La question du genre n’est pas qu’humaine, c’est celle des AVI!

Monsieur Bibendum III

Pas de miss cette année mais un sacré Bonhomme! C’est donc l’AVI du bonhomme Michelin qui aura remporté la 3ème année de Miss Client, ce concours de beauté et d’efficacité des agents virtuels, créé par Thierry Spencer et dont les étudiants du Master MOI forment le Jury avec l’aide du public.

Revenons aux origines, le bonhomme Michelin, autrefois Bibendum ou bibs, a été dessiné en 1898 par un dessinateur français O’Galop dont un film récent réalisé par son petit fils retrace les création. Évoluant avec la société et l’industrie automobile, redessiné et sans cesse au cours de plus d’un siècle. Que Virtuoz lui ai donné la parole n’est qu’une étape de plus dans la vie de la marque. Une manière encore plus incarnée de la faire vivre et de parler d’elle et de son histoire. La personnalité de la marque, avec sa bienveillance et sa crédibilité est à coup sur un facteur de confiance.

Et celà doit amener les concepteurs d’AVI à une réflexion sur l’attractivité des agents qui ne peut se résoudre à leur seule efficacité. Les personnages choisis non seulement doivent être séduisants graphiquement mais aussi chargé d’une personnalité dont le Bonhomme ne manque pas.

Ce résultat n’est pas très étonnant aussi pour d’autres raisons qui rejoignent d’une certaine manière des études de plus en plus nombreuses dans la sociologie et la psychologie de nos rapports avec les non-humains et en particulier avec les êtres artificiels dont les agents et les robots forment une population active dans nos sociétés. C’est un Toon qui gagne, ni homme ni femme, un avatar . Pas de sexe même s’il a sans doute sans doute une certaine masculinité. Dans ce rapport, les questions de genres ne sont pas indifférentes.
L’anthropomorphisme est un facteur clair d’attractivité, plus grande est l’incarnation et plus forte la séduction, il serait même indispensable pour établir une relation sociale avec des non-humains (1).  Mais cet anthropomorphism a une limite soulevée depuis longtemps par Masahiro Mori , celle de l’Uncanny Valley : quand les êtres artificiels sont trop similaires à l’humain, une terreur profonde surgit et provoque une répulsion totale – se voir à l’identique dans un être artificiel anéantirait notre estime de soi. On peut comprendre ainsi que les personnages figuratifs en évitant toute confusion avec l’humain puissent dans certaines circonstances être préférables.Le trop humain pose trop de problème.
Un second résultat est propre à la question du genre. Les stéréotypes de la féminité ont certainement poussé à croire que des personnages féminins étaient plus adaptés, et plus attractif que les personnages masculins qui  paraissent plus puissant (2). Ce n’est pas forcément un choix judicieux car il ne ferait que projeter audelà de la sphère humaine des rôles et des archétypes discutables. L’asexuation de notre bonhomme le fait échapper au genre.
Cette question du genre se réfère aussi à l’hypothèse de similarité : on serait plus attiré par un profil opposé : les hommes seraient plus attirés par des AVI feminins, les femmes par des personnages masculins (3). Cet effet de similarité est d’autant plus important que les utilisateurs sont peu impliqués, ce qui est notable quand on sait que l’usage des AVI vise à traiter essentiellement des questions routinières. Cette hypothèse cependant pose un sérieux problème : l’orientation de genre jouerait un rôle très important et un degré de complexité élevé : si le masculin est attiré par le féminin, que le genre se dissocie du sexe, on imagine le nombre de combinaison possibles !
Bref, le succès du bonhomme tiendrait à la fois à sa forte personnalité et à ce qu’ils se tiennent à la lisière de l’humanité, il en revêt les traits sans en adopter les complications. 
References
  1. Epley N, Akalis S, Waytz A, Cacioppo J. 2007 Creating Social Connection Through Inferential Reproduction: Loneliness and Perceived Agency in Gadgets, Gods, and Greyhounds. Psychological Science 
  2. Nunamaker Jr., Jay F., Douglas C. Derrick, Aaron C. Elkins, Judee K. Burgoon, and Mark W. Patton. 2011. “Embodied Conversational Agent–Based Kiosk for Automated Interviewing.” Journal Of Management Information Systems 28, no. 1: 17-48.
  3. Pentina, Iryna, and David G. Taylor. 2010. “Exploring source effects for online sales outcomes: the role of avatar-buyer similarity.” Journal Of Customer Behaviour 9, no. 2: 135-150. 
  4. Cheetham M, Suter P, Jäncke L. 2011. The human likeness dimension of the “uncanny valley hypothesis”: behavioral and functional MRI findings Frontiers Human Neuroscience. 2011;5:126. Epub 2011 Nov 24.

