Facebook – et nos dividendes?

Facebook entre en bourse et la question qui se pose est celle de l’atteinte ou non d’une valorisation à 100 milliards de $. Accessoirement, celle de l’enrichissement de sesinvestisseurs.

Le modèle connu sous le terme de crowd-sourcing, ou d’UGC, est en suivant l’analyse de de George Ritzer une forme nouvelle d’exploitation capitaliste. Non pas par l’appropriation de la valeur crée par les ouvriers, mais par celle des consommateurs.

Non content de payer la taxe de l’intrusion (être exposé à des publicités que nous ne souhaitons pas), ce sont les données que l’on confie qui sont simplement appropriées par facebook (et les autres) et vendues sous la forme d’actions aux investisseurs (Et non! nos données ne sont pas revendues telles quelles).

L’idée de Ritzer n’est pas nouvelle. De pur consommateur il n’y en a pas eu toujours, Toffler en est l’inventeur. Que le consommateur participe à la production est à la fois le modèle historique, ne serait-ce que par l’auto-production, et un élément critique de la société de consommation dès les années 60. La nouveauté n’est plus seulement dans l’organisation physique de la consommation : le chariot que l’on pousse, l’article que l’on scanne, le plateau que l’on jette à la poubelle, l’essence que l’on verse dans le réservoir, le billet de train que l’on sélectionne sur un automate. La nouveauté est que cette participation à la production, mais aussi à la conception, peut se partager avec les autres. Et cela d’autant plus facilement que le produit de cette participation prend la forme d’un bien public : sa consommation n’est ni exclusive, ni rivale.
Dans cette nouvelle configuration, le consommateur est toujours ce prosumer (ou produmer ou consommacteur ou coconcepteur ou coproducteur), mais ce qu’il produit est absorbé dans des plateformes géantes qui en assurent la logistique et partagé avec les autres. Facebook n’est qu’une des formes les plus abouties pour la capacité d’agréger un volume considérable de production. Il s’avère désormais que ce volume d’information prend une valeur considérable sur les marché.

Une question d’importance serait de discerner quelle est la part de valeur qui vient de l’infrastructure, et quelle est la part de ce qui vient des données. Si cette dernière représentait, disons la moitié, un véritable problème de droits aux fruits de cette valeur.

On comprend le changement, qui ne vient pas tant de l’activité des consommateurs, ils sont nombreux ceux qui font des phots, écrivent des poèmes, collectionnent les timbres, réalisé des vidéos, annotent des livres, critiquent des films. Ils le faisaient avant le crowd-sourcing, le neuf est que ce qu’is abandonnaient à l’usage gratuit de leurs proches est transformé et approprié par le capital, et un peu avant par les plateformes. Le prosumer ne se contente plus de partager les coûts de production avec la marque, il lui abandonne la plus-value de sa propre création, la valeur monétaire de son apport en capital physique.
On peut imaginer que d’autres modèles émergent, qui conçoivent un partage de cette valeur en rémunérant les contributeurs. Puisque la procédure d”inscription identifie clairement les membres d’un réseau, qu’il semble relativement facile de mesurer la quotité de contributions de chacun, on peut aisément répartir une part déterminée des dividendes. C’est assurément une mesure authentiquement socialiste par ces temps libéraux auxquels les consommateurs ne souscrivent plus. Ce pourrait être une initiative libérale : quelle serait le choix des consommateurs entre deux plateformes équivalentes à tout égard excepté que l’une d’elle rende la valeur à ceux qui en sont la source ? Imaginons qu’un autre Facebook grâce aux contributions de ses membres décide de reverser la moitié de sa valeur au 200 millions de ses meilleurs membres, cela représenterait une valeur de 100 euros pour une capitalisation à 20 milliards ! Des cas de cette taille sont bien sur rares, et c’est sans doute d’un facteur cent fois moindre que ce capital peut être valorisé. Le prosumer ne fera sans doute pas fortune mais si un droit lui est reconnu !
De fait le tour de magie vient du renoncement des internautes. Dans d’autres cas les pièces jaunes que nous négligeons font le bien d’oeuvres caritatives. Mais ce processus de valorisation d’un bien public fait de facebook plutôt une nouvelle Générale des Eaux ( les utilities fonctionnent finalement de manière identique : ce n’est pas l’eau qui est vendue, elle est est un bien public, mais son acheminement). L’eau que Facebook conduit n’est cependant pas naturelle. Elle est plus proche des ordures ménagères que nous abandonnons et dont les récupérateurs se font le plaisir et le bénéfice d’en extraire les matières les plus précieuses.

Sans céder à l’utopie d’une autre économie, on peut au moins remarquer que dans cette perspective, l’enjeu clé réside dans le droit de propriété associées aux données* et de ce à quoi ils laissent prétendre. Plus encore dans la prétention à ces droits. Sur le marché des déchets, le consommateur-destructeurs est parfois payé (c’est le cas des consignes), le plus souvent il paye.

