prises de participation dans Zenpark, Koolicar ou Payname pour n’en citer que quelques unes. On restera attentif à l’évolution de cette stratégie qui ne semble pas se limiter à la gestion d’un portefeuille spécialisé mais semble viser d’une part un renouvellement de l’esprit et de l’action mutualiste, et d’autre part diversifier ses activités de manière complémentaire. C’est un beau cas à proposer à la sagacité des stratèges mais plus que d’activité assurantielle, il est relatif au modèle mutualiste.

Ce pour quoi l’économie collaborative est une affaire d’assurance s’explique par un autre argument. L’économie collaborative, au-delà de l’utopie du partage, se caractérise par la mise en relation de deux versants, au moins, du marché, d’un côté des consommateurs qui souhaitent bénéficier d’un bien ou d’un service, et de l’autre des détenteurs d’actifs ou de compétences prêts à les mettre à disposition. Le talent des plateformes réside dans la capacité à coordonner les agendas et assurer la confiance inter-individuelle des participants aux deux versants afin que les transactions s’opèrent de manière fluide, mais aussi à faire que chacun de ces versants, dans leur globalité, soit attractif pour l’autre. Un des problèmes soulevés par ce modèle est que sur le versant de l’offre le degré de professionnalisme est extrêmement hétérogène. Certaines plateformes vont ainsi chercher à être sélectives et se concentrent sur des collaborateurs dont les compétences sont avérés (par un diplôme, des qualifications, l’obtention d’une licence, voire un processus de sélection et de formation), d’autres sont ouvertes aux amateurs dont la compétence et les actifs ( voiture, logement, équipements de cuisines ou outils de bricolages) répondent à des normes domestiques. Dans le second cas, le risque est vraisemblablement plus élevé que dans le cadre de services professionnalisés.

L’exemple de la cuisine à domicile est assez remarquable (Les plateformes se multiplient : Eatfeast, Eatwith et en France platmaison ou monvoisincuisine qui a établit un partenariat avec Axa) . Si la restauration traditionnelle est très fortement normalisée et réglementée, par exemple avec le processus HACCP, ce n’est pas du tout le cas pour la cuisinière qui se fait rémunérer dans le cadre d’un contrat CESU ou se lance dans l’entrepreneuriat. Le risque alimentaire n’est pas nul en France. Il y a de 400 à 700 intoxication mortelles chaque année, et de l’ordre de 15000 hospitalisations. Ajoutons le risque d’allergie et les risques d’accidents domestique dont la cuisine est un des lieux critiques (24% des accidents et 20 000 morts annuels).

Ce risque crée deux marchés. Le premier est celui de la couverture de risques concernent autant l’offreur que l’utilisateur des plateformes. L’exemple de location automobile est lui aussi pertinent et le partenariat de Drivy avec Allianz est remarquable. La commission prélevée par la plateforme de location entre particuliers (30%) inclut pour moitié de son montant une police d’assurance et permet de répondre à quelques une des questions spécifiques suivantes :

  • Comment s’assurer que le conducteur du véhicule est en conformité avec les conditions d’assurances ?
  • Comment procéder pour sensibiliser le locataire afin qu’il adopte un comportement responsable ? Celui-ci sachant le véhicule assuré et n’en étant pas propriétaire, peut se révéler peu soucieux, voir, parfois inconscient (risque adverse).
  • Comment indemniser le locataire qui a réservé son week-end et qui pour cause de panne ou changement d’avis du propriétaire, doit engager des frais supplémentaires pour trouver un véhicule de remplacement en urgence, ou doit carrément renoncer à son week-end faute de véhicule ?
  • En cas de survenance de risques non couvert par le contrat, qui paie ? (l’assistance prend en charge les passagers de la voiture plus le transport mais pas les dommages matériels).
  • En cas d’accident : Qui paie les réparations ? Recherche de responsabilités et preuves, en cas de défaut de garanties.Qui paie la franchise en cas d’accident ?

