La révolution client n’est pas finie !

The intricate Matrix
C’est un mouvement qui est né dans les années 90, et a trouvé au virage du millénaire un nom et des techniques : le CRM, la pratique d’une stratégie orientée vers les clients, n’a pas fini d’évoluer. La révolution du client se poursuit.
Elle conserve la quadruple raison deson intérêt : a) le CRM réduit les coûts de gestion de la relation client b) il améliore les services délivrés c) il renforce la qualité de la relation d) il permet d’exploiter au mieux les sensibilités aux prix et à la qualité en personnalisation les services et la relation qui les portent.
Aujourd’hui elle trouve dans le Cloud et le Big Data de nouvelles perspective et une nouvelle promesse des données. Plus que connaître les grands volumes de données permettent d’agir et d’ajuster les décisions les plus microscopique : gagner quelques cents sur des centaines de millions d’interactions.
Ce volume provient de sources diverses : du babillage de notre smartphone qui échange continuellement avec les antennes fournissant une date et une localisation, mais aussi du mouvements des fluides que l’on consomme dans la maison et dont bientôt le détail sera connu à la seconde, il peut s’agir de la voiture, de notre santé, de nos activités. Il vient aussi de ce vaste mouvement de dématérialisation qui fait des factures, des contrats, des polices, des relevés de comptes la matière de nouvelles données.
La dimension sociale des données s’est désormais bien établie. De vastes réseaux sont identifiés, on en découvre la dynamique, ils redéfinissent la qualité de la relation client sous l’angle de la participation et de l’engagement, faisant des clients les acteurs du marketing. Les encourager à partager l’information ou à militer devient soudain l’enjeu. Plus profondément il ne s’agit plus de gérer des rendements à coup de campagnes, mais de structurer l’audience et les médias qui la desserve. Une question d’architecture. Comprendre leurs complémentarités.
L’ampleur du mouvement, les changements d’échelles dans l’acquisition des données, portent à réflchir et parfois à militer. Cette idée du Berkam Center, le VRM, le mouvement de l’Open-data, les défenseurs de la privacy, contribuent aussi à dessiner un autre visage du CRM. On imagine des bases de données décentralisées que le consommateur contrôle et qui s’ouvre à volonté aux moteurs d’agrégation et autres crawlers. Un retour au P2P comme y ressemble Diaspora. Des coffres forts électroniques, des agents personnels cherchant sur le marché des offres ajustées. Après une ère de centralisation des bases de données va-t-on assister à une déconcentration extremes? Aux fermes de serveurs succéderont peut-être des milliards de serveurs personnels?
L’impératif du customer-centric qui se maintient depuis plus de vingt ans, trouve la nécessité de son renouvellement dans le développement des technologies supposées l’améliorer.

PS : le fil conducteur de l’intervention faite au Cercle du CRM

Les pages de fans sont-elles sociales ?