Cette double comparaison renforce l’idée de la place très particulière qu’occupent les médias sociaux dans nos société. On paye le plus souvent le ramassage de nos ordures ménagères par une taxe, et quand on nous débarrasse gracieusement de nos meubles et autres souvenirs nous abandonnons généralement la valeur résiduelle à des charités. Quand à l’eau qui irrigue nos maisons, même si nous en payant une facture calculée par une métrologie précise, c’est son transport qui est réglé. Un rôle de régisseur que la collectivité charge de gérer le bien collectif, et qui s’en accaparerait les recettes. Un garde chasse qui  en viendrait à braconner.
On devine que la morale a des intérêts dans cette question. On peut s’interroger sur la compétitivité d’un tel modèle que concurrencerait un modèle à droit de participation ( même partielle). Pour revenir à la thèse ancienne de Ritzer, et à cette interrogation sur la notion de consommation, l’introduction de FB en bourse, nous invite à en repenser la nature.

Le consommateur n’est pas seulement celui qui détruit pour satisfaire un besoin ou un désir personnel le produit d’un industrie, il en est aussi le producteur. Le consommateur n’est pas qu’un acheteur, ou du moins il n’achète pas seulement avec de la monnaie, en plus de sa contribution en travail, il peut contribuer en prêtant son attention – c’est ce vieux modèle de la publicité, et désormais avec le fruit de ses libéralités. Le consommateur désormais est un contributeur au capital.  Malheureusement il n’en touchera pas les dividendes.

* en l’occurrence si nous avons un droit de contrôle et de rectification sur nos données personnelles, que nous puissions en autoriser ou non la diffusion, ces données restent publiques.

Les pages de fans sont-elles sociales ?

Les réseaux sociaux ne sont pas tous identiques, chacun forme un substrat particulier dont les propriétés générales tiennent à leurs fonctionnalités particulières. Dans le cas des pages de fan de facebook, cette analyse peut conduire à penser qu’elle ont une fonction sociale limitée et que leur particularité réside moins dans leur faculté de diffusion que dans l’écologie du commentaire et un possible tour de magie.
Ce que communément on caractérise de social est cette aptitude des plateforme à relier de nombreux individus et à les encourager à échanger régulièrement des éléments d’information , d’opinion, et quelques document par des dispositifs facilitateurs. L’ensemble accélérerait la diffusion (le buzz) et intensifierait la fréquence des échanges.
Ce n’est pas forcément le cas des pages de fan. Pour bien le comprendre prenons le cas de H&M parmi d’autres. Plus de 8 millions de personnes ont déclaré aimer la page qui se présente comme une page publicitaire ordinaire (avec cette belle opération de glamourisation menée avec Versace!).
Parmi elles, au dernier post observé, 1407 personnes déclarent aimer, autrement dit un taux de 0,0166%, c’est à dire 5 à 8 fois plus faible que le taux de conversion des bannière. 65 personnes ont partagé le contenu, et 35 ont ajouté un commentaire. 
Naturellement le cumul donnerait des résultats plus substantiels. A deux ou trois posts journaliers on peut reconstituer l’impact. Il ne risque pas d’être substantiel. La dynamique des pages reste celle d’un espace publicitaire. On ne peut pas compter sur l’effet de buzz. Son effet s’éteint rapidement, et la répétition des messages n’est sans doute pas suffisante pour toucher une masse importante. 100 posts, soit un mois d’activité à 100 likes et partages ne représentent que 10 000 contacts, qu’on peut généreusement doubler pour avoir l’idée d’un impact secondaire. Et nous sommes larges car nous supposons qu’il n’y a pas de superposition. A ce rythme il faudrait 10 ans d’activités pour toucher un quart de la base des fans. Ce n’est pas convaincant.
Bien sur il serait intéressant de systématiser l’analyse sur un ensemble plus vaste de cas, d’en tirer des régularité statistiques, de mieux modéliser les effets de duplication. Je doute qu’on arrive à un diagnostic différent. L’effet de Buzz est marginal. La page de fan n’est pas virale, peu sociale, elle ne touche que ceux qui veulent y venir. Ils ont été 8millions, ce n’est pas négligeable, même si la base de clientèle se compte au moins en dizaines de millions. Mais ce sont ceux qui aiment la marque, ce sont ceux qui y ont un intérêts, les impliqués. Sont-ils engagés?
Alors intéressons nous à ceux que le 10% disons de la clientèle motivée regardent sur les pages de ce catalogue. Ils regardent un contenu qui n’a pas été produit entièrement par les publicitaires, ils lisent des messages qui sont contextualisé par les avis des autres, c’est la vertu de l’UGC. Cela crédibilise sans doute des messages qui tourneraient à vide car inséré dans un contenu d’information sans rapport, manquerait de crédibilité. On y lit ce qu’on aime et ce que d’autres confirment. On peut espérer que le contexte accroissent la capacité de persuasion des messages publicitaire. Ce qu’on lit est un message principal autour duquel des bribes d’avis volètent comme les mouches autour d’une dépouille.
Et c’est là qu’une autre facette du social apparaît. Cette vieille idée de l’opinion publique qui n’est pas tant la somme modérée des avis individuels, mais cette idée qui se forme dans leur agrégation et s’impose à chacun. L’opinion publique est une construction, non pas une sommation.
De nombreux travaux ont déjà été publié sur l’influence des recommandation sur la décisions des consommateurs. Ils s’appuient souvent sur le cas du cinéma. Avis positifs et négatifs. Avec des résultats parfois surprenants. Mais très peu se sont intéressés à la compositions de ces avis, à la formation de la tonalité. Quand certains s’inquiètent de ce qu’à donner libre cours aux opinions on risque un effet contre productif d’inciter les mécontents à manifester leur acrimonie, on peut être surpris de la tonalité positive générale des pages.
Par quel coup de magie, alors que nous avons vécu longtemps dans l’idée qu’une mauvaise expérience générait 7 fois plus de buzz qu’une expérience positive, se fait-il que les pages à de rares exceptions respirent le bonheur et la satisfaction ?
Ce que nous observons en fait n’est pas ce que la population pense et ce pour une raison simple. Ceux qui s’expriment le plus souvent adhèrent aux valeurs de la marque, et sont motivés par des raisons distinctes de ceux qui protestent, condamnent ou réclament. l’arithmétique du social content s’appuie très probablement sur une asymétrie dans les fréquences de publication, c’est ce qu’on appelle un biais d’auto-sélection. C’est du moins notre hypothèse, elle reste à tester, mais dessinons en le calcul. Imaginons que la population soit de 1000 personnes, que les mécontent ne se manifestent qu”une fois, et que les fans le font plus fréquemment, mettons 10 fois. Si les premiers sont 800, ils produiront 800 fragments d’information. Les second en produiront 2000, soit près des deux-tiers. Même avec 80% de mécontents, une page face book produit une tonalité à 70% positive. Bien assez pour convaincre, pas suffisamment pour devenir suspecte.
Ainsi les pages de fan de Facebook ne sont pas sociale parce qu’elles favorisent la diffusion, mais en ce qu’elles construisent par la magie de l’auto-sélection un contenu qui a la crédibilité des pairs et la tonalité positive que leur donne le sur-engagement des militants. Elles seraient un miroir déformant, un de plus.