En prime


MICHELIN MAN’S BIRTH from novanima on Vimeo.

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Dans notre compréhension des espaces digitaux il faudra se remettre à la lecture et à ses théories. Se rappeler aussi une histoire merveilleuse écrite par Manguel ou Chartier, du passage de la lecture à haute voix à celle du silence. Il faudra se  pencher sur l’appareillage des notes, les références bibliographique, les coins écornés, les marges annotées. Lire n’est pas l’évidence des yeux qui suivent les lignes, ils en sautent et reviennent en arrière.

Qu’on comprenne qu’un document aujourd’hui se compose du texte, des méta-données qui le référence, mais aussi des annotations dont on rêve qu’elle s’accroche au fil des pages à la manière de Souncloud où les commentaires s’épinglent sous la ligne du son. Il n’y jamais eu de texte isolé, et la lecture s’est toujours faite en collaboration.

Une observation. Deux cas parmi des proches. Suscitée par un livre : les mémoires de Keith Richard. Les deux personnes ont adopté une lecture particulière de cette histoire touffue dont la densité des anecdotes en fait l’index d’une histoire écrite ailleurs. Et cet ailleurs est Youtube. Chaque page lue fournissant les mots-clés pour retrouver la forme vivante des épisodes, leur pendant presque réel des images vidéos. Passant du livre à l’écran pouvoir projeter les images du livre en dehors de l’écran du cerveau. C’est sans dire que l’aller et retour du livre à l’écran est ponctué de partages. Facebook ou Twitter. Donner à son entourage des fragments de nos plaisirs et de nos découverte.

Il est bien d’autre cas où l’interaction de la page et de l’écran manifeste une fructueuse collaboration.  Celui-ci à l’avantage de montrer une chose de plus. La subtilité de cet expérience réside en fait dans une forme d’écriture. C’est la manière même de rendre compte de son histoire et de son objet qui incite à la recherche :

« Le premier 45 tours est sorti rapidement après la signature du contrat. Tous se comptait en jour pas en semaines. On avait fait un choix délibérément commercial : « come on » de Chuck Berry. Je ne pensais pas que c’était ce que nous pouvions faire de mieux, mais j’étais certain que ça allait laisser une marque» p115 – Keith Richard, Life.

Les livres sont des nœuds, les fragments de texte sur le net le sont aussi. Et la lecture est cet art de jouer avec les nœuds, s’arrêtant sur l’un pour mieux repérer les autres. Ce qui change dans nos lectures est qu’un lien suffit pour glisser d’un texte à l’autre, le commentaire prend de l’importance au regard de la lettre. Le texte qu’on sors du rayonnage est encore lié à ses voisins. Ce qui s’ajoute est que la lecture silencieuse des autres, qui rarement se traduisait par une annotation, aujourd’hui prend de la couleur et tapisse le fond de nos lectures d’une sorte de choeur.

Ecran total

Progressivement et lentement les écrans  façonnent notre paysage, en se glissant dans les interstices de la ville et de nos agendas.

Il y a eu d’abord celui du cinéma, un écran collectif théatre d’ombre et de lumière qui dirige les regards de la foule vers un même spectacle en levant les yeux. Le croyait-on tué par la télévision, il survit même s’il se numérise lui aussi. Et sur près de 20 ans son nombre et ses dimensions s’accroissent :

Le second est naturellement la TV, qui voit son audience se maintenir. Sur dix ans on passe de 3h24 à 3h34 d’ecoute. Les données publiées par le SNPTV, ne laissant au mieux voir qu’une légère érosion depuis 5 ans, le pic étant de 3h40 en 2005 mais les données mensuelles laissent paraitre une augmentation. Le taux d’équipement n’a jamais été aussi haut . Il faudrait aussi considérer l’équipement dans les bars, hall de gares et autres lieux public. Hertzienne d’abord, par cable ensuite, par satelitte et désormais digitalisée, elle converge vers les nouveaux médias y trouvant un nouvel élan et de nouveaux espaces.

