#Gigeconomy : l’économie des compléments de revenus.

8516817076_ee5a666234_zBien loin de l’uberisation du marché du travail, la #gigeconomy dessine son véritable visage, celui d’une économie des compléments de revenus, et incite à formuler la double hypothèse que le moteur du collaboratif se trouve plus dans l’offre que dans la demande, et dans la modération salariale que les entreprises de la vieille économie pratiquent depuis 2007.

Mais d’abord les faits dont plusieurs sources éclairent des traits saillants.

Avec l’étude du JPMorganChase Institute on retiendra d’abord une typologie simple mais efficace des plateformes : d’une part les plateformes de travail et d’autre part les plateformes de capital (il faudrait sans doute ajouter les plateformes de contenus pour mieux saisir le digital labor qui lui ne procure pas de revenus mais au mieux l’usage gracieux de certains services). Le résultat obtenu à partir d’un jeu de données important ( 1 milion d’acteurs) est limpide : L’engagement dans les plateformes de travail est lié à la variabilité des revenus principaux et négativement corrélés à sa variation tandis que les gains des plateformes de capital augmentent un revenu stable. Les propriétaires augmente leur gain de 314$ sur la base de 4454$ ( soit +7,1%), ceux qui n’ont que leur  bras à louer compense 533$ de revenus perdus soit 14,7% de pertes. Le complément de salaire est compensatoire pour le travail, accessoire pour le capital.

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C’est la conclusion  à laquelle le Pew research aboutit dans sa vaste étude sur les revenus de l’économie des petits boulot, de la vente domestique et de la location personnelle.

24% of Americans report earning money from the digital ‘platform economy’ in the past year. The extra income they make is a luxury for some, but a necessity for others.

gig04Cette étude apporte un regard complémentaire avec une description socio-démographique qui marque des profils contrastés selon que les revenus viennent de l’exploitation du capital domestique ou des petits boulots : plutôt jeune, minoritaire et moins diplômés qu’une jeune quarantaine, blanc et diplômé.

Elle donne des éclairages sur les motivations dont la première est celle de la flexibilité. Il reste à interpréter la raison : sans doute une manière d’assumer une situation de précarité qu’on ne maitrise pas, d’y trouver une raison.

Des indications précieuses sont aussi fournies sur le taux de participation qui est sur une base déclarative et cumulative de 8% pour Pew Research et  de l’ordre de 4,3% pour l’étude du JPMC Institute, cette dernière dévoilant une tendance au ralentissement.

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On pourra replacer ces résultats dans le cadre d’une typologie du travail indépendant dont KPMG donne une version bien optimiste en considérant que les freelances occasionnels gig4(40%) le font volontairement. Seulement 30% vivent pleinement de leur revenus d’indépendants. 14% sont prêt à prendre un travail salarié et 16% sont financièrement ficelés!

Les revenus complémentaires et compensatoires  sont le driver principal du travail indépendant. Cela rejoint les analyses de l’insee sur la microentreprise et l’activité multiples (voir un billet précédent). L’économie des petits boulots est avant tout une économie des petits salaires et du temps partiel.

Les plateformes distribuent donc des compléments de revenus, ce qui  invite à l’hypothèse que le développement de l’économie collaborative résulte de la conjonction de l’appétit de la consommation de l’insuffisance des salaires. Depuis la crise de 2007, les consommateurs ( qui sont aussi des travailleurs) trouveraient dans cet expédient le moyen de maintenir ou d’accroitre le niveau de leur consommation. L’économie collaborative serait ainsi la fille de l’austérité et de la pingrerie des entreprises (traditionnelles).

Deux questions dérivent de cette analyse.

1)  Quelle légitimité et par conséquent quel statut donner à ces revenus complémentaires ? A l’heure ou le législateur tente de les réguler et de les taxer, cela pose pleinement la question corolaire de la justice sociale dans la distribution de ces revenus : les empêcher c’est aussi priver ceux qui sont privés de salaire, les encourager c’est encourager la précarité.

2) Quelle place  les plateformes vont occuper dans l’économie?  Loin de balayer des secteurs entiers ne risque-t-elle pas de s’installer dans les franges du marché, offrant un sas aux plus démunis et la flexibilité que les marchés réclament : une économie de marge.

Gig Economy : le véritable défi des plateformes

15417939747_b86a5d8f51_zIl y a de bonnes chances que ce soit le mot de l’année 2016, alors que le monde de l’économie collaborative ou de l’économie du partage, connait une remise en cause sérieuse et une contestation de plus en plus vigoureuse qui pourrait aboutir à une véritable crise de légitimité, dans un secteur en pleine croissance qui a bénéficié de près de 25 milliards $ de levée de fond ces dernières années.