Pourquoi partage-t-on nos contenus et recommandations?

Le marketing du web doit tirer de la dynamique sociale la matière de sa diffusion. C’est l’action de recommandation qui devient le relais essentiel, notamment dans un secteur comme le transport et le tourisme où une grande partie des commandes est faite par le net et grâce à la recommandation des internautes.

Nous avions déjà fourni une première liste de motivations, il fallait bien en faire un premier test. Juste une petite enquête pour opérationnaliser ces 11 premières motivations. Et c’est ce qu’une de nos étudiantes de Master,  LE Anh Ngoc s’est empressée de faire en prenant le cas du tourisme pour son mémoire. Une enquête légère auprès de 240 individus dont le seul but est de comprendre la structure de ces motivation avec une batterie de 24 propositions, suivant le protocole traditionnel de construction des échelles de mesure.
Et d’emblée un résultat étonnant de simplicité mais remarquablement clair. 4 facteurs principaux qui émergent, quatre types de motivations.
  • L’égoisme : il rassemble aussi bien la cupidité que l’orgueil, et un examen de sa sou-structure fait apparaitre trois facettes : reconnaissance de soi, expression de soi, et réalisation de soi.
  • Le souci d’équité qui prend la forme d’une volonté de la vengeance ou celle de l’encouragement quand l’expérience a été appréciée.
  • La norme de réciprocité  qui semble naitre de l’espérance que les autres nous aident, et de l’obligation d’aider ceux qui nous ont aidé
  • La praticité : facteur marginal, il marque que l’espace des médias sociaux est une alternative à la réclamation .
On laisse aux amateurs le soin d’examiner la solution factorielle obtenue. Elle est brute simple, et méritera tous les raffinement possibles, il ne s’agit encore ici que d’un pré-test et l’échantillon limité et pas tout à fait contrôlé n’a de valeur que de banc d’essai.
En dépit des imperfections, des éléments intelligibles apparaissent. Le premier dans le schéma final se révèle avec les profils de motivations selon la fréquence de publication. Le centre de gravité est représenté par ceux qui le font occasionnellement. Ceux qui n’ont agit qu’une fois (ou deux) l’on plutôt fait par esprit de vengeance et parce que la méthode est une alternative à des réclamation ou des rétorsion traditionnelles. Ils le font peu pour se faire valoir. En revanche ceux pour qui l’activité est fréquente y trouvent une satisfaction toute personnelle, pour le bénéfice matériel si les contenus sont récompensés, la réalisation de soi ou l’admiration et la flatterie. C’est au fond bien naturel et il n’y a pas à s’étonner que ceux qui agissent le font par intérêt. L’étonnant est ailleurs, dans l’espérance de réciprocité – publier car on a été aidé par les publications des autres et donner son avis pour aider les autres. Quant à la vengeance elle est dominée chez les forts contributeurs par le désir d’encourager.
On pourrait voir dans ce portrait la logique de l’estime de soi. Les motivations agressives sont des actes isolés,  les motivations constructives nourissent la fréquence de publication. C’est une bonne nouvelle qui signifie que même si les contributeurs sur les réseaux sociaux sont minoritaires ( moins d’un tiers), leurs actions est positive : encourager et échanger pour son plus grand profit.

Avant d’en regarder les résultats, poursuivez l’expérience avec nous en répondant au questionnaire.

