Les leçons de management du Tour de France

3987376215_4618ab0136_zDans l’été le meilleur est juillet avec Le Tour de France qui s’est achevé par une victoire de Froome qu’il doit à ses équipiers, qui quasiment jamais ne l’auront laissé seul et vulnérable aux attaques de ses concurrents.

Il aura rythmé une fois de plus les après-midis de juillet, fenêtre ouverte chaque jour sur l’odyssée des campagnes et des montagnes des provinces de France et cette année des plaines et des polders de Zélande, entre la sieste et l’apéro du soir.En ce jour d’après dont Eric Fottorino a résumé l’humeur douce-amère, déjà la nostalgie, cette joie de retrouver une part de soi qui se mêle à la  tristesse de ce qu’elle n’est plus, avec ses petits coureurs , le successeur de Paulo la science , ne fait pas que guérir notre mélancolie, mais rappelle que cette compétition – non justement, ce n’est pas qu’une compétition – est un monde, est le monde, est notre monde, où la littérature – une esthétique – est tout autant le fruit de l’économie qu’elle en est la ressource.

Comme Noël, le Tour de France est moins le détournement par l’économie d’un fait social, qu’un fait social qui se développe à partir d’un projet entrepreneurial. C’est ce qui en fait sans doute l’extrême modernité. Rappelons-nous qu’il fût dès l’origine « une entreprise à But lucratif… » qui fût lancé en 1903 par   Henri Desgranges  « .. .pour faire pièce à la concurrence du quotidien sportif dreyfusard Le Vélo » …  « avec le soutien d’industriels antidreyfusards comme de Dion-Bouton et Michelin »

Une épreuve sportive donc à l’opposé de l’idéal olympique très ancien-régime qui reproduit la société des nations, ses nationalismes, ses guerres et ses masses. Cet idéal conservateur, aristocratique, guerrier, qui tient le spectateur en dehors de l’arène quand le Tour laisse le public pousser les cyclistes, voire même leur jeter au visage l’urine de son ressentiment.  L’amateurisme olympique est au fond cette idée que les classes supérieures n’ont pas à travaillé et ne s’exerce que pour la gloire, ils sont aussi les prémisses et le résidu d’une culture de masse, le marqueur d’une crise de la modernité, où le moderne se réduit au progrès de l’instrument, travestissant par la hiérarchie l’échec de la raison et de la liberté. Le Tour tricote dans les lacets et les départementales l’alliance improbable de la culture ouvrière et de la publicité, du local et du global, du bricolage et de la technologie.

Une seconde modernité  et une modernité multiple   auxquelles le spécialiste de gestion que je suis est attentif. Nous ne poursuivrons pas ici cette comparaison qui serait un beau travail de sociologue pour nous concentrer sur quelques aspects de l’épreuve qui de manière finalement peu surprenante sont une invitation pour le spécialiste de management à retrouver dans ce rendez-vous de Juillet matière à penser les organisations contemporaines.

Le premier thème est celui de la  coopétition. Une des idées les plus récentes de la discipline est que la concurrence ne s’oppose pas forcément à la coopération, et a été popularisé par  Nalebuff Brandenburger  sous le terme de coopétition. Le cyclisme est autant un sport d’équipe que d’individu, et le spectateur ordinaire sait très bien que l’échappée victorieuse dépend de la coopération – le travail des échappés qui peuvent appartenir à des équipes différentes-, tout autant que la victoire du héros dépend de la cohésion d’une équipe où les seconds couteaux ont la qualité d’entrainer le leader avec un sens aigu du sacrifice. Si le Tour de France parfois laisse la victoire d’étape à des héros solitaires et éphémère – un régional d’étape ou un nouveau venu magnifique, sur les champs Elysées la victoire s’est construite autant dans le travail d’équipes solidaires, que dans les épopées de groupes de circonstance. Et le plaisir du spectateur est justement de suivre cette histoire imprévisible des alliances de circonstances et d’organisations pas toujours cohérentes et rarement mécaniques. Il n’y a pas de un pour tous, ni de tous pour un, la victoire tient dans ce sens très politique de faire et de défaire les unions. La puissance de la cuisse compte moins que le sens des alliances de circonstances et de la cohérence des unions initiales. Dans le Tour de France, le héros romantique n’existe pas, ou seulement dans de rares instants quand à la montée d’un col la dureté de la pente désolidarise tous les groupements.