On notera d’ailleurs des changements sémantiques qui se traduisent par l’emploi plus fréquent de l’expression  « On demand economy », et plus fraichement de gig economy, sans compter le digital labor.

La crise de légitimité se traduit naturellement dans les conflits liés à Uber, à la remise en compte des effets urbains de AIrBnB et d’une contestation plus articulée qui se traduit par le développement d’un cooperativisme de plateforme. Avec toute les précautions d’une histoire immédiate difficile à établir, il semble cependant qu’une polarisation des discours se constitue entre la bonne et la mauvaise économie du partage. On retrouve une tension entre une idéologie libertarienne qui prédit la montée des freelancers, célèbre la responsabilité et la liberté  individuelle, le désir de flexibilité, trouvant dans les technologies le moyen de multiplier les opportunités et voyant dans les espaces de co-working le minimum d’une vie commune et des frais partagés,  et l’utopie cooperative et autogestionnaire qui rêve de dissocier revenu et contribution, poursuit le rêve anarchiste d’une création collective sans hiérarchie. Ce sont à vrai dire de biens vieilles oppositions du commun et de la liberté individuelle, de l’utopie et de l’idéologie, dont les combinaisons sont simplement renouvelées.

L’élément neuf est qu’au travers de cette économie de plateforme (c’est ce qui nous semble être le terme le plus neutre et le plus objectif), il y a la promesse de transformer l’emploi (et le travail mais c’est une autre question), alors que ce dernier semble menacé par les robots et plus généralement l’automatisation des tâches effectuée par les classes moyennes qui par conséquence concurrenceraient en terme d’emploi les classes prolétaires en terme d’emploi conduisant à une polarisation du marché du travail. On retrouve ici la thèse d’Autor.

La promesse serait de ce point de vue double : elle donnerait un échappatoire aux classes moyenne : à défaut d’emploi salarié c’est dans la liberté du free-lance qu’elles trouveraient leur salut, mais permettrait aussi aux classes populaires d’échapper à l’aliénation d’emplois purement manuels. D’un côté des enseignants choisissant le temps partiel et de multiples emplois : leçons à domicile, vacation dans les écoles, travaux de traduction; de l’autre une femme de ménage faisant gérer ses fiches de paye par des plateformes, et enrichissant le passage de serpillière par de la conciergerie chez AirBnB.

Sur le mode optimiste le récit d’un monde du travail où chacun serait responsable de son propre emploi, libre de ses horaire du choix de ses clients, jouissant des bien-faits des plateformes pour s’organiser et organiser la relation avec ses contractants est assez largement développée comme le signe d’une nouvelle modernité californienne. Le hic est que cette tendance à l’auto-entreprise, même aux Etats-unis, ne se retrouve pas dans les statistiques. C’est le sens de ce long post : how big is the gig economy ? Et même the economist qui peut difficilement être considéré comme gauchiste fait le même constat : moins que la création de nouveaux emplois, la gig economy serait celle de revenu de complément pour des emplois plus faiblement rémunérateurs.

Qu’en est-il en France? A vrai dire la même chose, au moins une absence dans les statistiques. Si on examine l’évolution de l’emploi en France, on s’aperçoit rapidement que ce n’est pas l’emploi non salarié qui sauve l’emploi total, 15% de ces emplois ont été perdu depuis 1989, il remonte la pente à partir de 2002-2003, de manière plus soutenue en 2009 avec la loi sur le statut de l’auto-entrepreneur, et  concerne un secteur particulier : celui du tertiaire non marchands, autrement celui de la santé et du travail social et dans une moindre mesure le tertiaire marchand. Pour rappel ces dernières années le taux net de comptes d’auto-entrepreneur administrativement actif est d’un peu moins d’un millions, en croissance de 8à 9% et dont 60% sont économiquement actifs. Le chiffre d’affaire moyen est de 3300 euros par trimestre avec une tendance en baisse, variant de 2000 pour les intermittents du spectacle à 7000 pour les activités juridiques. En 2011 93% d’entre eux on un revenu salarial plus élevé que le revenu de leur activité.

emploi evolution

Si ce n’est pas dans le travail indépendant que se trouve la Gig economie, elle se trouve peut être dans le cumul d’emploi et échappe ainsi aux catégories statistiques usuelles. Il y a cependant au moins une étude de l’insee qui en donne des indications en fournissant un tableau comprenant la proportion des indépendants et auto-entrepreneur mono et pluriactifs. En voici une représentations pour les catégories d’emploi non-salariés les plus fines disponibles. La pluri-inactivité concerne les emplois non salariés les moins rémunérateurs : l’enseignement, l’action social, le spectacle, puis le conseils et les études et les services aux particuliers.