Le second marché est bien sur celui de l’assistance, d’autant plus que les politiques des plateformes collaboratives, motivées notamment par l’évitement du risque de requalification en contrat salarial des relations avec les fournisseurs de services et d’actif, les conduisent à définir leur activité comme une simple mise en relation. Elle reportent ainsi la responsabilité de la résolution des dysfonctionnements ( un VTC qui tombe en rade, une tuyauterie bouchée dans un appartement) sur les co-échangeurs. Il y a là aussi une belle possibilité d’extension du service et un bon complément de plateformes telle que tripconnexion, ou very Local trip qui permettent de trouver un guide pour explorer des contrée lointaines, et multiplient les risques de vol ou d’accident. L’amateur qui fournit le service n’est pas la seule source de risque, le collaboratif incite probablement les utilisateurs à adopter des comportements qui expose à plus d’aleas.

L’économie collaborative se révèle ainsi fondamentalement une affaire d’assurance. Il reste à mieux évaluer dans quelle mesure elle accroît les risques que prennent leurs participants et la manière dont ceux-ci les perçoivent. Il y a dans tout les cas un potentiel d’innovation considérable pour le secteur de l’assurance, en particulier pour l’assurance on-demand. Et pas seulement pour des objets particuliers comme le propose Trov ( qui vient de lever 25 millions d’euros) mais pour chacune des nouvelles expériences auxquelles l’économie collaborative nous invite.

Plateformes : collectionner les papillons

NabokovCollaboratif, coopérativisme, collectif, on-demand, économie du partage, gig economy,  les termes se succèdent reflétant les idéaux utopiques, les rigueurs idéologiques, sans qu’on y voit plus clair dans un mouvement qui se singularise à la fois par le nombre, la diversité et la valeur (boursière).

Pour notre part, nous en restons à cette notion de plateforme qui souligne le trait principal de ces nouvelles organisations : elles coordonne de nombreuses micro-activités. On pourrait y ajouter au moins deux autres éléments : d’abord l’engagement dans le processus de production des biens ou des services de non-professionnels (crowsourcing) et d’une part de l’activité économique domestique rendue possible par la force de la coordination, ensuite l’importance de l’interaction entre des populations différentes qui représentent autant de versants de marchés distincts et nécessite des méthodes d’appariement que le mécanisme des prix n’assurent pas entièrement. On y ajoutera le rôle pivot des algorithmes ( plus que des données) qui orientent, disciplinent, motivent les acteurs au risque de déployer une politique propre.

Mais de tout cela, on en rediscutera quand le bouquin sera prêt à sortir (il est en cours de relecture). En attendant, la réflexion n’est pas close et il reste un chantier à finir, celui de construire, en naturaliste, une typologie qui rendent compte à la fois de l’unité de forme et de l’étendue des domaines exploité. Un travail d’entomologiste, recueillir les spécimens, les répertorier, les classer, les catégoriser. C’est au fond un travail de recherche qui n’est pas souvent entrepris, simplement car on présuppose en sciences de gestion une sorte de modèle unique de l’organisation, même si périodiquement de telles typologies apparaissent ( Pensons à celles de Mintzberg, ou celle de Miles et Snow). En voici l’embryon, une petite collection de papillons chassés sur la toile, bien incomplète, peu détaillée encore, un mémento qui aura servi dans la rédaction de l’ouvrage à confronter l’analyse au fait.

Les commentaires et suggestions sont bienvenues, pour préciser un détail ou discuter un point plus général, signaler les plateformes oubliées, ou critiquer une catégorie. En complément de la collection, le filet à papillon se trouve sur la page FB plateformes, ( à liker et partager sans modération) les news au fil de l’eau de la vie des plateformes et des réflexions qu’elles suscitent.

Crédit Photo : difficile de ne pas penser à Vladimir Nabokov….

Amazon digest

3369171743_8802dfd24e_bAmazon un cas d’école qui brille par milles facettes . La stratégie de croissance en premier lieu qui se moque des bénéfices et porte la valorisation boursière à plus de 300 milliards et un chiffre d’affaire d’une centaine de miliards de dollars.