Les réseaux sociaux ne sont pas tous identiques, chacun forme un substrat particulier dont les propriétés générales tiennent à leurs fonctionnalités particulières. Dans le cas des pages de fan de facebook, cette analyse peut conduire à penser qu’elle ont une fonction sociale limitée et que leur particularité réside moins dans leur faculté de diffusion que dans l’écologie du commentaire et un possible tour de magie.
Ce que communément on caractérise de social est cette aptitude des plateforme à relier de nombreux individus et à les encourager à échanger régulièrement des éléments d’information , d’opinion, et quelques document par des dispositifs facilitateurs. L’ensemble accélérerait la diffusion (le buzz) et intensifierait la fréquence des échanges.
Ce n’est pas forcément le cas des pages de fan. Pour bien le comprendre prenons le cas de H&M parmi d’autres. Plus de 8 millions de personnes ont déclaré aimer la page qui se présente comme une page publicitaire ordinaire (avec cette belle opération de glamourisation menée avec Versace!).
Parmi elles, au dernier post observé, 1407 personnes déclarent aimer, autrement dit un taux de 0,0166%, c’est à dire 5 à 8 fois plus faible que le taux de conversion des bannière. 65 personnes ont partagé le contenu, et 35 ont ajouté un commentaire. 
Naturellement le cumul donnerait des résultats plus substantiels. A deux ou trois posts journaliers on peut reconstituer l’impact. Il ne risque pas d’être substantiel. La dynamique des pages reste celle d’un espace publicitaire. On ne peut pas compter sur l’effet de buzz. Son effet s’éteint rapidement, et la répétition des messages n’est sans doute pas suffisante pour toucher une masse importante. 100 posts, soit un mois d’activité à 100 likes et partages ne représentent que 10 000 contacts, qu’on peut généreusement doubler pour avoir l’idée d’un impact secondaire. Et nous sommes larges car nous supposons qu’il n’y a pas de superposition. A ce rythme il faudrait 10 ans d’activités pour toucher un quart de la base des fans. Ce n’est pas convaincant.
Bien sur il serait intéressant de systématiser l’analyse sur un ensemble plus vaste de cas, d’en tirer des régularité statistiques, de mieux modéliser les effets de duplication. Je doute qu’on arrive à un diagnostic différent. L’effet de Buzz est marginal. La page de fan n’est pas virale, peu sociale, elle ne touche que ceux qui veulent y venir. Ils ont été 8millions, ce n’est pas négligeable, même si la base de clientèle se compte au moins en dizaines de millions. Mais ce sont ceux qui aiment la marque, ce sont ceux qui y ont un intérêts, les impliqués. Sont-ils engagés?
Alors intéressons nous à ceux que le 10% disons de la clientèle motivée regardent sur les pages de ce catalogue. Ils regardent un contenu qui n’a pas été produit entièrement par les publicitaires, ils lisent des messages qui sont contextualisé par les avis des autres, c’est la vertu de l’UGC. Cela crédibilise sans doute des messages qui tourneraient à vide car inséré dans un contenu d’information sans rapport, manquerait de crédibilité. On y lit ce qu’on aime et ce que d’autres confirment. On peut espérer que le contexte accroissent la capacité de persuasion des messages publicitaire. Ce qu’on lit est un message principal autour duquel des bribes d’avis volètent comme les mouches autour d’une dépouille.
Et c’est là qu’une autre facette du social apparaît. Cette vieille idée de l’opinion publique qui n’est pas tant la somme modérée des avis individuels, mais cette idée qui se forme dans leur agrégation et s’impose à chacun. L’opinion publique est une construction, non pas une sommation.
De nombreux travaux ont déjà été publié sur l’influence des recommandation sur la décisions des consommateurs. Ils s’appuient souvent sur le cas du cinéma. Avis positifs et négatifs. Avec des résultats parfois surprenants. Mais très peu se sont intéressés à la compositions de ces avis, à la formation de la tonalité. Quand certains s’inquiètent de ce qu’à donner libre cours aux opinions on risque un effet contre productif d’inciter les mécontents à manifester leur acrimonie, on peut être surpris de la tonalité positive générale des pages.
Par quel coup de magie, alors que nous avons vécu longtemps dans l’idée qu’une mauvaise expérience générait 7 fois plus de buzz qu’une expérience positive, se fait-il que les pages à de rares exceptions respirent le bonheur et la satisfaction ?
Ce que nous observons en fait n’est pas ce que la population pense et ce pour une raison simple. Ceux qui s’expriment le plus souvent adhèrent aux valeurs de la marque, et sont motivés par des raisons distinctes de ceux qui protestent, condamnent ou réclament. l’arithmétique du social content s’appuie très probablement sur une asymétrie dans les fréquences de publication, c’est ce qu’on appelle un biais d’auto-sélection. C’est du moins notre hypothèse, elle reste à tester, mais dessinons en le calcul. Imaginons que la population soit de 1000 personnes, que les mécontent ne se manifestent qu”une fois, et que les fans le font plus fréquemment, mettons 10 fois. Si les premiers sont 800, ils produiront 800 fragments d’information. Les second en produiront 2000, soit près des deux-tiers. Même avec 80% de mécontents, une page face book produit une tonalité à 70% positive. Bien assez pour convaincre, pas suffisamment pour devenir suspecte.
Ainsi les pages de fan de Facebook ne sont pas sociale parce qu’elles favorisent la diffusion, mais en ce qu’elles construisent par la magie de l’auto-sélection un contenu qui a la crédibilité des pairs et la tonalité positive que leur donne le sur-engagement des militants. Elles seraient un miroir déformant, un de plus.