Pluriactivite

Et pourtant les plateformes se multiplient et ceux qui en tire un revenu aussi faible soit-il aussi. Uber fournirait des courses à 160 000 VTC dans le monde, AirBnB a permis de loger 500 000 visiteurs à Paris au cours de l’été 2014 et donc fournit un revenu accessoire à moins 50 000 hôtes, Etsy enregistre fin 2014 plus d’un million de vendeurs, Mechanical Turk propose de 1000 à 10000 travailleurs disponible chaque jour, Freelancer.com annonce plus de 17 millions d’employeurs et de freelance, ce ne sont que quelques exemples qui suffisent à montrer l’importance et la diversité d’activité qui au minimum procurent un revenus complémentaires, le partage de frais pour les covoitureurs, parfois un véritable emploi. Et il faudra aussi compter avec les plateforme de services dont une des dernières initiatives à remarquer est celle de Leroy-merlin avec FrizBizz.

Ce qu’on observe pas tout à fait dans les statistiques, se trouve-t-il ailleurs? L’hypothèse la plus brutale serait de la trouver dans le travail au noir que les plateformes sans l’officialiser le structure  et l’organise. Une hypothèse plus douce est que ces emplois introuvables appartiennent à une économie domestique et concerne des formes de travail qui ne sont pas considérés comme des emplois, qui ne donnent pas de rémunération au sens strict de terme. Se développe ainsi une zone grise où des échanges ni marchands, ni non-marchands, ni emploi véritable, ni échange de services sont à la fois marchandisés par les plateformes et retiré du champs de l’économie formelle. Un économiste américain propose d’ailleurs de les classer dans une catégorie intermédiaire de « dependant contracteurs » qu’une traduction française pourrait être les « auto-dépendants », on en reprend ici le schéma proposé par O’Reilly dont le papier rappelle qu’à juste titre que la gig-economy est avant tout celle du travail partiel.

gigeconomy

Pour revenir aux plateformes, on comprend mieux l’enjeu de la légitimité. L’emploi très partiel créé par ces plateformes est-il un substitut suffisant à celui qu’elles détruisent dans les économies plus institutionnalisée ou complète-t-il des revenus auxquels certains ont déjà accès ? Y a-t-il une voie médiane de rapport à l’emploi qui ne s’inscrive ni dans l’indépendance, ni dans le salariat exclusif ? Cette voie peut-elle trouver des statuts qui ne fassent pas que consacrer l’ère des petits boulots ?

Comment indépendamment les plateformes peuvent-elle faire pour éviter ce qu’on fait plus que pressentir : ce qu’elle organise se traduit le plus souvent par une distribution de longue traine, autrement dit un petit nombre d’individus vivant bien de ces activités fractionnées et l’énorme majorité qui n’y trouvera pas plus que de l’argent de poche.

Ce que les plateforme font bien c’est de coordonner une grande variété d’offres et de demandes, elle font faire à l’économie du divers un bond en avant et apporte les gains de productivités sociales nécessaires pour réaliser les appariements dont la faible valeur condamne à ne pas être réalisée dans la vie sociale ordinaire. Elle ne sont cependant pas outillée, en dépit de leur puissance de calcul pour établir les règles qui bride l’inégalité quasi-naturelle de leur loi de distribution (Ces lois sont nous l’apprenons et le confirmons chaque jour sont de l’ordre des loi puissance) qui reflètent la structure de leur réseaux.

Les plateforme ne peuvent pas penser la redistribution, elle peuvent au mieux par des algorithmes conventionnels peser sur les prix en donnant des prix de références justes (c’est ce que fait Blablacar en indiquant un prix fondé non sur l’offre et la demande, mais une convention de partage des frais, mais ce que ne fait pas Uber en cherchant à calculer de manière dynamique des prix de marchés, majorant le tarif quand l’offre est faible et ajustant au plus bas le tarif de base quand il s’agit de faire augmenter la demande globale).