Les motivations du partage

Passeport Perdu

Pour le marketing, la question de l’usage des médias passe moins par le discours, ou la rhétorique, qu’il faut développer, que par les moyens de la diffuser. Le changement majeur que tous reconnaissent, est que la médiatisation s’est fractionnée. Le message passe de main en main, de bouche à oreille, d’écran à écran. Il s’agit de faire de buzz, de contrôler la rumeur qui désormais n’est plus ce naturalisme inquiétant, mais une technique sociale à part entière. 
Sa maîtrise s’appuie sur la résolution de différents problèmes, l’un d’eux est celui de la participation. Quels facteurs conduisent les agents à relayer un message, à le commenter, à l’évaluer, à participer au mouvement de la communication? Autant les recherches se sont investies dans l’analyse du rôle du BAO dans la décision du consommateur, autant peu d’entre elles se sont intéressées à ce qui nous motive à partager sur les plateformes sociales l’information que nous recevons.
Partager l’information demande un effort et l’on peut supposer aisément que cet effort, même s’il est réduit par la technique des boutons de partages, les échelles de notations, les facilitations des champs de commentaires, les retweets, exige une espérance de gain. La nature des motivations est liées à la nature de ces gains. Nous en connaissons aujourd’hui encore peu de choses. Mais nous en connaissons assez pour en établir un premier inventaire. En voici une version provisoire, sans ordre d’importance. 
  • Le besoin d’être reconnu par les autres est sans doute un des plus évident.Il est cet ostentatoire dont Veblen a donné toute l’importance sociale et économique. Assurer un statut, recueillir l’assentiment et l’admiration des autres en donnant, en dépensant. Une forme de don. Notons qu’une telle motivation n’atteindra son but que dans la constance d’une répétition de l’acte.
  • Le sentiment de faire une chose qui nous plaise, d’exercer un talent particulier est une autre motivation distincte de la précédente. Comme toute activité, il ne suffit pas d’une promesse lointaine, et quand celle ci est incertaine, c’est le plaisir immédiat que nous procure cette activité qui est déterminant. Une manière de se réaliser et de jouir de sa maîtrise.
  • Développer un potentiel de ressources. C’est une motivation plus stratégique. En partageant du contenu on maintient un réseau, la possibilité de le solliciter, on accumule ainsi des ressources ou du moins l’accès à ces ressources. Donner c’est aussi rendre les autres débiteurs.
  • La recherche de gains de gains immédiats peut aussi être une motivation. Une réciprocité immédiate peut encourager. A l’extrême on peut imaginer que certains acteurs soient sponsorisés pour rediffuser un message. Cet intérêt immédiat et matériel ne doit pas être négligé. Il s’illustre bien sur twitter par le jeu des remerciements, se limitent-ils à une simple mention.
  • Le sentiment d’un devoir altruiste et accompli est sans doute une autre motivation. Donner aux autres, partager car c’est une règle sociale essentielle qui va de l’hospitalité vers cette discipline de l’aumône. Pour certains c’est un devoir impératif qui n’a que faire avec les calculs d’intérêt, mais qu’impose la morale.
  • A défaut de gain, on peut aussi réduire l’impact d’une perte par la recherche de la vengeance et de la revanche. On peut en participant et en s’exprimant contester, militer, compenser, restaurer. Et c’est une motivation puissante même si elle est négative et réduit la participation à des formes de dénigrements et de contestation.
  • L’esprit de compétition, de performance, la joie d’être meilleur que les autres en paraissant plus avisé, mieux informé est une autre forme de motivation. Proche de la reconnaissance, mais distincte en ce qu’il ne s’agit pas simplement d’être reconnu, mais plus encore de prendre un rang. Le développement de dispositifs tels que Klout, laisse penser qu’une telle motivation est largement répandue.
  • La recherche de pouvoir, le plaisir d’influencer les autres en est encore une des formes. La récompense vient de ce qu’en agissant en participant, on conçoit que le monde se forme à notre image audelà de créer des ressources.
  • Le besoin d’affiliation, de faire partie d’un groupe est encore une autre motivation. Proche du besoin de reconnaissance, sa particularité reste dans le fait que la reconnaissance est plus générique : on pet être reconnu en étant déviant.
Cette liste est déjà assez étendue. D’autres sont sans doute négligée – on appelle le lecteur à nous en soumettre d’autres. Ces neufs types de motivations sans doute se corrèlent, il reste à regarder empiriquement ce qu’il en est. C’est l’objet d’un travail d’une de nos étudiantes dans son mémoire de master et un axe de recherche de l’Atelier Technologies du marketing.
Sans doute se combinent-elles, et forment-elles des types de motivation qui s’organisent dans une sorte d’écologie. On imagine que si pour certains la motivation générale est celle d’une aspiration à la distinction et à la domination, pour d’autres elle se constitue dans le souci du respect des normes, et que la motivation des premiers déterminent celle des seconds, et réciproquement. L’économie générale des motivations ne se réduit très certainement pas aux déterminations individuelles.  C’est très certainement une autre étape de l’investigation. Dans l’immédiat, l’important est d’identifier ces motivations et d’en examiner la distribution.

 PS : le terrain empirique n’est pas vierge. Il est surtout celui du MIS et la question du partage des connaissances avec par exemple ce travail ou celui-ci. Récemment le New York Times Customer Insight Group a publié des résultats sur la psychologie du partage, on jetera aussi un oeil sur l’enquête de DanZarella.


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Pourquoi partage-t-on nos liens?

Honk! Honk!

