Le travail c’est la santé….

En mai….
…ne rien faire c’est la conserver. A l’heure du (faux) vrai travail, et de la mise au turbin des consommateurs que ce soit par le biais du discours de la participation, celui du crowd-sourcing, ou celui du self-care, il peut être utile de s’intéresser à la relation entre l’effort fourni par les consommateur et leur satisfaction.
Cette question fût l’objet d’un des premiers articles scientifique sur la satisfaction : celui de Cardozo en 1965 (d’ailleurs la même année que la fameuse chanson d’Henri Salvador) qui concluait à un effet positif de l’effort. Que cette hypothèse soit vraie a des conséquences importantes, la principale est qu’en mâchant le travail des consommateurs on s’exposerait plus facilement à leurs récriminations. Inversement les situation d’achat et de consommation qui engage son effort réduirait ce risque.
On peut s’interroger sur la nature de cette relation. Différents arguments peuvent être invoqués. Le premier est étroitement associer à la théorie de la motivation intrinsèque : en faisant du consommateur son propre producteur une performance plus élevée et persistance est produite. Un second peut provenir simplement des théories de la dissonance cognitive ( c’est celui qu’emploie Cardozo) : le consommateur/travailleur devient son propre juge et peut difficilement se dédire. Les théories de l’estime de soi aussi pourraient être invoquées. Le point intéressant est que dans cette perspective la satisfaction n’est plus un effet de ce que l’entreprise délivre mais une production du consommateur, au passage sa mesure serait aussi celle de son effort. 
Mais si le travail c’est la satisfaction, ne rien faire l’est sans doute bien plus. L’effort dans une conception utilitariste est avant tout un coût. Plus l’effort est grand et moins la satisfaction sera élevée dans la mesure où la valeur obtenue est plus faible (c’est la théorie de l’assimilation/constraste). L’effet positif de l’effort ne peut être qu’indirect, passant par le fait que l’effort permet de produire une meilleure performance. Dans un tel modèle la relation est ambigüe. Si l’effort fourni n’accroît pas, ou peu ou de manière erratique, la performance du service ou du produit, il sera une source importante d’insatisfaction. De ce point de vue mettre le consommateur au travail présente un risque certain à moins de le former suffisamment pour que ses efforts aboutissent et soient réduit au minimum. L’effet de l’effort sur la satisfaction devient alors un problème de productivité.
En cette période où le consommateur est aussi un travailleur ( et réciproquement) sans doute faudra-t-il revenir aux classiques, et s’interroger à nouveau sur ce thème finalement si peu étudié des relations de l’effort à la satisfaction. Quel degré de travail demander au consommateur? Quel partage du résultat de leurs effort?

Pas de débat pour la productivité (digitale) ?