Dans la recherche de légitimité qui nous le répétons est en cours d’être mise en cause sérieusement par le marché du travail et plus largement par les effets indésirés dans la redistribution des richesses, la première responsabilité des plateformes est moins de réguler, que de contribuer au débat sur la régulation publiant des statistiques fiables et validée du phénomène, en rendant compte de la quantité et des revenus qu’elles génère aux travers des emplois, quasi-emplois, et revenus complémentaires qu’elles affirment susciter. Des données suffisamment précises,  ne se réduisant pas à des moyennes ou des agrégats mais à une analyse de la distribution de ces quantités.

Elles doivent ouvrir leur bases de données aux économistes, aux sociologues aux gestionnaires, à tout ceux dont le travail est, ou devrait, être d’éclairer la décision publique et privée et tous ceux qui y participent. La transparence statistique est un élément clé de la légitimité.

Il s’agira ensuite, en s’appuyant sur la délibération qu’induit les éléments de connaissance, de mettre en œuvre des systèmes d’incitation qui corrigent leurs effets éventuellement inégalitaires et de permettre ensuite que les clauses de sauvegarde sociales puissent s’y appliquer. Mais avant il s’agit de les imaginer en fonction d’un problème bien établi. Pour l’instant ni les infographies partiales où les statistiques officielles n’en donne une image juste.

Quelle est l’ampleur, quelles sont les modalités, les variations, les conséquences de la Gig Economy , de cet économie fractionnées en petits boulots et tâches isolées? Voilà la question de l’année, espérons y répondre en partie,  et imaginer d’autres voies pour résoudre cette question essentielle : il n’y pas pas assez d’emploi aujourd’hui pour procurer un revenu suffisant à tous, ni donner à chacun le sentiment qu’il est encore afficlié à l’ensemble de la société. Ce sera mon dernier voeux pour l’année nouvelle.

L’innovation fait les inégalités qui la tuent

4346411307_185ffbb373_oVoici déjà un bon moment que l’hypothèse d’un effet négatif des inégalités sur la croissance, dont on sait depuis fort longtemps qu’elle résulte de gain de productivité essentiellement du à l’innovation et au progrès technique, devient un thème majeur de réflexion même si des travaux plus anciens ont conclu à un effet positif ou du moins constrasté. l’OCDE lui a consacré récemment un livre fort bien documenté. Il est à peine nécessaire que Stiglitz en a établi le prix.

De là à conclure que l’effet le plus spectaculaire de la globalisation réside dans l’accroissement considérable des inégalités, ce qui n’est pas contraire à l’idée que le niveau de vie, en termes de capacité des plus pauvres, se soit amélioré, et ne s’oppose pas à celle d’une croissance des classes moyennes dans les pays émergeant, serait la cause de la crise qui sévit dans les pays occidentaux se poursuit par une croissance poussive  et le ralentissement des économies émergentes comme c’est le cas en chine, et surtout en Russie ou au Brésil, est sans doute excessif. Difficile de conclure aussi vite que la globalisation freine l’innovation même si certains ont d’ailleurs noté que la bulle des émergents tient non seulement à l’incapacité de sortir d’une économie de matières première, et d’innover, que de n’avoir pas réalisé leur changement de régime et s’être doté d’institution qui assure les intérêts de tous. L’inégalité croissante empêche sans doute la construction d’institutions solides et la régression de la corruption.

Si les inégalités sont une cause de la faible croissance car le capital concentré dans un faible nombre de main cherche la rente ( à la Piketty) ou tout simplement ne peut être investi dans des idées vraiment nouvelles, car peu de main c’est peu d’idées, il s’avère aussi qu’elles sont une conséquence de l’innovation. Une série de travaux récent défendent cet effet négatif de l’innovation technologique, y compris ceux du FMI, et la critique de la Silicon valley en donne une illustration flagrante : la région qui connait un revenu moyen double de celui du revenu américain est aussi celle qui concentre la plus grande proportion de SDF. La bonne et le geek deviennent les figures antipodiques du monde nouveau, au moins pour certains.

Les travaux de Autor sont absolument essentiels ;  en défendant la thèse de la polarisation du marché du travail, il décrit un effet différent de la première révolution industrielle, l’automatisation induite par le développement du BIG data et de L’IA : en automatisant les tâches des classes intermédiaires (cadres et employés) on réduit cette part d’emploi et la force de travail qui s’oriente vers les services à la personne peu automatisables ( coursier, femme de menages, gardien, call center, chauffeur uber et autres aides soigants) vient concurrencer les moins qualifiés, faisant baisser le prix du travail, alors que les emplois créatifs, à forte spécificité (ils sont peu substituable car leur valeur travail se fondent dans l’accumulation des expériences et savoirs faires) voient leur revenus s’envoler.  Il y a bien sur aussi la thèse plus brutale de Brynjolsson et McAffee et on renverra à cette synthèse du MIT pour un aperçu plus général du débat.