Ce n’est pas un fait nouveau. Depuis une éternité on partage nos livres, on prête nos disques, on parle des films qu’on a aimés. Mais le développement des technologies sociales permet dans un cadre technique défini par ces support de partager avec autrui les éléments digitaux auxquels on a accès. Qu’est-ce qui nous amène à Liker, à Twitter, à noter, à voter, à commenter et à nous engager dans le partage?

Curieusement la littérature est peu peu disserte encore sur le sujet. Autant l’influence des recommandations sur les choix sociaux est étudiée, autant le WOM reçoit une grande attention, autant la question des facteurs qui conduisent les internautes à recommander est finalement encore assez peu explorée.
La question est d’autant plus vaste qu’elle rejoint les questions anthropologique, sociale économique de l’échange. Mais sans s’y engager on peut noter sur ce terrain restreint un certain nombre de raisons. Mieux les comprendre sera essentiel aux politiques de communication.
Un premier facteur tient à l’objet partagé. On ne partage pas tout, on partage ce qu’on aime, ce qui nous a surpris, l’intérêt que l’objet revêt à nos yeux est donc essentiel, mais il est nécessaire d’aller au delà de la simple implication car s’il est des choses qu’on aime et que l’on veut partager, il en est d’autre que l’on tient secret ne serait-ce car on y perdrait quelque chose qui tient de l’unicité. Moins qu’une propriété de l’objet, c’est sans doute l’évaluation de sa transmission qui importe.
Cet objet a une source, et la relation qui nous lie à cette source peut aussi être importante. On peut retransmettre un presque rien de nos amis juste pour les saluer, juste pour leur donner de l’importance à la hauteur de nos ressources : le nombre de ceux qui nous suivent à travers les réseaux. La source est sans doute un des facteurs les plus déterminants. Nous voudrions être sur de cette hypothèse.
L’action en elle-même est un troisième facteur, elle demande un effort et amène des bénéfices. On comprend qu’un like ou une note représente moins d’effort qu’un commentaire, et que la note moins de risque que le like. Cependant le commentaire permet de ses signaler, d’obtenir une popularité. Cette économie de l’action est donc déterminante. L’espérance et l’effort, le plaisir et la douleur, le gain et la perte, l’action engage tout cela au delà de son objet. On peut obtenir un diamant au moment de l’agonie. La mesure est ce temps de jouissance, jouir de l’infini. L’action est liée au facteur temps.
Cette économie dépend largement de la position de l’individu dans la structure sociale. Que l’on soit fortement lié à d’autres et la recommandation produite aura une valeur plus grande, un risque aussi. La position sociale n’est pas seulement déterminante quand à l’espérance de gain, mais exerce aussi une pression normative, on peut relayer un message indépendamment de son contenu, et du bénéfice de l’action, mais simplement en remerciement d’un ensemble de sources qui nous sont importantes.
Il reste enfin cette hypothèse de personnalité. Certain sont généreux, d’autre moins, est-ce une question de nature ? Donner et recevoir n’est pas qu’une question de monnaie d’échange c’est aussi la volonté d’aller au marché offrir ce que l’on fait. Cela vaut peu pour certains beaucoup pour d’autres. Des normes sans doute, cet héritage des communautés, règles sans autre raison que l’histoire. Ce qui vaut à travers les saisons vaut pour la vie.
Cinq grands facteurs candidats à dire pourquoi nous avons appuyé sur le bouton. Pourquoi ne nous sommes-t-on pas contenté de consommer la sources mais avons-nous fait l’effort de dire aux autres notes choix. Personnalité, source de l’information, objet de l’information, action et position sociale apparaissent ainsi comme les facteurs enchevêtrés qui conduisent à agir. La recherche doit en envisager les contributions relatives.

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Moteurs de recherche à l’ère de la guerre des boutons

UseNet Treemap
Au moment où la guerre des boutons fait rage, et que l’idée que les réseaux sociaux peuvent enterrer Google se propage, il peut être utile de se rappeler que tous les moteurs de recherche ne sont pas de même nature, et que si certains se cantonnent à un espace réduit d’autres peuvent voir leur utilité maintenue.
Google nous apparaît dans son universalité comme le modèle par excellence des moteurs de recherche. C’est une illusion. L’innovation apportée par Google est de proposer à partir de mots clés une liste de page classées selon un indicateur de pertinence calculé sur la base du nombre et de la qualité des sites référents. Elle fût un progrès sur le modèle hiérarchique de l’annuaire introduit par yahoo, son usage généralisé est étroitement lié à la plasticité des mots. Quelques mots clés suffisent pour retrouver un texte particulier, et les essais pour y arriver nous font balayer une palette consistante de site pertinents. D’autres principes de recherche cependant peuvent pour des usages précis donner de meilleurs résultats.
Par exemple le moteur à indicateurs de sentiment CultureWok, qui recherche en fonction d’un profil d’humeurs désiré. Les objets sont référencés et étiquetés les participants ce qui permet de calculé des similarités affectives. Un autre exemple, tout aussi modeste, simple et judicieux permet d’identifier un arbre à partir du calcul du ratio Long/larg de la feuille de l’arbre recherché. Ce ratio classe toute les espèces, et permet ainsi à vue de trouver dans la dizaine de spécimen au alentour de se ratio celui qui est effectivement rechercher. La ligne de temps est un critère classique qui prend toute sa force quand le moteur de recherche porte sur les événements historiques et vise à donner sur la frise du temps, les documents clés recherchés. C’est dans le domaine de l’image que des solutions originales apparaissent comme avec par exemple Retrievr. On oubliera pas qu’une des recherche les plus commune est la recherche géographique dans laquelle Google maps excelle et dont on peut s’attendre à un développement important sous le double mouvement de la diffusion des mobiles et de l’accumulation des points épinglés sur la carte. Des plateformes comme tweeter se distingue ainsi par l’abondance du contenu et des moteurs spécialisés comme topsy permettent d’y retrouver ses petits. La recherche sociale donne une autre direction.
Deux paramètres caractérisent les moteurs de recherche. D’une part la construction de l’indicateur qui classe les objets, et permet d’en évaluer un petit nombre, d’autre part l’étendue du corpus de recherche. Dans le cas de Google l’étendue est virtuellement définie par tous les documents du web, dans celui de nos arbres il se limite aux quelques dizaines de milliers d’espèces et de spécimens.
L’histoire des moteurs de recherche n’est certainement pas achevée et à mesure que le web mûrit, on peut se demander si l’hypothèse de la fragmentation n’est pas la plus réaliste , et qu’autour de quelques grands moteurs généralistes – par mots clés, en temps réels, géographiques et social – se nichent de multiples moteurs spécialisés dans un domaine ou une modalité particulière de recherche.