Un second thème est celui du no best way. S’il fallait garder une seule leçon des manuel de gestion est qu’il n’y a pas qu’une seule bonne méthode et si elle existait elle serait immédiatement imitée, et ne donnerait plus aucun avantage. Il n’y a pas une stratégie gagnante car le monde n’est pas uniforme. Si parfois il favorise les généralistes, d’autre fois il donne l’occasion au spécialiste de prendre le dessus. Il aura fallût de peu dans ce tour  pour qu’un puncheur ne triomphe. Les puncheurs sont une nouvelle espèce, les baroudeurs en sont une autre. La victoire n’appartient pas à un type ou à un autre, mais à l’excellence d’un type dans un milieu donné. Si Froome a gagné c’est moins par ses qualités propres que par l’inachèvement des nouvelles variétés de cyclistes. Quintana est encore jeune et un Bardet pourrait devenir à l’avenir le prototype d’un nouveau champion. L’organisateur qui fait figure de démiurge le sait bien, et le dessin du parcours justement est là pour faire surgir des formes variées de compétiteurs.

Un troisième thème est celui de la dynamique de la motivation. L’organisation même de l’épreuve est un modèle du genre. Le spectacle ne tient pas à un but univoque, mais à cette distribution habile et différenciée des récompenses. Les régionaux se battent pour une victoire d’étape, les grimpeurs cherchent les points comme les sprinteurs. On récompense les jeunes. Les organisateurs du tour de France sont des champions de la gamification. Ils y a des prix et le droit de porter des maillots distinctifs. Ils distribuent les récompenses en variant les enjeux selon les défis, animant ainsi un spectacle continu au cours de trois semaines, et c’est infiniment plus excitant que de suivre un concours d’athlétisme.  Où trouve-t-on ailleurs un prix de la combativité? Il n’y a pas qu’un vainqueur dans le tour le France, il y en a une multitude, et même un Pinot battu et écrasé par la destinée peut trouver sa victoire. Voilà ce qui remporte l’adhésion populaire. Chacun peut suivre son vainqueur en fonction de ses goûts et de ses valeurs. La victoire n’y est pas unidimensionnelle. C’est sans doute ce qui fait que la compétition n’entame pas la cohésion. Voyons-y une solution astucieuse pour maintenir un minimum de cohésion sociale dans un monde donné à une concurrence radicale. Chacun peut trouver sa place en dépit d’un processus qui déclasse et démotive. On pourrait analyser encore plus finement ce système y discernant motivation extrinsèques et intrinsèques pour comprendre ce qui pousse certains blessés à poursuivre L’honneur n’y est pas absent. Il serait aussi essentiel d’examiner les rémunérations qui pour le peloton restent modestes (ou encore ).