Le modèle de commerce avec son système de recommandation, le système de notes et d’avis, les filtres et moteurs de recherche, et surtout l’effet de longue traine qui s’obtient aussi avec la place de marché. Un beau modèle de plateforme que l’innovation fait évoluer sur la base d’une architecture maitrisée et qui étend catégorie de produit par catégorie son empire : parti du livre, il livre du fresh !

L’innovation c’est d’abord cette recherche d’un accès direct au consommateur : le dash button, la scannette, Echo, Kindle bien sur, et l’échec du Fire aussi . Mais c’est aussi la maitrise du cloud avec  Amazon web service, le micro travail avec  Mechanical Turk, la mode avec Zappos, Pour délivrer le service c’est une affaire d »industrie. Celle du picking avec son lot de dureté du travail et de robots, celle de la logistique, qui va au lointain jusqu’au dernier kilomètre. Et tout est possible même le drone.

Un beau cas d’école qui revient régulièrement en tout cas dans mes petites chroniques chez Atlantico ( disclaimer : les titres sont ceux d’Atlantico, je vais souvent à contre-sens) :

Periscope, la culture des perspectives

1024px-US_Navy_030427-O-0000B-003_Polar_Bear_Attacks_SubA l’occasion d’une nouvelle série de question d’Atlantico à propos de  » Periscope, Snapchat et consorts : comment les applications de vidéo live vont pousser la télévision à se réinventer ou mourir? » deux ou trois idées à propos d’images.

Dans la bataille Periscope vs Meerkat, la bataille semble est remportée par le premier et c’est intéressant car symbolique. Le périscope donne à voir à quelqu’un qui se dissimule sous la surface de l’océan, est-ce celui qui filme ou celui qui regarde?  Le suricate se dresse pour observer au plus loin, c’est la logique du télecope. L’image périscopique gagne sur l’image télescopique. C’est un symbole. Pas par hasard que c’est par ce tuyau que les inepties scandaleuses, et les maladresses officielles, construisent la réputation.

Puisque le sujet était l’impact de ces nouveaux médias sociaux, qui transmettent en live et en vidéo, amenant aux mondes des réseaux sociaux encore plus d’acuité dans le traitement de l’événement, il faut aussi souligner le phénomène de la fragmentation de l’image. La réalisation télévisuelle avait depuis longtemps multiplié ses caméras, pensons aux spectacles sportifs, maintenant elles seront aussi immergées dans la foules et tapies dans les vestiaires. Le neuf c’est que si la fragmentation en plusieurs points de vue étaient réunifiées dans le fil narratif et diachronique de la réalisation,  elle ne le sera plus, présentant de manière synchronique différentes perspectives. Un « polyperspectivisme » qui va au-delà du multi-écran et du multi-canal.

On gardera en tête que dans ce nouveau paysage, l’image n’est pas forcement une représentation, ni à ce titre l’expression du narcissisme, elle est le début d’une conversation, un artefact de la socialité, comme le souligne André Gunthert, dont on lira « la consécration du selfie« . Voilà qui donne au perspectivisme un éclat particulier : ce que l’on dit par le selfie est moins ce que l’on est que d’où on parle. La nouvelle culture de l’image serait ainsi celles des points de vue multipliés et croisés.

Privacy : au-delà de la protection, l’éthique de la réciprocité

3148692599_828a88f117_oPréparé pour le Trust&Privacy Day , un départ ..– 19 mars 2016

Les utilisateurs assidus du web ont remarqué que de nombreux médias incitent leurs lecteurs à désactiver les adblockers, et à les inscrire en liste blanche, pour accéder aux contenus. Ils suivent aussi  l’affrontement entre Apple et le FBI à propos des backdoors. Ils ont aussi noté la fulgurante progression de Telegram qui assure le cryptage des données.

