Self-care : ne pas laisser le client seul…

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En préparation de la conférence au salon Stratégie-client. 

Nous avions déjà évoqué l’importance du self service. Une note de Thierry Spencer à propos d’une campagne de SNCF ravive cet intérêt, et nous fait découvrir une évolution sémantique à l’ironie certaine. Plus que le self-service, prendre soin de soi, soi-même, c’est une sorte de discipline de soi, de souci de soi pour reprendre une terminologie commune dans les sciences humaines. Le self-care, c’est l’idée de l’auto-médication, de ces approches qui visent à donner au patient les moyens de sa propre surveillance. A la fois le souci de soi et la technologie. Que l’idée se transfère au champs du marketing est doublement intéressant. D’abord parce qu’il est nécessaire de maitriser ces techniques, et ce n’est pas donné, d’autre part car comme en médecine, on fait confiance à la technique pour faire baisser les coûts. Ce bénéfice se conjugue-t-il à une demande véritable des usagers?
On peut se demander en effet si confier la responsabilité de la relation de service au client est moins une question d’empowerment qu’un abandon pur et simple. Thierry Spencer rappelle que 80% des transporteurss aérien mettent en place ce service et donc mettent les clients au travail. La coproduction, la co-création sont des mots trompeurs, la réalité est ce transfert d’activité de l’entreprise au client, la forme extrême de l’externalisation où on produit ce qu’on achète. Mais au delà du transport, la tendance se décèle ailleurs : le consommateur devient sa propre caissière, son propre conseiller de clientèle, à la condition qu’il en maitrise l’instrumentation. Et là est le problème majeur. Seul une partie des client la maitrise, pour les autres cela se traduit par une baisse de qualité de service ni plus ni moins.
Mais le selfcare est plus qu’un simple self service. L’apport des technologies est dans le rappel  des comportements passés et de leurs résultats, permettant un auto-contrôle de sa consommation. Au plus simple, un compteur de consommation de carburant instantanée nous permet de réguler notre conduite automobile. De ce point de vue un véritable service est offert.
Dans les dispositifs de self care,  les comptes clients sont essentiels, ainsi qu’un savoir faire en matière de conception de tableau de bord. Filtrage de l’information, automatisation des décision, robotisation, assistance. Mobiles qui en déchiffrant les flashcodes donnent les prix du produit et les lieux qui le propose. Certains sites distribuent des promotions digitales sur mesure, on imagine que des agents, des crawlers aillent les chercher pour le compte du consommateur. Puisant dans les catalogues des distributeurs, les sites promotionnels, on voit l’étape suivante des moteurs qui optimisent un paniers entier pour diriger le consommateur vers le point de vente optimal. Wish list et shopping list, encore d’autres instruments au service du self-care. Une vaste panoplie se mêt en place.
Il reste que le client est désormais seul. Peut-on encore parler de relation quand dialoguant avec les machines le clients décide en se regardant dans une sorte de miroir? A ce point d’abandon, ce sont d’autres outils qui sont nécessaires, ceux du VRM. C’est là où un risque majeur apparaît : non pas l’insatisfaction, non pas la réduction de l’engagement même si la confiance reste intacte, mais l’idée que tant qu’à faire, tant qu’à jongler entre les applications et les flux d’information, le consommateur a tout à fait intérêt à utiliser d’autres outils, les siens. Des outils plus complets, qui lui donnent des solutions à travers l’offre des marques. En maitrisant ses données et résolvant la question des données, de leur propriété, de leur localisation, de leur publicité. Sans un statut en droit des données les technologies risquent d’être menaçantes.
On rêve dans le transport, qu’au bout de son clavier des robots parcourent les offres et donne en réponse un choix restreint qui optimise la demande du consommateur. On rêve que dans la banque il ne soit plus nécessaire de pousser la porte des agences pour connaître les conditions d’un prêt, mais qu’une application personnelle lance un appel d’offre, recueille les proposition et les confronte, qu’elle engage la négociation avant même que le client ne décroche son téléphone pour demander un rendez vous. Le self-care risque d’apprendre au consommateur que décidément il n’a pas besoin de la relation. Qu’importe d’avoir confiance si on peut calculer la décision au mieux.
Naturellement la situation d’usage est à prendre en compte. Il est des services où on se moque de l’humanité, de l’expérience, on ne demande que la rapidité et l’efficacité du service. Encore que même pour les choses les plus simples l’émotion n’est pas absente. C’est bien pour cela que l’informatique devient émotionnelle et qu’ambiante et transparente elle échappe aux colères de l’usager. Elle pourra ainsi donner ce fond qui fait l’attachement, la présence, l’humanité. Ce murmure d’un environnement bienveillant qui s’est ajusté à nos actions et nos habitudes.

Bravo Darty, pour la conversation!

Le marketing comme conversation. Voilà qui semble bien théorique pour nos étudiants, mais pire encore de nombreux cadres. Le clue train manifesto reste encore obscur pour beaucoup. Alors juste une petite histoire qui date de quelques minutes.
J’ai l’habitude de donner à mes étudiants des travaux sous la formes d’études de cas. Un des groupes d’étudiants me propose donc Darty et le sujet me semblant tout à fait intéressant, je m’empresse de rédiger une petite note à leur intention que j’affiche ici et que twitte aussitôt.
Dans les minutes qui suivent la publication, surprise. @Darty_officiel me suis. Hasard ou nécessité? Je m’interroge :
La réponse est venue avant même d’avoir envoyé le message
alors je répond
Bravo pour avoir veillé correctement, bravo pour ce fil qui débute, bravo pour l’art de la conversion. Et merci pour les encouragements  et succès au @confianciologue !

