Les enfants de Compton ne font pas de meilleurs capitalistes

maxresdefaultC’est un billet d’humeur. Depuis déjà un bon moment mon collègue et ami Jean-philippe Denis, trouve des ressources étonnantes pour le management dans les aventures du rap, jusqu’à défendre l’idée du Hip Hop Management. Et je vois qu’aujourd’hui dans les échos qu’on célèbre les 7 leçons de management des rapeurs de Compton données aux entrepreneurs. Oui Dr Dre a vendu à prix d’or ( 2 milliards de dollars) la marque Beat, oui Snoop Doggy Dog est investi dans cette extension du marché du divertissement qu’est la weed.

Des fortunes sont édifiées sur des beats rageurs et construisent le capitalisme le plus furieux qu’il soit. J’en aurai été admiratif, si cela ne m’avais pas couté un compte soundcloud, où à mes heures de loisirs, je déposais les playlist ( je n’ose parler de mix tapes) que je prépare pour mes amis. Mais les robots d’Universal et de Sony que désormais soundcloud laisse courir à travers ses comptes ont vite fait de découvrir ma sympathie pour Kendrick Lamar, Drake ou Shabbaz palaces, intimant à la plateforme de retirer les morceaux et de sanctionner l’amateur imprudent qui pensait partager avec quelques dizaines d’amis les sons qu’il aimait.

J’aurais tant aimé que ceux qui sortant du ruisseau, donne leur voix à une parole d’émancipation, et participent à ce monde nouveau d’une économie de la contribution, du partage et des communs. Les relégués de monde urbain ont été de bons élevés du capitalisme et veillent comme des notaires sur le moindre fragment de droit, la moindre vente ratée. Le capitalisme peut être cool, porter baggies et casquette, il reste cette manie de la propriété, de l’accaparement, et du culte fétichiste de l’argent. Les dominés d’hier n’ont pas eu de meilleures idées que de devenir les dominateurs aujourd’hui, plus agiles et moins engoncés que leur maitre, tout aussi féroces pour préserver un bien qu’ils doivent autant à la chance qu’aux conditions commune de leur existence.

C’est sans doute un fait culturel, si l’invention se fait à la périphérie de la société et se fait absorbée au centre pour renouveler le désir perpétuellement émoussé  des classes moyennes, cela ne suffit pas pour créer une culture nouvelle. L’art, et le rap est un art, reste une consommation.  Et s’il est une déception, c’est qu’on ne peut pas compter sur l’art pour changer les sociétés.

La tragédie de la culture, c’est au fond son mensonge, se parant des habits du sacré, elle scintille comme le divertissement.

Crédit Photo : il ne suffit pas de renverser le regard pour changer de perspective….

 

SoundCloud : une interface pour les nuages

Burning man

Un petit dernier depuis des mois trace dans la capillarité son chemin. Il s’agit de SoundCloud qui vient de la scène Allemande et lancé en juillet 2007. L’interface ne diffère pas que par son esthétique minimaliste mais aussi par des fonctions spécifiques  : l’exportation du lecteur et la possibilité de charger ses créations. C’est une platfeforme de partage pour les musiciens avant tout et on la devine favorisant les créations plutôt que la gestion des discothèques.

Voilà qui attire notre attention sur une propriété de ces plateformes : elles peuvent se définir sur la base de la distribution des rôles dans la population : les contributeurs versus les consommateurs. Certaines sont asymétriques, d’autres le sont moins.Certaines favorisent les listes de contact , d’autres moins. Autre détail la visualisation du morceau sous la forme d’une banque de fréquence, une manière physique d’appréhender la musique en donnant une idée de sa structure. La platerforme est centrée sur les pièces plutot que sur les artistes, ce qui d’ailleurs coincide avec l’ethos de l’electro qui forme le fond de son catalogue : les musiciens adopte des pseudonymes qu’ils varient selon les projets. Cette même bande, qui signe le service, comporte un ourlé : le fil des commentaires. Le titre devient un objet d’information à part entière.