8ème Contecsi : et si le net entrait dans l’ère du mensonge?

Todo es mentira
Le 8ème Contecsi vient de s’achever dans un bel automne Brésilien. Ce rendez-vous auquel Paris Ouest a participé était naturellement marqué par les réseaux sociaux. Joey George de l’Université de Floride et président de l’AIS en a donné la conférence inaugurale en évoquant une question importante : comment dans les relations interculturelles et à travers les médias on peut détecter les mensonges. Deux grands résultats se sont imposés. D’abord l’asymétrie entre la capacité de détection du mensonge et celle de la vérité : quand la première est détectée dans 35% des cas, la seconde l’est dans 80%. On reconnaitrait mieux le vrai que le faux. Ensuite, la force de l’échange vocal qui rejoint en terme de performance le face-à-face qui reste l’étalon. Est-ce une question d’engagement?
Naturellement le congrès avec ses 500 participants du brésil, d’Amérique du sud, d’Asie et Europe a au cours des sessions parallèle abordés de bien nombreux autre sujets. Mais à l’heure où l’internet prend un nouvel élan avec les réseaux sociaux et la marée à venir du mobile, à l’heure où plus que jamais la confiance est le préalable à l’échange utile d’information, c’était une belle manière de souligner que le monde du big data et de la surcharge informationnelle n’a de sens que si l’information produite et reproduite à défaut d’être vraie est au moins sincère. La quantité ne suffira pas elle doit aussi être précise, juste, honnête pour être utile.
Les exemples ne manquent pas. Les faux commentaires en sont un des aspects les plus spectaculaires. Mais les ages déclarés sur les réseaux sociaux, les tailles et poids dans les sites de rencontre, même les préférences déclarées dans les formulaire d’enquêtes, en sont d’autres manifestation. Sans compter les canulars et autres fausses informations que traquent certains certains sites et certains chercheurs. Quelle est la proportion de trucage et de supercherie ? Quelle vérité dans les données?

Le mensonge de plus est un des moyens les plus simple de protéger son intimité. Tricher sur les questions, embellir un profil, masquer les défauts, l’ordinaire des ruses qui altère le vrai, risque donc au travers des réseaux sociaux d’accroître de manière considérable l’information trompeuse. La multitude des synonymes de la tromperie, telle qu’en témoigne la carte lexicale çi-contre, donne une idée assez profonde du goût humain pour le bluff et la feinte pourvu qu’il ne remette pas trop en cause l’idée de soi.

On comprend ainsi qu’à travers les canaux, la nécessité accrue de disposer de détecteurs et de méthodes de détection des filouteries. Des stratégies élaborées doivent être envisagées pour à la fois identifier les informations fiables, précises, valides, garanties et écarter les impostures et autres mystifications. Le mensonge est un vieux problème du marketing, celui de la publicité est étudié depuis bien longtemps, mais aujourd’hui à l’heure de l’UGC et du crowd sourcing, ses termes changent profondément.
Dans un monde où ne parlent qu’un nombre limité d’acteurs, la triche peut être circonscrite facilement par la loi, des agences d’évaluation, des règles de déontologie, la labelisation. Mieux encore le jeu institutionnel permet de distinguer les sources crédibles de celles qui le sont moins. On peut à juste titre faire varier le degré de confiance accordé à tel ou tel média : les messages publicitaires, l’opinion publique, et l’information vérifié et garantie sont assez clairement distinguée. Dans l’univers de l’internet où chacun peut écrire sans carte de journaliste, donner un avis sans être pondéré par celui des autres, quand les frontières des sources s’évanouissent, quand l’honneur mis en jeu est limité par des masques, il est nécessaire de reconsidérer la nature de l’information recueillie massivement.
Plus précisément ce qui est en cause est la pratique de l’écoute clients. Encouragée par tous, considérée parfois comme un substitut aux études classiques, sa valeur est liée à la sincérité des clients qui s’expriment. Que ce soit par le fait que certains modes de communication médiatisée par les ordinateurs engage moins ceux qui se déclarent, ou parce qu’exagérer le propos au minimum, et travestir sa pensée au pire, est aussi un mode d’action, cette sincérité doit être mise en toute. Le fan peut ne garder que les louanges et oublier les réticences, le déçu peut ajouter des défauts inexistants, et masquer ses contentements. C’est un enjeu méthodologique majeur : pouvoir distinguer le sincère de la dissimulation, le vrai du faux, le franc et le biaisé. On imagine aisément que cela passe par une évaluation des sources et le test des contenus. Il faudra le faire dans un environemment de big data.