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    Ne pas oublier la politique de produit ! Une affaire de bouquet.


    Que le marketing se focalise sur la question de la relation est une évidence vieille de plus de vingt ans, et si la multiplication des canaux électroniques en renforce l’importance par le fait qu’ils permettent de donner chair à une relation qui a surtout été pensée comme une atmosphère (climat de confiance et degré d’engagement), il ne faut pas oublier ses conséquences en matière de politique de produits et de services.

    Dans un petit ouvrage, Philippe Moati, souligne le fait autour de la notion de l’économie des effets utiles et plus concrètement dans l’analyse des bouquets. Ce qu’il appelle l’économie des effets utiles est une idée familière aux spécialistes de marketing. Le consommateur consomme moins les produits que les fonctions et les avantages que ceux-ci produisent. Cette idée va cependant au-delà de cette idée classique de Lancaster que l’on consomme des paniers d’attributs. Ce sont les effets de ces attributs qui doivent être au centre de l’analyse. En achetant un pneu, c’est moins ses caractéristiques de durabilité, de rigidité, de capacité d’évacuation de l’eau sur les routes trempées qui sont achetées que la sécurité ou l’économie que ces attributs produisent.

    Nous aurions l’impression de rappeler une évidence si n’y avait un fait important : pour que les attributs du produit fassent leur effet il faut souvent que le consommateur participe et révèle cet effet par ses actions, c’est notamment le cas dans le domaine des services, et plus généralement dans ce qu’on appelle depuis quelques années les consommations expérientielles. De ce point de vue, les perspectives qui mettent l’accent sur le fait que le consommateur participe à la production de la valeur, qu’il est co-concepteur, co-producteur, co-distributeur, bref un prosumer pour reprendre la vieille expression de Toffler, touchent du doigt un point essentiel, même si leurs conclusions sont excessivement naïves et optimistes.

    Un bon exemple est celui de la musique, quand autrefois dans nos années de lycée nous achetions une oeuvre conceptuelle tenant en 12 morceaux et une pochette que nous nous échangions, la qualité de la musique désormais provient de ce qu’elle est insérée avec talent dans une play-list composée avec plus ou moins de talent. La valeur d’un titre dépend autant de sa propre musicalité que de l’accord établis avec les autres titres. Quand autre fois le concept-album réalisait cette fonction, c’est le talent de l’auditeur qui l’exécute.

    L’idée du bouquet est celle de fournir les morceaux et les moyens de les assembler. C’est ce que font aujourd’hui les Deezer et autres Spotify, quelles qu’en soient les difficultés à monétiser ces offres. Le bouquet comprend le droit d’usage d’un catalogue, mais l’ensemble des moyens qui permettent de valoriser la collection : gestion des play-lists, information corrélative, fonction de recherche et d’exploration, l’auditeur devenant le programmateur de sa radio personnelle.

    Mais ne déifions pas le consommateur. S’il gagne la possibilité d’obtenir la bande musicale de ses rêves, celle-ci se fait au prix de sa compétence et de sa disponibilité, ce coût potentiel est ce qui fait l’opportunité des bouquets : en ajoutant une fonction de smart-radio le marketeur reprend la main, et notre prosumer redevient ce consommateur passif que certains pensent voir disparaître. Ne soyons pas sûr que la participation grandissante soit une tendance forte, elle est sans doute le résultat d’une phase transitoire.

    L’économie des bouquets se fonde donc sur la relation, un certain degré de confiance, et surtout la cession de nombreux droits sur nos données personnelles, et sans nul doute la technique en facilite les variations et le développement. La relation est essentielle pour faciliter la tâche de l’assemblage des éléments de l’offre.

    Ce qui est transformé est finalement la politique de produit. Nous nous éloignons des solutions de tout-en un, pour des solutions personnalisées qui s’appuient à la fois sur une désintégration des éléments de l’offre, mais aussi leur modularité qui facilite leur réintégration. Voilà une bonne matière pour repenser la politique de produit, moins en termes de variété, de gamme, que de l’adaptation aux besoins de degré d’intégration des composants de l’offre et des dispositifs de leurs réintégration.

    Pensons ainsi à l’offre musicale de Apple qui se présente sous la forme d’un bouquet constitué d’un terminal et d’un logiciel associé en une seule offre auquel s’ajoute un catalogue dans lequel le consommateur peut puiser en les payant à l’unité les morceaux qu’ils souhaitent. Nous ne serons pas étonnés que si la concurrence s’intensifie sur ce segment, une réponse à cette dernière se présente par l’inclusion dans l’offre primaire d’un noyau de discothèque, le droit d’ajouter 20, 50, 100 titres dans une liste au choix.C’est au fond l’avantage premier des stratégies de bouquets : celui d’assurer une certaine plasticité de l’offre. C’est exactement ce que l’on a observé sur le marché de la téléphonie mobile, qui d’un marché à l’unité a évolué vers une généralisation du forfait.

    Au coeur de la politique de produit, le paramètre clé apparaît donc comme le souhait plus ou moins intense des consommateurs à contrôler leur consommation. C’est ce paramètre qui définira l’étendue des éléments du bouquet mais aussi la forme du vase. C’est ce paramètre aussi qui définit la nature de la relation, l’intensité avec laquelle l’information doit circuler.