Sharing productivity increases
C’est étonnant. Alors qu’un enjeu essentiel de cette élection est celui de trouver les chemins d’une nouvelle croissance – fussent-il difficile à trouver entre l’impératif de réduction de la dette et la nécessité de préserver notre modèle social – nos candidats font l’impasse de la voie la plus naturelle.
L’équation de la croissance est simple, on la connaît depuis longtemps. Elle trouve sa source à 60% dans l’innovation technologique, à 20% dans le capital et à 20% dans le travail et prend forme dans les gains de productivité. Chaque fois qu’on invente le moyen de faire la même chose avec moins de ressources, on gagne la possibilité de faire autre chose. Produire plus et autre chose avec le même effort. La révolution de l’information qui règne depuis 30 ans a ouvert ce chemin et c’est aujourd’hui au moment où cette révolution atteint une certaine maturité, qu’elle se déploie partout dans le monde, dans tous les secteurs, dans chaque métier, pour toutes les entreprises et chacun des citoyens, que nos politiques l’oublient dans sa généralité et ses détails. Elle devrait être l’enjeu principal.
Rappelons qu’au-delà des symboles ministériels et les plans annoncés, les gains de productivités se gagnent par petits morceaux, dans l’intimité des entreprises, des administrations et dans celle de la consommation. Une politique digitale doit être attentive aux détails. La croissance se construit par dixièmes de pour-cent, dans une conquête méthodique et fragmentaire. Ces gains sont possibles dans au moins trois domaines.
Le premier est celui des PMEs. Permettons-nous de dire l’expérience que nous avons à former des dizaines de cadres de ces entreprises et de l’effarement que nous avons de constater l’illettrisme digital. Rares sont les responsables de ces entreprises qui connaissent bien les techniques numériques et les bénéfices à en tirer. Il suffit souvent de deux ou trois heures à les faire circuler sur les outils numériques pour leur faire prendre conscience du possible. La formation des cadres des PMEs est une priorité fondamentale si nous souhaitons qu’ils multiplient par 2 ou 3 leur efficacité commerciale et l’étendue de leurs marchés et réalisent que l’enjeu international qu’ils s’interdisent souvent au prétexte de l’éloignement n’est qu’à un clic. Mais sans doute à force de flatter ces électorats, nos politiques ont oublié qu’ils pouvaient tout à fait ne pas être aussi performants qu’on les présentent. Ils ne sont pas déméritant, ils se battent simplement avec des armes du siècle passé. Seuls 37% des PMEs ont mis en place un site de commerce électronique.
Le second est celui de l’industrie de la publicité et de la communication. On a généralement peu d’estime pour ces professions qui représentent 40 000 entreprises et près de 40 milliards de CA, ces 2% du PIB qui assurent la fluidité des marchés. Et pourtant ce sont ces industries qui produisent la valeur qui créent les emplois. Juste une illustration, quand un jean acheté en Chine coûte moins de 15 euros et qu’il se vend en France 120, plus de 40 euros payent des boutiques et leurs emplois, 10 à 20 euros les graphistes et les publicitaires qui bâtissent la marque. Le tertiaire est cette couche qui s’ajoute à l’industrie manufacturière et lui donne de la valeur. L’internet transforme radicalement ces métiers, en augmente la valeur : la marque, l’aspect des produits, leur lieux d’exposition, le discours, l’accompagnement, le service après-vente, l’information parfois l’éducation et l’expérience. Mieux maîtriser ces nouveaux métiers et services est clairement un enjeu qui concerne une très large partie de l’économie.On rêve d’institut du numérique dans toutes les universités.
Le troisième concerne nos modes de consommation. Qu’il n’agisse de l’électricité, de l’automobile , une révolution douce est en marche qui vise à économiser l’énergie mais aussi à augmenter le taux d’utilisation du capital par un réglage fin de notre consommation. On la désigne sous le vocable de la consommation collaborative mais elle en prend bien d’autres formes. Si à l’achat un véhicule coûte disons 15000 euros, au cours de sa vie il génère 4000 euros d’assurances, 10 000 euros de maintenance, 10000 euros de carburant et lubrifiants, 2000 euros de parking. Partagé, il coûtera un peu moins, mais sera renouvelé plus fréquemment ; offrant ainsi la possibilité de donner plus de satisfaction, et de bénéficier plus rapidement des économies que permet le progrès technique. Pour partager le véhicule, les plateformes digitales permettent d’optimiser en temps réel la disponibilité. Ce sont des gains de productivité à gagner immédiatement et dans bien d’autres domaines. Plus de services, moins de matières…
Trois domaines donc dans lesquels des gains de productivités significatifs peuvent être atteints. Au-delà des actions déjà engagées par leurs acteurs, on pourrait espérer que les candidat à la direction des affaires publiques proposent des actions et des mesures qui les renforcent. Ils ont quelques propositions, nous aimerions qu’ils en fasse la priorité du débat.
Nous pouvons espérer que de nouvelles entreprises avec de nouveaux modèles économiques se créent et prospèrent : il y en a quelques exemples. S’il faut souhaiter qu’elles se développent et que par miracle l’une d’elles devienne le nouveau Google, ne croyons pas qu’il y a là une botte secrète. Le secret est dans dans un effort constant et modeste d’une conquête systématique de la productivité, dans la modernisation du tissu des PMEs, dans l’attention donnée aux épiciers et aux marchands, et dans la confiance accordées aux citoyens et à leur facultés d’invention. Les gains qu’offre le digital ne se trouvent qu’en partie dans la production, c’est dans la distribution et la consommation que les choses se jouent. Nous avons trop longtemps pensé que les coûts principaux étaient liés à seule production, ils sont désormais liés au trois-quart à la distribution et à la consommation.
Nous ne sommes pas candidats. A eux de proposer. Au moins de débattre. Une grande politique numérique est nécessaire. Elle porte aussi sur d’autres questions fondamentales : celle de l’identité digitale et du respect de la vie privée, celle de la transparence et des données ouvertes, celle de la neutralité et de la liberté. Elle demande une société ouverte au monde, engagée dans les transformations qui l’affecte, elle exige des dirigeants attentifs aux initiatives de ses citoyens plus qu’à leurs inquiétudes. L’optimisme plus que la peur.