Prospective, rétrospective, expectative.

538658731_4f54a24415_zLes rituels gardent toutes leurs forces, et aux abords de noël on n’échappera pas au jeu de la rétrospective et de la prospective. C’est ce moment précieux où l’on tente d’immobiliser le temps dans une sorte d’introspective pétrie d’expectatives!

C’est tout le paradoxe de ces rituels de fin d’année : se tourner vers le passé pour regarder demain, se replier dans le noyau familial, pour se projeter dans l’an qui va venir, répéter pour se régénérer. Si la répétition ne définit pas en soi le rituel, la répétitivité du rituel produit sans doute assez de réalité comme le remarque Dominique Casajus dans un beau texte sur les paradoxes du rituel.

Un officiant dinka, lorsqu’il récite les invocations précédant le sacrifice, brandit une lance sacrée. Ces lances, propriété de certaines familles de prêtres, ont un caractère sacré, une force, une efficacité rituelle, qui leur vient de toutes les invocations prononcées avec elles par des générations de prêtres. Voilà donc un cas où ce que produit la répétition du rituel ne se perd pas mais prend une réalité tangible, qui à son tour donne une qualité particulière à des gestes et des paroles rituels à venir.

Voilà qui nous encourage à participer à ce rituel de la rétrospectives et de la prospective, de l’introspective et de l’expectative, dont on retient ce vieux sens de droit religion qui se définit comme ce qui fonde une attente et laisse à espérer. Répétons avec tous cet exercice, et puisque Noël est ce rituel particulier qui célèbre la consommation, cette dépense répétée et excessive qui appelle le crédit, et de manière très sacrificielle détruit la valeur de ce qui est donné – il faut à ce sujet relire (Joel Waldfogel) ,en voici un exemple auquel nous avons participé avec joie.

Dans les 120 contributions rassemblées par Pierre Blanc , «Athling 2015 -La banque, reflet d’un monde en train de naître» c’est une prospective de la banque de détail qui est offerte par des non-banquiers, qui en les lisant n’échappent pas à la rétrospective. Un exercice rituel dont on espère qu’en dépit des répétitions s’y produise une sorte de réalité au moins pour adjurer le séisme des années 2007 dont nous ne sommes pas encore sortis, même si la promesse technologique laisse penser qu’un monde nouveau surgit.

Pour notre part, nous y annonçons ce qui ne demande pas un grand effort d’imagination, une banque sur le modèle de ce qui semble émerger comme une nouvelle forme d’organisation sociale qui affecte déjà significativement nos rituels de consommation : les plateformes. Nous aurons  et les mois à les semaines à venir, tout le loisir pour en développer l’argumentation dans un plein volume, et ce petit texte est au fond une forme de conjuration.

Crédit Photo : Thomas CloerGilbert et George

2012 : La pluie qui tombe du nuage.

Le rituel du temps pour une 2012ème fois résonne.C’est sur un fond d’inquiétude et d’incertitude que 2011 s’achève.

La crise a fait tremblé le capitalisme mais finalement peu touché le capital. Les entreprises réduisent la voilure comme à l’entrée de la tempête. Jamais autant on a eu besoin d’espoir. Et de cette croissance qui sourd dans les gains de productivité qu’une meilleure intelligence et des outils plus puissants permettent d’obtenir. On souhaite que 2012 soit l’année du retour de l’innovation.

Dans le vaste nuage électronique, il y a les ressources d’une année heureuse.
L’expansion des réseaux sociaux, la multiplication des plateformes, la densification des écrans, l’interconnexion des appareils et des hommes offrent à l’invention des ressources précieuses. Que ce soit pour vendre, pour maintenir des relations, pour s’éduquer, se soigner, prendre soin de ses biens, régler sa consommation, prendre des nouvelles des autres, des milliers d’applications et d’organisations sont encore à créer. Les données se comptent désormais en Tera et Péta. Ces nouvelles échelles sont à grimper!
Des formes nouvelles de consommation émergent, des formes nouvelles de commerce s’inventent, des formes nouvelles d’échange naissent et se transforment. Leur enjeu est celui du consentement à payer. Le socle commun a été financé par la publicité, l’esprit de la gratuité et la clairvoyance de l”Etat. Cela doit se poursuivre : nos chalutiers doivent tirer les filets du marché.
Une des sources de richesse qui en conduit l’expansion est celle qui depuis toujours fait notre richesse : la valeur de ce produit chacun monde et qui ne vaut rien sur le marché. La véritable valeur ne se révèle pas que par les prix, mais par ce temps gagné sur les choses que l’on fait, et que l’on consacre à des choses nouvelles. Nos idées, nos rêves, nos mythes, nos histoires, nos couleurs, nos musiques, nos images, nos poèmes, nos recherches.
Le temps. Mettre le plus de temps possible dans un temps limité. Celui de lire une page où les phrases, les sons, les images représentent autant de temps passé à les élaborer, autant de temps passé par nos amis à créer et qu’ils partagent le temps de les avoir lues. On peut avoir beaucoup d’espoir, sachant que les savoirs des autres tiennent dans le temps de nos vœux. Le temps, du temps, c’est ce qu’on souhaite à chacun, un temps commun.
Pour l’année de la crise, quelle ironie que ce vœu se forme dans une mise en commun alors que l’intérêt semble mener à la ruine. Espérons que tombe des nuages la pluie qui fait grandir les graines au printemps et qu’un beau soleil nous donne ses lumières.