Des ambassadeurs, des avocats et quelques présidents…

Hessel

Depuis quelque mois, un comparateur d’avis, test and trust, a pris l’initiative de faire élire des Présidents des clients. Belle idée que de doter la foule indistincte des consommateurs d’un représentant, de la même manière que les classes désignent leur délégués. Depuis longtemps la littérature académique s’intéresse au brand et au customer advocacy. Des avocats qui se trouvent dans la clientèle, ou dans le personnel, défendent les intérêts de la marque ou ceux des clients, les défendent car la marque défend l’intérêt des clients. Les marques désignent parfois  aussi parmi leurs bons clients, leur personnel, où dans la société civile des ambassadeurs.
Des avocats, des ambassadeurs, quelques présidents, des représentants, des fans, des supporters, des partisans, des perte-parole, des égéries… On devine dans la diversité sémantique un trait commun. On peut aussi être critique et ne voir dans la profusion du vocabulaire qu’une variation sur le thème du leader d’opinion.
Toutes ces initiatives, ces idées, ces concepts rejoignent une idée devenu courante d’engagement. Un engagement qui ne se confond pas avec ce qu’en anglais recouvre l’idée de commitment qui a été essentiel dans le développement du marketing relationnel – cette croyance que le maintien de la relation est plus important que les effets des épisodes qui s’y déroulent – mais qui concervant la même graphie – « engagement » – se définit comme un état d’activation permanent du sujet qui se traduit dans les dimensions cognitives, affectives et comportementale (1). D’un point de vue plus pragmatique, cette idée d’engagement se rapporte moins à l’idée d’un attachement privilégié qui s’inscrit dans la durée, qu’à celle d’une activité plus ou moins soutenue qui se traduit par des formes variées de prosélytisme, de défense, de promotion, d’encouragement, de soutien, de militantisme. Cela apporte-t-il quelque chose de vraiment neuf ? Oui et non.
Oui, dans la mesure où l’engagement dans la relation ne peut pas seulement se caractériser par une sorte d’adhésion et de prédominance du lien, mais aussi par un certain degré d’activité et de liberté. Il y a ces engagés qui loyaux et silencieux supporteront les avanies de la marque, mais aussi ces chevaliers orageux qui la défendent en toute liberté de ton et d’action. Le neuf est dans l’idée d’engagement dans la relation peut supporter une large variété de comportements. Non, dans la mesure où l’on ne fait que raffiner et sophistiquer une idée principale, celle qu’au-delà de la transaction, le lien qui unit le client aux marques surdétermine les conditions de l’échange. L’élément neuf est à trouver ailleurs.
L’idée d’ambassadeur de marque est bien ancienne, elle s’associe à ces vieilles pratiques d’endossement dont la marque Lux en est peut être l’inventeur. Dans une forme plus moderne, ce sont ces clients qui militent au nom de la marque, la représente. Les clubs de supporter en sont l’exemple, les beta testeurs un autre. Le marché des alcools les utilise avec talent . Dans tous les cas les ambassadeurs de la marque s’ils sont recrutés parmi les bon clients, les fans, ou les leader d’opinions ne se limitent pas à être des supporters, mais sont dotés d’un statut. Ce qui les différencie des leaders d’opinions est une forme de contrat qui les lie à la marque, définit leur mission, et les dotant d’un statut leur permet de jour un rôle particulier. Ils peuvent être rémunérés, ou non, ils sont un prolongement de l’organisation au-delà de ses frontières, il ont un rôle de représentation, on leur délègue des pouvoirs et on leur donne un ordre de mission. L’avocat de la marque peut se donner lui-même le mandat et la mission. Très certainement la défense qu’il exerce sera motivée par ce que la marque fait en reconnaissance de ses actions. Ce qui distinguera ces rôles du leader d’opinion réside au fond dans une institutionnalisation de l’engagement.
Dans cette voie de réflexion, il est tentant d’examiner le symétrique. Le président des clients représente le client auprès de la marque. Son pouvoir vient d’une investiture. On retrouvera cette idée dans le rôle que certains employés doivent jouer au sein de l’organisation pour faire valoir la parole des clients. Ce serait naturellement la fonction d’un service consommateur, même si souvent ils ne sont là que pour enregistrer les réclamations. C’est partiellement le rôle institué des médiateurs, même dans la définition du rôle, ceux-ci ont vocation à maintenir une certaine neutralité et se confiner à résoudre et apaiser les conflit.
La relation client ne peut se limiter au maintien d’une certaine qualité, elle nécessite la formation d’institutions qui assurent au-delà des relations individuelles la structuration des relations entre la marque et le marché. Les ambassadeurs, les avocats, les médiateurs, ces présidents structurent en-deçà des frontières des fonctions de représentation, de médiation, et de défense des intérêts des uns et des autres. Dans les deux cas, c’est un statut qui définit leurs ressources et leur rôle.
A l’heure d’un marketing dit social, nous devons être attentif à cette dimension institutionnelle. Une gestion sociale de la relation client ne peut pas se limiter à exciter l’agitation des plus engagés . Ce ne serait que reproduire dans l’espace digital ce qu’on a imaginé dans les années 50 avec l’idée de leader d’opinion. Ce serait croire qu’on peut mener une campagne politique uniquement avec l’aide des sympathisants et sans militants. 
La relation sociale nécessite plus. Elle a besoin d’organisation, de représentants, de médiateurs, de figures auxquelles les foules délèguent des pouvoirs et qui investis de ces pouvoirs peuvent légitimement représenter les uns et les autres. Des avocats, des délégués, des représentants, des présidents, des députés, des ambassadeurs, des négociateurs, des arbitres, des truchements…
Le web, et le marketing, n’est pas social parce que des individus sont interconnectés, il l’est parce que certains groupes – des cliques dans le langage des réseaux- peuvent déléguer à d’autres le soin de les représenter et de les défendre, parce que ces groupes reconnaissent à certains le droit de porter la parole de la la marque. De part et d’autre des frontières organisationnelles de la marque c’est donc une architecture délicate qui doit être bâtie qui distribuent des rôles et structure la relation de la firme au marché. Le social CRM est une ingéniérie sociale, une construction politique.
(1) W.A. Kahn, “Psychological Conditions of Personal Engagement and Disengagement at Work,” Academy of Management Journal, 33/4 (December 1990): 692–724