Uber, un cas de métayage digital ?

3655236598_2236b3238f_zC’est au hasard de lecture que je tombe sur cette référence.

l’abstract éveille une réaction immédiate ( je n’ai pas encore lu l’article complet faute d’y avoir accédé). Il y aurait donc une autre manière de penser la dualité contrat de travail vs contrat de service dans les plateformes de travail. Le métayage,  cette forme désuète de contrat agricole serait donc une solution ancienne reprise aujourd’hui.

Faute de lire le texte je m’empresse de chercher d’autres sources et notamment celle évoquées dans le texte. Le contrat de metayage est cet arrangement où le propriétaire d’un terrain le donne à exploiter à un agriculteur avec qui il partage une partie du produit (en général la moitié). Cette forme de contrat peut paraître féodale, et il semble qu’elle ai largement disparue sauf dans quelques régions pauvres du monde où semble-t-il elle n’est pas forcément moins performante qu’un modèle de fermage qui s’apparente à une simple location. C’est le résultat amené par celui qui semble être l’inspirateur du papier, Cheung qui en 1969 a publié un papier essentiel.  Jean-Philippe Colin en 1995 a publié une synthèse précieuse sur la question, passant en revue les théories du métayage.

Précisons en quoi c’est une manière pertinente d’analyser le mode de fonctionnement de Uber et d’élargir le débat sur la nature des contrats : il ne s’agit peut-être pas ni de contrat de service, ni de contrat de travail, mais d’une troisième modalité celle du métayage.

Uber considère que ses clients ne sont pas tant les passagers que les conducteurs auxquels il fournit un service d’apport d’affaires et se rémunère en conservant 20% des recettes, c’est à dire bien moins que les 50% du monde agricole (et c’est un point qui méritera plus d’analyse). Ce point de vue est notamment combattu par des juges qui considèrent ce point de vue comme une fiction. Ils privilégient une analyse en terme de pouvoir et de degré de subordination. Ce point de vue est limité d’une part par la liberté d’entrée et de sortie ( la connection à la plateforme), et d’autre part par l’apport en capital (l’ouvrier amènent ses outils). En adoptant le point de vue de Uber il faut s’intéresser au statut des passagers qui seraient finalement l’analogue de la terre. Une ressource qu’il faut entretenir pour en en tirer les fruits et qu’on peut proposer à l’exploitation contre une part de son fruit.

Une grande partie de l’investissement d’Uber consiste à équiper les smartphones avec l’application, d’en initier et en maintenir l’usage dans la population la plus vaste. L’usage de l’appli est gratuit pour les passagers. Ce qui importe c’est qu’il appuie sur le bouton. Et on imagine que les consommateurs des mégapoles sont prêt à avoir dans leur portfeuilleue d’appli celle qui leur rend un service au poindre effort. Si l’appli Uber remplie une fonction universelle, les utilisateurs de l’appli deviennent une terre édenique. Il ne reste qu’à exploiter. C’est une terre super-enrichie dont l’exploitation  peut être conduite de trois manières : le salaire, le marché et le métayage.

  • La première est d’embaucher les exploitants de la terre. Des ouvriers agricoles payés en salaires pour des contrats plus ou moins longs. Ce modèle est peu flexible pour s’adapter au variations de la demande, et du climat, et il est probable que les taux d’utilisation soient faibles et réclame un degré de contrôle élevé de la part du propriétaire. Il lui permet la plus valeur extraction de valeur quand les salaires sont bas. Sa version radicale consiste à ne donner aucun salaire, juste la subsistance, et c’est l’esclavage. C’est un régime fondé sur un abandon de liberté, de décision. Sa vertu est la régularité.
  • Le second, c’est la location, le fermage. Les conducteur loue l’usage de l’appli. C’est une situation intéressante pour eux car s’ils peuvent exploiter au maximum l’outil et avoir un rendement plus que proportionnel au coût du loyer, ils sont largement gagnant. Le pari du fermier est de produire plus que son prédécesseur, ils peut s’en distinguer par les méthodes de cultures. Pour le propriétaire du domaine s’est l’assurance d’obtenir un rendement élevé avec un faible coût de surveillance.
  • La troisième est celle du métayage. Elle donne la possibilité à ceux qui n’ont que leur bras et quelques outils d’exploiter une ressources dont ils sont exclus. Elle permet au propriétaire d’espérer un rendement de terres qui sont des landes et ne produisent rien. Le caractère historique des métayages est sans doute lié à cette contingence qui fait que certains possèdent toutes les terres, et d’autres n’en possèdent aucune. Aujourd’hui, le bien agraires c’est l’inventaire et la rareté de son accès. Ce que fait Uber au fond c’est de découvrir des champs digitaux. Ce contrat est celui que l’on trouve dans les pêcheries quand l’armateur paye le bateau et le gazoil et partage une fois le gazoil défalqué, la moitié du montant de la pêche. Trois parts au capitaine, deux au mécanicien, une pour chaque marin.

Avec un peu d’ironie, peut-être faudra-t-il analyser l’économie collaborative comme une économie agraire. On peut faire pousser de l’herbe, on peut aussi faire pousser de la consommation. Les plateformes construisent les infrastructures du désir. Un Uber Universel, accessible non seulement par l’appli mais aussi par les boutons insérés ailleurs, comme dans google maps s’approprie les plaines du midwest appelant à les cultiver.

Avec moins d’ironie, plus de gravité, c’est une invitation à penser que l’espace digital est autant de greenfield. Ceux qui les créent mérite autant d’être récompensés que ceux qui les réalisent. Le commun profite au bénéfice de chacun. On peut imaginer aussi qu’à l’ère du métayage succède celui du fermage. On imagine que la propriété foncière sera amenée à être restitués. On trouvera dans l’histoire des économies agricoles milles raisons, idées, pour penser les rapports de la propriété et du travail dans les plateformes digitales.