Quelques événements qui marquent l’importance persistante de la question de la confidentialité des données et de la protection de la vie privée. Au travers de ces faits on dénotera une d’inflexion de la problématique. Dans le cas de Apple, se révèle que le risque de la surveillance vient moins des entreprises que des Etats quand la sécurité prime sur la liberté, les premières ont a défendre la confidentialité, sinon elles s’expose à une désaffection et la crise de confiance. Avec le cas des adblockers c’est l’enjeu d’un contrat social implicite qui est remis en jeu : le développement du web presque gratuit repose sur l’acceptation de contraintes publicitaires, sa remise en cause conduirait vers un internet payant, plus réduit dans ses contenus et son accès, moins démocratique. C’est un contrat à renouveler.

Voilà qui soulève deux questions. La première est celle du paradoxe de la vie privé qui est en apparente contradiction avec ces faits, et justifie l’autorégulation de la profession publicitaire et de celle plus récente et plus large des professionnels des données. La seconde est relative à une politique qui ne se limite pas à la protection mais vise à donner des fondements plus solides à l’échange de données de qualité.

Le paradoxe de la vie privée vient d’une apparente contradiction entre l’inquiétude manifestée par les consommateur à l’égard de l’usage qui peut fait des données personnelles et des conduites plus insouciantes qui les amènent à agir souvent à découvert et parfois de manière risquée. Cette incohérence s’explique au moins de  trois manières.

La première est économique. Les risques sont futurs et peu probables ( usurpation d’identité, spamming, ..) alors que le bénéfice est immédiat, le calcul de vie privée donne alors l’avantage à l’action plutôt qu’à la protection. Cet argument est complété par une seconde explication : celle de la résignation. Quoique conscient des dangers, ayant le sentiment qu’on ne peut s’échapper à la surveillance, on se résigne et l’on se soumet. Le coût d’une protection inefficace conduit à renoncer à se protéger. Une troisième hypothèse s’appuie sur la théorie des niveaux de construit. Ce qui est lointain et abstrait fait l’objet d’un jugement différent de ce qui est proche et concret. Les deux jugements,  la préoccupation à l’égard des données personnelles et l’attitude positive au dévoilement de soi, coexistent s’appliquant en fonction des circonstances. Abstraite et concrète.

On pourrait se dire que l’adoption des Adblocks est en contradiction avec ces hypothèses. Pas tout à fait. Ils sont sans doute une réponse à l’aspect le plus irritant de l’utilisation des données : le caractère intrusif de certains modes de publicités (pensons aux vidéos qui s’imposent une dizaines de secondes avant de laisser voir le contenu), leur facilité d’installation et l’étendue du champs d’application encourage à leur adoption. Le moteur est émotionnel, leur adoption ne signifie pas qu’un plus grand effort de contrôle des données est produit. Leur particularité est le faible niveau d’engagement qu’ils demandent, contrairement aux outils VRM, à ceux de contrôle de ses données personnelles, et plus simplement les règles d’hygiène digitale (effacer ses cookies, utiliser des hétéronymes…). On rappellera que l’autre technique de protection à faible engagement s’appelle le mensonge et conduit à cette situation que si les flux de données ne tarissent pas, ils sont encombrés de scories et de données erronées.

On pourrait espérer que les individus se comportent plus rationnellement. Ce n’est pas faute d’information et d’éducation, inutile de les alerter des risques, ils le sont déjà. Ils agissent pourvu que les coûts de protection soit faibles : bloquer les pubs ou mentir. Ils sont partisans du moindre effort et réagissent moins en fonction des risques réels que des irritations. La responsabilité de l’initiative contre les actions frauduleuses, abusives ou dangereuses doit en conséquent être l’objet soit de la puissance de publique, soit des activistes, soit de l’industrie des données elle-même. D’un compromis entre les trois ce serait mieux.