Chico Buarque – Construção (J4ck Sh4rk Remix) by J4ck Sh4rk

Deezer et Spotify s’imposent parmi les premières plateformes musicales, même si SoundCloud aurait dépassé les 4 millions d’auditeurs. Mais le modèle économique n’est pas encore encore établi, et il n’est pas assez diffusé pour redresser un marché déclinant depuis le CD.
Nos plateforme classique ont pour contributeurs le très petit nombre de maisons de disque et leur catalogue exhaustif. Même s’il on annonce des millions de morceaux, ils sont réalisés par une faible fraction de musiciens : quelques dizaines de milliers. L’accès à ce catalogue est défini par un sysytème de douane. Les plateforme espère y fidéliser quelques centaines de milliers d’utilisateurs. Deezer rassemble 500 000 membres payants, reversant 20 millions de droits dans un marché de l’ordre de 500 millions d’euros – le CD existant encore. Spotify ce n’est que 25000 clients en premium, mais un million en europe. Ces chiffres sont à comparer à certaine idée de potentiel. En supposant que 10% des internautes soient destinés à souscrire à un tel service dans l’ordre de prix de 80 euros par an. C’est un potentiel de 5 millions soit 400 million annuel l’ordre de grandeur du CD. Mais le chemin est encore long même si des tendances se dessinent. Pour pénêtrer le marché, l’enjeu des alliances avec les opérateurs sera déterminante :, c’est la voie de la masse car c’est par le mobile qu’on écoute une grande partie de la musique. Qui relie -t-on?  les utilisateurs aux morceaux avec les playlists et les outils de recherche, les outils de découverte telles les similarité d’artistes ? Relie-t-on les utilisateurs entre eux en usant de la panoplie des outils sociaux ? SoundMusic ressemble plus à Flickr qu’à une plateforme de diffusion.

Il y a bien d’autres plateforme. Nous avons négliger ici l’ancien Myspace qui s’est retrouvé dans une fonction de promotion des artistes ; radioblog a décrié en adoptant ce principe de podcast. Mais aussi Last.Fm qui est passé payant rapidement et maintient à un prix de 3euros mais surtout se distingue par son formidable moteur de recommandation : la qualité de l’écoute musicale dépend d’un mix savants entre ce qu’on connait et que l’on veut réécouter, et des titres nouveaux, étonnants, qui nous apportent de nouvelles expériences musicales. Ce balancement entre discothèque et découverte est essentiel dans l’interface qu’elle se fasse sur l’analyse de nos gouts, de nos écoutes, de celles de nos amis, de la similarité des artistes et de leur musique.
La question de la qualité sonore se pose moyennement, même si elle risque de poser à mesure de la diffusion et de l’utilisation de ces services. Pour l’usager c’est le classement de ses titre, la programmation de play-list, rarement l’annotation, la documentation est essentielle avec les biographies et le référencement, les commentaires et les notes.
les plateforme de distribution dont seul celle d’Apple a réussi en s’appuyant sur une architecture fermée de terminaux et de plateforme. Zune de Microsoft, et Quriosity Music Unlimited de sony marchent dans ses pas. On est obligé de mentionner amazon.fr. Mais ces plateformes laissent une place limitée à la socialisation, peu de place au partage. N’oublions pas la défunte période du P2P inaugurée par Napster en juin 1999 ?
Les autres services ne manquent pas : Beezik, Dizzler, Free napster, ILike, Imeem, Jamendo, Jango , Jiwa, Lala, Music me, Musikmesh, Musicovery, Odeo, Pandora, Playlist, Spool FM, Worme et We are hunted, We7, Grooveshark.
Lesquels vont survivre ? Ceux qui ont pris rapidement une emprise de marché assez grande pour faire payer 5% de leur audience ? Ceux qui offrent du contenu et des interfaces adaptées à leurs cibles ? Ceux qui préservent une capacité sociale élevée ?  Il y a matière pour une belle étude de Business model, il y a matière pour mieux comprendre l’importance du design des interfaces.