Retargeting : l’art de rentrer par les fenêtres

L’idée n’est pas neuve, et le principe est simple. Si un internaute témoigne d’un certain intérêt en s’arrêtant sur une page de e-commerce, autant noter sa présence, et si on le retrouve lui offrir à nouveau ce sur quoi il semble avoir hésiter. Le retargeting se limite à cette idée. Mais il est plus fort que les grecs du quartier latin qui poursuivent le touriste hésitant, menu en main. Il revient le lendemain.

La technique plus sophistiquée. Pour un aperçu, on jettera un coup d’oeil ici . Il semble que la technique soit sous-utilisée , même si elle produit apparemment des résultats remarquables . En france, il semblerait que ce soit critéo qui en offre un des meilleurs outil .

Dans le principe, la technique est parfaitement convaincante, de même que les vieilles techniques de réactivation des clients, elle s’appuie sur l’idée que l’hésitation permet de cibler des prospects pas encore tièdes pour pouvoir craquer si on leur force la main. Un bel exemple de ciblage comportemental qui s’appuie sur un critère simple et fort : l’envie ne résiste pas à une seconde tentation, et il y tant de processus d’achat abandonnés qu’il faut de tenter de les rattraper.

Mais quelques questions : qu’en est-il du respect de la vie privée, des données personnelles? Quel effet à long terme de la vente forcée? Le débat est ouvert. Sans aucun doute, c’est ce type de technique marketing qui va crisper la société, et conduire les hommes politiques à mettre une main noire et liberticide sur la libre circulation de l’information. Mais plus important encore, se pose la question des résistances des consommateurs à ces nouvelles actions. Dans le jeu du glaive et du bouclier, attendons nous à de nombreuses innovations.

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credit photo : jef safi ( encore et toujours lui!)

Un marketing participatif ? les lois communes du désir


Hier (le 3 décembre 2009), Fanny Reniou défendait sa thèse que Pierre Volle et Emmanuelle le Nagard ont dirigée.

Une belle thèse, riche en travaux empiriques, dont la contribution se tient d’abord dans l’identification d’un objet de recherche : les opérations de communication participative qui se sont multipliées ces derniers temps à l’exemple du vote pour la prochaine saveur de la Danette , mais encore dans l’analyse des motivations qui conduisent les consommateurs à adhérer et à participer à ces opérations. De ce point de vue, peu de surprises mais des précisions. La recherche de la gloire est un moteur puissant, tout autant que l’enjeu. Un des enseignements est que le jeu doit en valoir la chandelle. Ceux qui y participent doivent en avoir pour leur argent, et mieux encore connaître une heure de triomphe.

Mais on se doutera que s’il est indispensable qu’un certain nombre de consommateurs s’engagent dans ces opérations, ils sont généralement un petit nombre au regard de la cible concernée. Et les spécialistes savent qu’en ce domaine c’est un modèle pyramidal de la participation qui doit être retenu. Qu’il s’agisse de politique, de sport, ou de communication, au grand désarroi des promoteurs d’une démocratie participative, une proportion de l’ordre du 1% s’engage, quand quelques % soutiennent activement et que l’énorme majorité demeure dans l’observation ou simplement l’indifférence.

Si le succès de ces opérations doit se mesurer au quelques milliers de participants, ce n’est rien à la mesure des millions de consommateurs qui devraient être touchés. Il faut donc s’interroger sur ce pourquoi l’engagement de quelques-uns peut agir sur les opinions de la multitude.

Le participatif relève d’une sorte de triangulation entre l’objet de la promotion, les aficionados qu’elle séduit et la foule qui les suit. Le pan du triangle le plus important est celui qui associe les fans au public. De ce point de vue trois théories se dégagent.

La première est celle de la crédibilité, éventuellement celle de la légitimité. A l’heure où les marques constituent une écologie dense, touffue, leurs messages se dissolvent et le témoignage de quelques-uns pourraient emporter l’opinion des autres, de ce point de vue le participatif est une rhétorique du vrai, un vrai qui se confond dangereusement avec l’opinion dominante. En faisant participer à l’action quelques milliers de consommateurs, ce sont des millions qui peuvent être convaincus. La force du message est renforcée par l’adhésion des fans.

La seconde est celle de l’envie. La foule se projette dans les quelques-uns qui se sont engagés, et désire ce qu’ils ont et désiré et obtenu. Le désir, mimétique dans son essence, serait ainsi démultiplié en proportion de ceux qui l’éprouvent et le réalisent. Les milliers d’adhérents à la cause susciteraient des millions de jaloux. Les envieux emboiteraient le pas à ceux qui auraient obtenus le privilège d’une certaine reconnaissance.