La perspective ouverte est que si les consommateur sont réticents et vulnérables, il faut traiter le problème à leur place et faire en sorte non seulement qu’ils aient confiance mais en plus qu’ils ne soient pas agacés. Ceci nécessite de juguler les externalités de la publicité digitales et de l’utilisation massive des données : ce qui est mensonger, ce qui est trompeur, ce qui est erroné , ce qui est intrusif, ce qui est indiscret, ce qui est risqué. Dans ce domaine l’exemple des externalités environnementales donne des voies de réflexions : la pollution que l’on limite par des taxes, des droits, des contrôle, des incitations douces.  Certains économistes s’y sont attachés : Rao et Reiley donnent récemment un bel aperçu de l’économie du spam, et d’autres proposent des solutions intéressantes comme le  » Attention Bond Mechanism« , même si elles semblent difficiles à mettre en place.

L’auto-régulation prend une forme curieuse comme le fait Apple dont la bataille contre le Fbi a, même perdue, l’avantage de convaincre les consommateurs de la bonne volonté et de la bienveillance de la marque, sa capacité à prendre en compte les intérêts du consommateur. C’est un engagement fort. Il reste insuffisant car ne traite pas l’autre volet du problème.

Si les firmes privées peuvent assurer les consommateurs d’assurer l’intégrité de leurs données par ce type de position, y compris celle de l’engagement de ne les confier à aucun tiers sans l’autorisation explicite des consommateurs, les émetteurs de ces données, il n’est pas sur que cela se traduise par une meilleure acceptation des messages publicitaires. Même bien ciblée, au moins en terme de taux de clics, comme le fait le retargeting, la publicité reste un problème par la contrariété qu’elle suscite. Ecran bloqué, pop-up insistants, boite aux lettres encombrées.

Un élément cependant ouvre une voie. Lorsque le contenu est pertinent, qu’il vient d’une source crédible, fiable et qu’il est contrôlable, il est accepté. Le dévoilement de soi et l’acceptation des messages non sollicités sont liés principalement par le contrat qui nous lie à la marque. Un contrat implicite qui s’engage dans une logique de réciprocité. Dans les enquêtes les offres personnalisées sont acceptées volontiers alors que les popups sont systématiquement rejetés. Cette logique de réciprocité à l’heure de la transformation digitale doit s’étendre au données. Si on collecte des données, le principe de réciprocité invite à  les restituer de manière intelligente. Plus que ça, donner les moyens de contrôler les données : d’une part des instruments pour définir les paramètres de confidentialité, d’autre part un retour intelligible des données sous formes d’alertes, de recommandations ou de tableaux de bord. Des services.

25268289904_3cc26becd4_zCe principe de réciprocité est inscrit dans l’antique règle d’or que partagent de nombreuses pensée. C’est un objet de l’économie autant que que de psychologie sociale, une norme morale et sociale. Elle est d’autant plus précieuse dans le monde des données, que si ces dernières ne sont pas la propriété de ceux qui les génèrent, les consommateurs, ceux-ci disposent un droit de contrôle, et ceux qui les partagent ont une obligation de rendre compte à la fois de ce qu’il font pour respecter la vie privée mais aussi des effets sociaux qu’induisent l’usage agrégé de ces données. La réciprocité est ce système de paiement symbolique qui maintient la confiance, tourné vers l’intérêt de l’autre. La question est désormais de savoir quels types de dispositifs permettent de l’exprimer. L’engagement de confidentialité n’est pas suffisant, le cryptage est de plus en plus exigé, la restitution des données est une voie ouverte par la portabilité, le contrôle ( facile) des paramètres de confidentialité est une condition qui va s’imposer, d’autres mécanisme sont  à inventer pour maintenir vivante la réciprocité dans l’échange des données.

Ce donnant-donnant équitable appelle aussi à une autre approche des données. Elles sont moins des informations et des renseignements, que les inputs d’un processus de service dont la structure est celle d’un feed-back, ce que l’utilisateur donne lui reviens sous forme de notification, de recommandation,  de tableau de bord et d’actions. Pourvu que ce retour soit utile, apporte de la valeur et qu’il soit équitable.