Un quatrième thème est celui de la légitimité. Dans notre monde capitaliste, les entreprises qui survivent ne sont pas forcement celles qui ont les meilleures performances, ce sont celles dont la performance est acceptée par la société. En témoigne l’effort de nombreuses d’entre elle pour justifier un rôle social et surtout d’en justifier leurs errements. Le tour de France a largement souffert des soupçons vérifiés de dopage et il ne s’est pas effondré.  Pour comprendre pourquoi de nombreux arguments peuvent être invoqués. Le principal me semble résider dans cette idée que le Tour ne se limite pas seulement à une compétition, mais est un véritable pèlerinage.  Qu’importe les vainqueurs, nous venons de montrer qu’il n’y en a pas qu’un. L’essentiel réside dans ce voyage rituel qui permet à ceux qui le suivent, sur la route ou les écrans, de parcourir dans sa circumnavigation, un chemin de croix fait des paysages et de leur dureté, le parcours d’une identité. Le Tour de France est une migration, une transhumance. Il relie un village à tous les les autres. Sa dimension sportive, est finalement secondaire, le tour est aussi celui des hélicoptères, et désormais des drônes, qui nous montrent les lacs et les montagnes, des champs sculptés par les messages de voisins. C’est une procession où les fidèles se fouettent à sang, qu’ils s’injectent des substances pour supporter la douleur ne fait au mieux que confirmer la profondeur et le sens de l’épreuve. La nature sportive du Tour est au fond peu importante. Elle est un prétexte qui permet à chacun d’être Ulysse dans son propre pays. La vérité du Tour, sa légitimité, ne repose pas que dans la performance. A l’heure où le thème de la « culture of purpose« ,  que l’on traduira par la raison d’être, se développe fortement on comprendra sans doute avec le Tour de France comment les projets entrepreneuriaux traversent les vicissitudes de leur performance. Gagner n’est pas suffisant pour survivre.

Un cinquième thème porte sur les rapports sociaux.  On pourrait l’aborder au travers de la question du dopage qui lui est consubstantiel comme le rappellent certains sociologues : le dopage n’est pas une tricherie, juste la réponse d’humains à des conditions inhumaines qu’on retrouvent dans de nombreuses professions soumises au stress de la compétition et de l’emploi . Les coureurs du pelotons sont payés au salaire d’ouvriers qualifiés, leurs leaders à ceux de cadres exécutifs. Les uns et les autres sont soumis aux budgets de sponsors pas toujours munificents. Les équipes du Tour ne sont pas très différentes de la plupart des entreprises moyennes. Elles enregistrent les mêmes tensions auxquelles la plupart des entreprises sont soumises.  Entre les directeurs d’équipes, les coureurs, les mécaniciens, les préparateurs, les médecins se tendent toutes les tensions des organisations ordinaires. Des tensions qui s’établissent dans un environnement plus général qui se tisse entre les organisateurs, les contrôleur, les médias, le public, les collectivités. Moins un rapport entre ouvriers et propriétaires qui correspondrait à ce qu’on connait au travers de la théorie de l’agence, qu’à cette tension multiple entre ce que la littérature moderne en gestion traduit par le concept de parties prenantes, qui dans une certaine mesure peut aller jusqu’à nous apprendre que l’entreprise n’est pas la propriété de ses actionnaires. L’entreprise Tour de France a cette modernité d’une société qui ne se résout pas simplement dans un rapport de classe mais dans la complexité des rapports de groupes sociaux multiples pris dans une multiplicité de rapports qui les incitent autant à s’opposer qu’à coopérer. Le Tour n’est pas une abstraction, mais une entreprise, faire pisser ses ouvriers pour prouver leur honnêteté n’est pas que de l’hygiène et de la sécurité, mais l’expression d’un conflit de rôle, comment être performant tout en satisfaisant une image de pureté. Toutes les entreprises sont confrontées à ce défi. Pour le Tour près de 40 coureurs ont abandonnés, en gros un sur 5.  C’est sans doute à l’image de notre société. Quant à qui le Tour appartient, il ne suffira pas de brandir un dépot de marque…