La troisième est celle d’une vie par procuration. La participation des uns, qui sont ceux qu’ils sont, vaut leur engagement sans y mettre le prix. C’est une vue raisonnable si on considère que les consommateurs sont infiniment prudents, mais pas sans appétit. Ils vivraient ainsi heureusement au travers des autres une jouissance sans risque. Vertu du voyeurisme.

Il est fort probable que les trois processus coexistent, et cela pour la raison simple que les foules ne sont pas uniformes, que s’y équilibrent, plus ou moins, ceux qui se montrent et ceux qui se cachent, ceux qui s’engagent et ceux qui suivent, ceux qui agissent et ceux qui regardent. L’enigme reste de savoir pourquoi très peu s’activent et que si nombreux sont ceux qui les suivent. Est-ce une question de distribution des qualités? Est-ce le fruit d’un rapport de puissance, ceux qui s’affirment souvent dissuadent aussi ceux qui n’en ont que la volonté.

La participation dans tous les cas n’est pas un idéal démocratique, mais cette idée que dans le monde du désir, il ne suffit pas d’offrir, ni de demander, mais qu’il faut organiser dans les passions communes l’objet même du désir.

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credit photo : jef safi (encore! laissez-moi dire que chaque fois que je cherche une photo sur Flickr sur un sujet que je traite c’est jef safi qui arrive…mystère)

Vlogging : l’effet de réalité?


De toutes les transformations du web, la vidéo est sans doute une des plus impressionnantes. Elle prend des formes multiples, l’apparition de Youtube et Dailymotion en est la plus apparente, la propagation des vidéos clips a capté largement l’attention. Mais c’est le Vlogging qui est le plus intriguant.

Évoluant dans son ton et son format, le message vidéo réalise aujourd’hui le vieux fantasme de la camera stylo, concept inventé par Alexandre Astruc en 1948 , et les idées d’un Jean Rouch et d’un Edgard Morin en 1961 dans leur idée de cinéma-vérité, incarnée dans le film “Chronique d’un été”.

Le neuf réside moins dans la technologie, même s’il faut rendre successivement hommage à Nagra, Arriflex , à la betacam puis la Handycam, pour, dans la préhistoire de l’internet, avoir fait que le concept d’écrire directement l’image et le son puisse se réaliser. L’image n’est plus une affaire d’équipe mais une action que chacun peut entreprendre, aussi simplement qu’avec un stylo et du papier…le talent faisant la différence ensuite. Ces techniques se sont moins mises au service de la fiction qui dès la naissance du cinéma a engagé des moyens industriels, qu’à celui du documentaire, et plus encore au service d’une réalité subjective, que l’on confie aux journaux intimes.

Le neuf réside bien dans la diffusion d’images personnelles, authentiques et sincères. Le Vlogging en est désormais l’expression : user du son et de l’image pour communiquer se fait ainsi aussi simplement que de répondre à un courrier. Rien de très original dans ces observations, sauf à s’interroger sur la nature du média. Quel impact ?

On peut penser que ce type de communication est plus efficace, puissant, persuasif que les textes et les images statiques. C’est le secret sans doute de la télévision et de son succès universel. Il reste à s’interroger sur les raisons de cet impact. On doit s’y interroger d’autant plus qu’on connait depuis longtemps le caractère trompeur et les intentions stratégiques dans l’image.

Quelques-unes viennent à l’esprit. La première est économique: l’effort est moins élevé que l’effort de lecture. Vive les couch potatoes! C’est l’argument du TAM. Une seconde peut provenir du principe de crédibilité de la source: l’image et le son réalisent un simulacre de réalité qui donne plus de vérité au message. Une troisième raison est la force de l’engagement, quand l’émetteur du message est inclus dans la communication, il crée un lien que le narrateur masqué élude dans l’écrit. D’autres raisons peuvent être invoquées, on invite les lecteurs à les proposer.

Pour notre part, nous nous arrêterons ici à cette simple proposition : dans un univers communicationnel médiatisé par les machines, le message vidéo recrée un lien dont les vertus sont l’authenticité, la confiance, l’engagement, quelques-uns des critères qui fondent les conditions de la conversation juste, tel que le pense Habermas et que reprennent à leur compte d’autres.

Quoi que l’on puisse rester sceptique, quelle vérité dans le simulacre? Une telle proposition doit être éprouvée à l’aune de ce qu’un Barthes a appelé l’effet de réel et dont jouent les réalisateurs, maîtres de notre culture. Car l’effet du réel ne vient pas tant de la technique, que de son appropriation culturelle. L’image et ses techniques n’évacuent pas la question du sens, qui s’il se construit par et dans les procédés, requiert des conventions communes pour être efficient.

La camera stylo, aujourd’hui le Vlog, offriraient ainsi un ensemble de conventions qui assurent le dialogue et forment l’espace public. D’un point de vue pratique, la culture du reality show!

PS1: Le billet n’a pas abordé la question de l’usage par les entreprises, pour y réfléchir un coup d’œil à la Web TV d’orange est intéressant! Et rappelons la belle expérience du Wiki client PS2: Et pour ceux qui ont le temps, la belle étude de Michael Welsh :