Parle à ma machine

13641048214_e55529f9db_zJuste un court billet pour cette idée simple : la relation client n’est plus simplement une question de confiance, car l’appareil de la consommation, la galaxies des objets connectés qui accompagnent le consommateur, en deviennent de plus en plus un composant essentiel. Des notifications, des mises à jours des agendas, le règlement automatique des contrats,  la commande de l’environnement, la surveillance de nos biens, le pilotage de nos équipements, font travailler nos machines, et c’est à ces machines que les marques vont devoir parler, d’autant plus que nous souhaitons être tranquilles, déchargés des corvées.

C’est l’idée que l’agence Marquetis à parfaitement saisie en 1mn30 dans cette réinterprétation de « Plateformes », la même qu’on a confiée, sur un autre ton et de manière plus développée au Cercle du Marketing Client ».

Film Futur_datas by Marquetis from Christophe Benavent on Vimeo.

#Gigeconomy : l’économie des compléments de revenus.

8516817076_ee5a666234_zBien loin de l’uberisation du marché du travail, la #gigeconomy dessine son véritable visage, celui d’une économie des compléments de revenus, et incite à formuler la double hypothèse que le moteur du collaboratif se trouve plus dans l’offre que dans la demande, et dans la modération salariale que les entreprises de la vieille économie pratiquent depuis 2007.

Mais d’abord les faits dont plusieurs sources éclairent des traits saillants.

Avec l’étude du JPMorganChase Institute on retiendra d’abord une typologie simple mais efficace des plateformes : d’une part les plateformes de travail et d’autre part les plateformes de capital (il faudrait sans doute ajouter les plateformes de contenus pour mieux saisir le digital labor qui lui ne procure pas de revenus mais au mieux l’usage gracieux de certains services). Le résultat obtenu à partir d’un jeu de données important ( 1 milion d’acteurs) est limpide : L’engagement dans les plateformes de travail est lié à la variabilité des revenus principaux et négativement corrélés à sa variation tandis que les gains des plateformes de capital augmentent un revenu stable. Les propriétaires augmente leur gain de 314$ sur la base de 4454$ ( soit +7,1%), ceux qui n’ont que leur  bras à louer compense 533$ de revenus perdus soit 14,7% de pertes. Le complément de salaire est compensatoire pour le travail, accessoire pour le capital.

gig03

C’est la conclusion  à laquelle le Pew research aboutit dans sa vaste étude sur les revenus de l’économie des petits boulot, de la vente domestique et de la location personnelle.

24% of Americans report earning money from the digital ‘platform economy’ in the past year. The extra income they make is a luxury for some, but a necessity for others.

gig04Cette étude apporte un regard complémentaire avec une description socio-démographique qui marque des profils contrastés selon que les revenus viennent de l’exploitation du capital domestique ou des petits boulots : plutôt jeune, minoritaire et moins diplômés qu’une jeune quarantaine, blanc et diplômé.

Elle donne des éclairages sur les motivations dont la première est celle de la flexibilité. Il reste à interpréter la raison : sans doute une manière d’assumer une situation de précarité qu’on ne maitrise pas, d’y trouver une raison.

Des indications précieuses sont aussi fournies sur le taux de participation qui est sur une base déclarative et cumulative de 8% pour Pew Research et  de l’ordre de 4,3% pour l’étude du JPMC Institute, cette dernière dévoilant une tendance au ralentissement.

gig06

On pourra replacer ces résultats dans le cadre d’une typologie du travail indépendant dont KPMG donne une version bien optimiste en considérant que les freelances occasionnels gig4(40%) le font volontairement. Seulement 30% vivent pleinement de leur revenus d’indépendants. 14% sont prêt à prendre un travail salarié et 16% sont financièrement ficelés!

Les revenus complémentaires et compensatoires  sont le driver principal du travail indépendant. Cela rejoint les analyses de l’insee sur la microentreprise et l’activité multiples (voir un billet précédent). L’économie des petits boulots est avant tout une économie des petits salaires et du temps partiel.

Les plateformes distribuent donc des compléments de revenus, ce qui  invite à l’hypothèse que le développement de l’économie collaborative résulte de la conjonction de l’appétit de la consommation de l’insuffisance des salaires. Depuis la crise de 2007, les consommateurs ( qui sont aussi des travailleurs) trouveraient dans cet expédient le moyen de maintenir ou d’accroitre le niveau de leur consommation. L’économie collaborative serait ainsi la fille de l’austérité et de la pingrerie des entreprises (traditionnelles).

Deux questions dérivent de cette analyse.

1)  Quelle légitimité et par conséquent quel statut donner à ces revenus complémentaires ? A l’heure ou le législateur tente de les réguler et de les taxer, cela pose pleinement la question corolaire de la justice sociale dans la distribution de ces revenus : les empêcher c’est aussi priver ceux qui sont privés de salaire, les encourager c’est encourager la précarité.

2) Quelle place  les plateformes vont occuper dans l’économie?  Loin de balayer des secteurs entiers ne risque-t-elle pas de s’installer dans les franges du marché, offrant un sas aux plus démunis et la flexibilité que les marchés réclament : une économie de marge.

Algorithmic accountability – Work in progress

2824863959_4fe17cc109_oIl y a peu les géants du digital lançaient le partenariat pour l’IA . C’est peut être ce colloque à la NYU qui en a cristallisé l’idée. C’est déjà dans le livre de Franck Pasquale. La question du rôle social des algorithmes et de leur responsabilité, notamment celle de rendre des comptes devient centrale dans nos sociétés. Elle l’est en particulier pour les pratiques de marketing qui s’expriment de plus en plus via leurs calculs sur des volumes toujours accrues de données, les plateformes en sont le champs d’expression principal.

Recommander des produits, des relations, évaluer des risques, définir des prix, calculer des parcours, lancez des alertes personnalisées, qualifier des offres, commandez des machines, la panoplie des outils ne fait que s’étendre et se raffiner. Ces pratiques ne font-elles que ce qu’elles doivent faire? Entrainent-elle pas des réponses de ses sujets? Lesquelles? Quels sont leurs effets secondaires?