Le tour est si riche, qu’un peut y trouver un sixième thème qui se noue dans la profondeur cosmopolite de notre société. Le global est à l’échelle du local. Aucune équipe n’est nationale. Nous avons tous eu une sympathie pour ce coureur erythréen qui a porté quelque jour le maillot à pois.  Plus de 32 nationalités, et sans doute plus de 50 en comptant les accompagnateurs. Rien d’autre n’est plus cosmopolite que le Tour de France, et pourtant on y aura célébré les provinces, les régions, le Local. Quelle disproportion d’échelles entre ceux qui le font et ceux qui reçoivent.   Le Tour de France c’est aussi cette confrontation des échelles. Et la caravane publicitaire des marques globales, des marques locales, les présences ponctuelles du tissu associatif, y participent de plein titre en dépit de certaines dénonciations, le tour est un Barnum, qui dans un même nœud croise le village et la planète amenant l’un à l’autre. La caravane c’est le tour, autant qu’elle est la métaphore de la globalisation : ce monde où l’on reçoit plus facilement l’image des autres qu’on se déplace, même si sa culture se fait à force d’images criardes, de simulacre outranciers, de ces couleurs qui emprunte plus à la fête foraine qu’à l’art du pastelliste.

C’est avec la coquetterie des nombre magiques que nous voudrions introduire un dernier thème pour lequel nous avons un intérêt et une tendresse : celui de la technologie. Il mériterait de longs développements, c’est le cas de le dire, nous nous en tiendrons à deux objets : les compteurs au guidon qui mesurent de mesure puissance et vitesse et l’oreillette qui pallie à la vue. Chaque coureur là où il est sait à quoi s’en tenir, chaque directeur de course peut coordonner. Chaque journaliste est en mesure de deviner la tricherie. Le tour désormais se déroule aussi dans l’espace digital et dans une incroyable capacité de coordination qui renforce le travail d’équipe, la surveillance des juges et réduit la performance des individus. Mais un coup de dé jamais  n’abolira le hasard.  

Si le Tour peut donner une dernière leçon de management, c’est finalement que le pronostic n’est jamais un résultat, et que sa poésie compte bien plus que ses performances.

Qu’est-ce qu’un algorithme juste ? Celui qui rend compte de ses effets

16318918399_ae6b70149a_bDepuis pas mal d’année de nombreux universitaires ( les politiques sont bien moins nombreux) s’inquiètent du caractère obscur, caché voir même ésotérique des algorithmes dont le fonctionnement peut même à l’insu de leur concepteurs, produire des effets inattendus et indésirables sur les populations. C’est ce qu’on appelle gouvernementalité.

Un bon exemple de ce type d’effet, que l’on désigne par la notion de performativité algorithmique, est donnée par l’étude de Edelman et Lucas (2015) sur les prix de AirBnB à New York, ils observent qu’une différence de 22$ existe entre les logements proposés par les blancs et les noirs. Ceci résulte principalement d’un mécanisme de réputation : l’exposition de la photo de l’hôte et produit un effet discriminatoire qui tout à la fois reflète et augmente la ségrégation spatiale et raciale. Ici l’algorithme est simplissime, il réside simplement dans le protocole de production d’une page d’offre et accorde au visage un poids déterminant dans l’expression des préférences.

De manière plus générale le phénomène est abordée sous le terme de  politique algorithmique. On pourra lire à ce propos les travaux d ‘Antoinette Rouvroy et mieux encore le livre de Frank Pascale. En contre partie se développe de plus en plus l’idée d’une redevabilité ( accountability) algorithmique.  Si les algorithmes transmettent insidieusement une politique explicite ou implicite, souhaitée ou induite, il devient nécessaire qu’ils doivent rendre compte des effets de leurs actions.

Une exigence politique croissante est que donc les plateforme doivent rendre compte des méthodes qu’elles emploient et de leurs effets sur la société sans plus se cacher derrière la notion de confidentialité des procédés. C’est moins une question de droit que de politique, car c’est le politique qui aménage le droit. On notera au passage que cette exigence est d’autant plus naturelle que les algorithmes sont le plus souvent empruntés au domaine public comme le furent le PageRank de google ou les méthode de filtrage collaboratif d’Amazon. Mais ce n’est pas le problème principal. Par redevabilité on entend le fait que les effets de ces algorithmes doivent être considérés comme n’importe quelles externalités, et être reportés dans les rapports d’activités comme les effets environnementaux et sociaux parfois le sont.