L’écran des ordinateurs est entré dans nos vie au début des années 80, et l’internet en 1995. En 2008, 67% des ménages sont équipés et 57% connecté à Internet, aujourd’hui 73% seraient connectés au haut débit. La croissance spectaculaire est cependant marquée par des disparité fortes selon l’age, et la CSP. Sur cet écran c’est la vidéo qui nous intéresse au premier plan, c’est elle qui occupe le plus de bande passante et à mesure qu’ils se diffusent c’est un usage de divertissement qui prédomine. Posés sur le bureau, transporté dans nos sac, c’est près de 352 millions d’unités qui se sont vendues en 2012 ( Gartner).

Avec les smartphones, le portable découvre de nouveau usages, et la vidéo est un de ceux que les opérateurs cherchent à stimuler. Une étude  de 2009 en donne quelque tendances. Terminal des plus jeunes, la diffusion en normalise le profil. A ce jour un tiers des mobiles sont devenus intelligents, et dans le creux de la paume nous délivrent partout, surtout dans ces moments d’attentes qu’impose la vie urbaine, fragments de phrases et d’images.Un nouvel écran est en train d’émerger à grande vitesse, celui des tablettes dans les formes que lui donnent Apple et Android, mais aussi celle des e-book, il n’a pas la place d’offrir de la vidéo, mais en guise de cartable, risque d’occuper une large place dans une large partie de la population. Près de 82 millions de tablettes vendues sont prévue pour 2012.

Si les médias à usage personnels se répandent, l’innovation principale est dans doute dans les panneaux d’affichage. Ils ne représentent encore rien, même si ici et là on les voit planter leurs images. Les colleurs d’affiches œuvreront dans des salles de contrôlés dans le but d’adapter au chaland qui passe la communication qui lui sied, par le miracle d’un échange de donnée entre le téléphone, a carte de fidélité, le dessin du visage ou le pas pressé de la foule. Des dalles de plus en plus grande sont produites, et ces écrans vont d’un mètre de diagonale à des dizaines de mètres, Samsung en est le leader.

Nos écrans se multiplient, se spécialisent, et peu à peu colonisent chaque instant de nos journées, chaque moment de nos trajets, ils forment un nouveau paysage plus dense et plus pénétrant que l’ordinaire fourni par la nature et la ville. Un paysage intime, variant à mesure de nos humeurs, nos préférences. Un paysage mobile qui épouse nos mouvements.

Des écrans il y en a d’autres, ceux des montres, et ceux qui se superposent à la réalité sur la face interne des lunettes digitales, sans compter les jeux vidéos, ceux des appareils photos et vidéos. Des écrans projetés, reflétés. Des tableaux électroniques, des cartables numériques. L’écran des GPS, ceux bientôt de nos véhicules. Les écrans non seulement s’étendent dans toutes les plages de taille mais aussi d’interactions multipliant les moyens d’intereagir : flashcode, laser, tactile et désormais kinétique. Et ce n’est pas fini, le prochain horizon est celui de la flexibilité, nos écrans s’amincissent et trouveront bientôt la souplesse du papier.

Ainsi notre paysage n’est plus seulement formé des choses qui sont là, présent dans le champs du regards, mais s’y incrustent et prolifèrent une multitude d’écrans, de toutes tailles, qui amenent au regard des choses d’ailleurs mais aussi ces choses de nulle part, des représentations de l’état du monde courbes et cartes colorées . Nous enfermons-nous dans la bulle de nos représentations? Passant du miroir d’une tablette, à l’immersive immensité des panneaux digitaux, c’est un océan d’information qui forme notre horizon visuel. Autant d’espace publicitaire bien sur, sur ces surfaces qui ne substituent pas mais s’ajoutent les unes aux autres, comme autant de lacs et d’étangs qu’irrigueraient un même fleuve. Nous vivons dans un delta digital.