 

Plus récemment une recherche de Philippe Aghion et ses collègues vient d’apporter une autre touche au tableau, déjà noir (on peut suivre son séminaire au collège de France). Il confirme un lien significatif entre l’activité d’innovation ( qu’il mesure par le nombre de dépôts de brevet comme l’a fait Diana Weinhold) et intensification des inégalités, attribuant explicitement à l’innovation technologique, l’accroissement des revenus accaparépar les 1%. C’est le phénomène clé de l’accroissement des inégalités qui se caractérise moins par une bipolarisation, que par l’enrichissement accéléré des plus riches qui étire la pointe de la pyramide. Il tente d’apporter une éclaircie en soulignant que l’accroissement des inégalités s’accompagnait d’une plus grande mobilité, cherchant sans doute à sauver une certaine idée libérale et en déplaçant le problème. On pourrait critiquer ce point de vue en signalant simplement que cette mobilité traduit aussi une très grande incertitude : si chacun a sa chance, elle est autant de perdre que de gagner, surtout pour les revenus des 90%. Les auteurs en déduisent un axe directeurs des politiques publiques et fiscales : distinguer les riches par la rentes, ils donnent le modèle de Carlos Slim, des riches par l’innovation et ils citent Xavier Niel, laissant aux derniers une part de mérite auquel les premier, dans l’esprit de Piketty n’ont pas droit. On laisse le lecteur le soin de juger la pertinence d’une telle distinction.

Ces lectures me ramènent à une petite réflexion que nous avions eu il y a quelques temps. Imaginons 100 individus, doté des mêmes qualités qui leur donne droit à un même revenu. Supposons ensuite qu’il gagnent en moyenne 5% de plus chaque année, cette moyenne correspond une amélioration générale due à l’innovation, et se distribue normalement avec une certaine variance. Comment va évoluer la distribution globale des revenus? C’est un modèle extrêmement naïf qui présuppose que la distribution des richesses est aléatoire. Les riches le sont ici par accident, comme le sont les innovateurs. Qu’un Xavier Niel ou qu’un Zukenberg se soient enrichis phénoménalement en quelques années, est sans doute le fruit d’une grande chance. Il y avait une place pour un opérateur alternatif, une autre pour un réseau social global, la chance a donné la place au premier et au second. S’ils n’avaient pas été là d’autres l’auraient prise. Pour savoir la part de leur mérite, il faudrait pouvoir tester sur la même place l’enrichissement produit par d’autres managers et comparer. La question reste ouverte, mais l’hypothèse du hasard est forte. Ce qui n’est pas hasardeux ce sont les loi de probabilités et leur distribution.

Le résultats apparait clairement à gauche de la figure, les deux distribution comparant la situation en t+4 et t+20. Et si on retient une idée du revenu concentré par les 1% les mieux dotés à chaque période, on s’aperçoit qu’on part de 10% à près de 20% – c’est l’ordre de grandeur de ce qui est observé aux Etats-Unis, la ligne en rouge donne l’accroissement du coefficient de variation, c’est à dire l’évolution de l’écart moyen des richesses qui passe de 10% du revenu moyen à 45%.

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Ce modèle est naïf, il faudrait le comparer à un modèle qui traduisent les phénomène d’héritage et de rente d’une part, et d’autre part l’effet inégalitaire de l’innovation ( en supposant que les gains dépendent d’une part de dépense du revenu en formation, éducation, innovation). Il est suffisant pour montrer l’effet stochastique de l’inégalité, et de son manque de justification. La rente l’aggrave, et sans doute, c’est le fait nouveau, l’innovation aussi.

Même en restreignant la rente et en favorisant l’innovation au motif qu’elle accroit la mobilité, comme un moindre mal, se dessine un monde douloureux où l’incertitude des positions individuelles succèdent aux inégalités structurelles, et où un cercle peu vertueux peut s’engager : l’innovation renforce les inégalités qui accroissent les couts sociaux et empêchent à leur tour l’innovation nécessaire pour les réduire. A lire les travaux récents des économistes, il est évident que pour que l’innovation reste un progrès il faudra la conduire en s’assurant que ses bienfaits soient distribués plus également au risque qu’elle s’éteigne. L’enjeu n’est pas seulement une innovation durable mais une innovation partagée.