L’objet de notre note ce sera pas cependant de débattre de ces notions et de leurs conséquences, mais plutôt de montrer de manière assez concrète, même si le lecteur va vite s’apercevoir du degré élevé d’abstraction requis pour pénétrer dans ce qui fait nos algorithme ordinaires, comment les algorithmes nous échappent.

Le hasard de mes lectures m’a conduit vers un papier passionnant de Cynthia Dwork et ses collègues – Fairness through Awareness, qui est un spécimen remarquable de ce qui devient une littérature riche à la frontière des mathématiques, de l’informatique et du machine learning. Il s’intéresse à formaliser le caractère juste d’un algorithmique, et notamment de ce qui attribue aux Etats-Unis des places aux étudiants dans le cadre de politiques pro-minorité, et donne une foule d’exemples qui concernent le marketeur.

Prenons le cas des algorithme de scoring, très  courants dans le domaine bancaire pour attribuer ou non un crédit à la consommation. Ces algorithme s’appuient sur ce que les spécialistes du machine learning appelle un classificateur, autrement dit une équation dont la forme très général est la suivante : S=f(X,theta). S est le score calculé, c’est mieux quand il s’exprime sous la forme d’une probabilité (celle de ne pas rembourser le prêt, donc le risque. X est un vecteur de variable X&, X2, X3 etc qui décrit ce que l’on sait sur l’individu : son age, son revenu, et pourquoi pas ses amis sur Facebook (qu’on a déjà scoré) et plus tard les données cardio de son fitbit). Theta des valeurs numériques, les paramètres du modèle qui ont été calculés au préalable sur une grande population et éventuellement vérifiés sur une autre. On notera que ces paramètres sont des sortes de moyennes, et qu’en général on ne tient pas compte du fait qu’ils peuvent varier selon les individus ( mais on peut le faire si l’on souhaite en utilisant par exemple des modèles hiérarchiques).

Un tel modèle est mis en œuvre au travers d’une décision. Elle peut êre primitive quand on indique un seuil, par exemple si S est supérieur à 3% alors ne pas prêter. Elle peut être un peu plus sophistiquée en pondérant gains et pertes espéré. Par exemple si G est la marge gagnée sur le prêt dans le cas ou il n’y a pas d’incident, et P la perte subie si le client n’est pas en mesure de rembourser, le critère devient P*S+G*(1-S)>0. On peut imaginer plus compliqué.

Le problème posé est qu’un tel algorithme n’est pas forcément juste. On connait le problème classique des faux positifs. quelqu’un dont on a mesuré les chances de ne pas rembourser peut être parfaitement fiable, et inversement celui à qui ont prête peut défaillir. La théorie de la décision fournit des moyens pour réduire , du point de l’entreprise, cet impact et mieux définir sa stratégie ( minimiser les risque, optimiser le gain …). Mais du point de vue des individus certains qui serait en droit d’obtenir le prêt ne l’auront pas, et d’autre obtiendra un prêt qu’il ne mérite pas. Il est assez facile de mesurer l’importance de cette injustice, simplement au moment où l’on test de le modèle. Il suffit de comparer les résultats à la réalité. Une mesure classique peut être le RMSEA, où dans le cas des probabilité une mesure de gain :  1 – (% bien classé/ % de bien classé par hasard).

On pourrait parfaitement exiger de ceux qui emploie de tels algorithmique sans donner les paramètres theta qui sont un secret de fabrication, au moins de rendre compte de la précision de leur algorithme, par expérience je suis prêt à parier une fantastique désillusion. La plupart des modèles ne prédisent qu’assez mal les résultats, sauf dans les cas triviaux. Les voies d’amélioration passe moins par l’emploi de modèles nouveaux que par l’abondance des variables, et encore, celà reste à établir. Un taux de bonne prédiction de disons 92% laisse 8% d’erreurs ce qui n’est pas intellectuellement acceptable.

Mais allons plus loin avec l’article indiqué.  Celui-ci propose un autre critère de justice, partant de la condition de Lipschitz qu’on peut exprimer assez simplement. Un algorithme sera juste si la distance entre deux individus ( tels qu’on la mesure au travers des caractéristiques X) est plus grande que la distance entre les scores calculés à partir de ces profils.  Un corolaire de cette mesure de justice est cependant que sa mise en oeuvre se paye par une réduction de la privacy. Mais l’essentiel réside dans l’idée que l’on peut calculer de caractère  juste ou injuste d’un classificateur.

Voilà une série d’autres critère d’évaluation et de redevabilité, même si demander à son banquier si son scoring respecte la condition de Lipschitz, ou la parité statistique, reste, reconnaissons le non pas de la science fiction, puisque scientifiquement c’est possible, mais de la social fiction! Mais les choses ne s’arrêtent pas là, quand bien même nous introduirions dans le système des approches juste « fair » au sens de l’auteur principal, cela a un cout :  c’est celui de la privacy. Pour que l’algorithme soit juste, il faut selon l’auteur qu’on détienne des données « sensitives » !

Ce qui amène un commentateur à relever dans cette interview qu’il n’est pas possible de construire un algorithme juste, en relevant la question de la responsabilité : in fine l’auteur du papier initial renvoie la responsabilité de la justice de l’algorithme à des éthiciens! laissons au commentateur la conclusion :

 » First, there is the belief that we don’t need to think philosophically because we can solve our problems by technology; and then, second, when technology as such fails, to call in expertise, in this case in the form of an “ethicist.” And then, finally, in the paper Dwork co-authored on fairness that prompted this interview, we find the argument that the parameters of fairness “would be externally imposed, for example, by a regulatory body, or externally proposed, by a civil rights organization,” accompanied by a citation of John Rawls. « 

Les choses sont donc claires : ne comptons pas sur les machines pour réduire les problèmes sociaux, la responsabilité de ce que font les machines appartient entièrement aux humains, à leurs concepteurs et à leurs propriétaires. Plutôt que d’interdire, ou d’autoriser, la première étape de la régulation du monde des machines est d’imposer socialement l’exigence de redevabilité. Si les machines ne sont pas neutres, si elles induisent des biais politiques, ont toutes les chances d’être injustes, autant que l’on connaisse la manière dont elles affectent l’ordre social.

Globalisation : the platform era

10220428155_26a0ec68e2_bThis presentation is prepared for the seminar « Management a Global World -Roadmaps for the Future » organized by the FNEGE. Paris September 2015.

The goal is to demonstrate the role of new kinds of organization and business models in the new modality of globalisation and how they disrupt global markets as do Uber, Alibaba, Amazon, M-Pesa, AirBnB, etc… and challenges for society.

 

Big data, plateformes et business models

3109465935_cf6f2a4263_bLa vidéo complète d’une conférence donnée le 23 juin à la CGC Orange. La vidéo n’est pas d’aussi bonne qualité que l’originale tournée par leurs équipe (pour la faire tenir dans les limites de Viméo), mais l’image de toute façon est sans doute moins intéressante que la parole et un podcast aurait sans doute suffit!

Il y a là un bon concentré des idées que je développe depuis quelques mois. Pour le crédit photo juste un vol d’étourneau, c’est au fond une bonne métaphore du nuage et du calcul distribué qui produit des formes sans forme, une organisation sans centre mais efficace pour s’adapter, et dans le cas des oiseaux échapper aux attaques des rapaces…

Conférence Big Data CGC Juin 2015 2 from Christophe Benavent on Vimeo.

Gafa presque souverains

17034261188_d656b18a22_oC’était en Juillet, une occasion supplémentaire de parler de plateforme et de gouvernementalité, ce sera assurément un des mes sujets phare cette année, notamment dans le cadre du Master MOPP. Une interview en parallèle avec Jean-Gabriel Ganascia du LIP6.

Un observateur avisé a remarqué le papier,et l’on reviendra certainement sur un point clé, la politique des algorithmes ce n’est pas seulement le glissement du politique vers la sphère privée ( et oui leur rôle est aussi de faire la police !) mais aussi plus globalement la remise en cause de la  souveraineté et pas que numérique. Vaste débat de société!

crédit Photo : Id iom

De Google à Alphabet, l’ex start-up va-t-elle devenir ambidextre ?

380578681_8ed606f7b0_oDans cette nouvelle interview accordée à Atlantico, le but était naturellement de battre en brèche une opinion fausse, celle d’un Google tentant d’échapper aux foudres des règlementations de la concurrence. L’avis du juriste Rubin Sfadj donnée à Telerama est sur ce point bien plus pertinent que le mien.

Un autre but était aussi de rappeler qu’en terme d’organisation la croissance de Google n’échappe pas aux problèmes traditionnels des entreprises et à ceux de leurs évolutions. La divisionnalisation telle que décrite par Chandler était le référent le plus simple, j’aurais pu aussi m’en référer à la théorie de Lawrence & Lorsch  qui reste qui moi l’argument le plus fondamental en matière d’organisations : quand elles croissent, elle doivent se différencier pour s’adapter à un l’environnement qui s’étend  et se complexifie, c’est le phénomène de la départementalisation, et à une autre échelle celui de la multi-divisionnalisation.  Simultanément le fait de se différencier menace l’intégrité de l’organisation et nécessite un effort supplémentaire d’intégration, sinon le risque que d’un département à l’autre de degré de centralisation, de formalisation, l’horizon temporelle risquent de varier de telles manière à ce que les équipes ne se comprennent plus ( par exemple à mesure que l’entreprise grandit les gens de la production rationalisent et se tourne vers une efficacité opérationnelle à cours terme tandis que ceux de la recherche conçoivent des projets de plus long terme et adoptent des modes de management par projets). L’intégration est l’ensemble des dispositifs qui vont permettre aux unités de fonctionner de concert.

Dans le cas d’Alphabet le choix d’une structure légère, une holding à la Hattaway- Berkshire qui semble inspirer leur dirigeants, risque d’ailleurs à l’avenir de faire peser une menace, l’intégration ne serait que financière, et peut menacer l’intégrité de la compétence stratégique principale qui est celle de la gestion des données, le big data.

J’aurais cependant pu aussi même l’accent sur un argument qui est esquissé sans que je ne le désigne précisément : l’organisation Alphabet peut être considérée comme le moyen de créer un groupe ambidextre, capable autant d’améliorer l’efficacité opérationnelle que son aptitude à conduire des innovation radicales. Explorer et exploiter simultanément son environnement.

On pourra discuter de la pertinence des choix, c’est à dire des moyens, qui sont encore à venir en matière de structure pour réaliser cet objectif. Mais il faudra reconnaitre au dirigeants une bonne intelligence de l’environnement, la taille et la puissance ne les aveugle pas au point d’oublier que pour échapper à la pression des rivaux il faudra continuer à être meilleurs qu’eux et ouvrir de nouveaux espaces de marché.

Crédit photo : Chrissy Wainwright

 

 

 

Un nouveau site, nouveau domaine et de nouveaux horizons

20360600279_ac674be148_hIl aura fallût un cambriolage, un ordinateur envolé, des mots de passe perdus pour me décider à abandonner l’espace de free qui m’accompagne depuis 1995 à peu près, pour acquérir un véritable nom de domaine, un nouvel espace de stockage (OVH au moins pour une question de souveraineté numérique), et un nouveau site.

Dans les semaines qui viennent je rapatrierais les vieux post, en espérant il mettre de l’ordre. Mais en attendant, et en attendant le premier billet sérieux, puisqu’il s’agit d’un nouveau départ, une peu de musique pour calmer les agacements inévitables d’une nouvelle installation….

crédit photo : eugenia loli