Pour une université digitale

Jorge in Wonderland
Quelle stratégie dans les médias sociaux pour les Universités?
C’est une question sur laquelle on m’a demandé de plancher pour un séminaire de la FNEGE et à laquelle je répond oui avec enthousiasme. Quelques lignes de réflexions peuvent en résumer les idées essentielles.
  1. Les réseaux sociaux sont efficaces pour ceux qui possèdent une communauté. De ce point de vue les universités sont bien dotées. Avec 30 000 étudiants, celle où j’officie dispose d’une force de frappe potentielle considérable. Au regard du 1/9/90, voilà qui laisse espérer 300 contributeurs, 3000 « recommandeurs », et ces quantités peuvent être largement augmentées avec les anciens étudiants. Sur 10 ans c’est près de 100 000 personnes qui y ont fait un passage. Le nombre n’est cependant pas suffisant, il faut encore que l’attachement à la communauté soit réel. Mais de ce point de vue là, il n’y a guère de souci à se faire, le passage dans une institution académique laisse des marques à vie, les universités sont parmi les rares institutions qui transforment nos vie avec l’église et l’hôpital. On est toujours un ancien de. Et si elle a une histoire, du prestige, une légitimité, cette communauté sera d’autant plus forte, ses membres plus attachés. Il y aura toujours quelque part un de ses représentants. Les réseaux socio-numériques, sont de ce point de vue un levier puissant pour incarner cette communauté silencieuse.Elle a forcement envie de parler et d’entendre les échos d’une jeunesse qui s’éloigne.
  2. Les universités ne sont pas une mais plusieurs communautés . Celle des étudiants, celles des enseignants, de ceux qui les secondent. Les premiers se réunissent dans le passage qui leur donne un élément d’identité pour la vie et on ne comprend pas pourquoi les adresses mails ne sont pas données à vie – quelque fusse leur utilité, elles marquent un lien indéfectible, elles sont le passeport et le contrat. Les seconds sont morcelés par leurs champs, leurs institutions et n’écoutent guère un centre qui est soit un centre administratif ou une arène politique. Ils s’y retrouvent quand la marque Université est forte. La segmentation est donc une étape clé, la construction de marque le moyen d’unifier les communautés. C’est là où se trouve la difficulté pratique : ce n’est pas un réseau social qui suffit, mais différents réseaux, sur différentes plateformes qu’il faut coordonner. Il faut fédérer des dispositifs multiples, intriqués, un tissu de communautés. Sans doute faut-il organiser un marché de ces communautés. Les animer, les encourager, les aider à grandir, les croiser. Rappelons-nous que la communauté est une organisation primaire et que la société est justement cette espace où des communautés superposées cherchent leurs règles. Le fédéralisme est une notion à ré-explorer. Le monde digital le favorise pour la simple raison qui diminue les coûts de coordination. On en conclue quant au rôle des unités de communication : elle doivent orchestrer les réseaux.
  3. Les réseaux sociaux sont d’autant plus forts que le contenu à diffuser est riche. De ce point de vue les universités sont munificentes. Avec plus de 2000 chercheurs, celle où j’officie produit du contenu à un rythme qu’aucune marque n’est capable de produire. Il reste à le mettre en forme, en scène, car souvent ce matériau est illisible, conçu pour n’être entendu que de quelques uns, ésotérique. Mais sans faire de story-telling, juste en dépoussiérant et en dégraissant les pièces sorties de l’atelier on peut faire étinceler une intelligence qui par habitude paresse dans le goût du secret et se couvre de scories, de paille et de boue. Sur un plan plus technique, cela exige une veille interne, la constitution d’un réseau d’informateurs et de retrouver cette belle tradition de la vulgarisation. Il faut communiquer ce sur ce qu’on produit. Chaque jour. Un oeil à Harvard ou au MIT donne un idée claire de ce dont il s’agit. Il reste à faire cette révolution culturelle de penser l’université moins comme une église que comme un média ( c’est d’ailleurs le beau travail fait par le Cleo) . Le réseau social de l’université est un média à part entière qui diffuse, souvent par capillarité, un savoir qui doit rester libre. Cette liberté c’est celle de l’accessibilité. D’un point de vue pratique, cela exige de jouer avec une cascade de médias : les revues scientifiques et leur plateformes de diffusion, les livres, les cours et les conférences: dire jour à jour la science qui se fait. Le volume demande un savoir faire. De ce point de vue on rêverait de fondre les centres de documentation avec les unités de communication. Fédérer des contenus.
  4. Les réseaux sociaux exigent une ligne éditoriale. Dans la continuité, on comprend que la matière doit être éditée. Dans le sens noble et ancien du métier d’éditeur. En respectant la lettre et l’esprit, faire briller le bronze que verdissent les intempéries. Dessiner des jaquettes, composer le texte. Faire du manuscrit une idée prête à affronter l’espace public. Mais plus encore donner au torrent, que dis-je, au fleuve, de la production universitaire, un lit sans trop de méandres, qui s’organise en un grand bassin. C’est là sans doute un point faible des universités. Le désordre que les institutions politiques ont introduit avec leurs grands machins est un ennemi évident. Seul un esprit véritablement scientifique et humaniste peut y remettre de l’ordre. Scientifique car il faut donner un sens qui correspond à une réalité, humaniste car il s’agit aussi de dépasser les bornes des spécialités pour qu’un véritable entendement soit possible. Peu importe les supports. Le portail central et ses réseaux périphériques, les campagnes publiques et le travail microscopique des diplômes. L’utilisation des réseaux sociaux à l’université dépend de la qualité d’un projet éditorial. Nous produisons un journal virtuel de la science, il nous faut le réaliser. C’est une idée difficile : penser l’université comme un média.Une audience qui rencontre une programmation. On oublie parfois que l’université est aussi une industrie culturelle.
  5. Les réseaux sociaux ont besoin d’une équipe éditoriale. C’est la petite découverte des praticiens des réseaux sociaux. Il ne suffit pas de cliquer et de retwitter. Ce n’est pas une équipe de bonne volonté qui fait les choses. L’équipe éditoriale doit être issue du corps productif, la valeur de vérité tient à celà. Qu’une ligne soit donnée, elle doit être alimentée. Les belles histoires de réseaux sociaux numériques sont des questions d’organisation, des équipes de 10 à 100 contributeurs. Une communauté dans la communauté. Il faut des informateurs, des reporters, des rédacteurs, des animateurs., une langue. La technique est secondaire. Une chaine vidéo, une plateforme de slides, des documentations, une radio digitale, il faut tout. Mais il faut surtout ceux qui acceptent de produire. Chacun avec son talent alimentera l’architecture des médias.
Nous avons évoqué les principes, nous n’avons pas discuté de technique. Nous serons court à ce sujet, rappelant simplement une distinction proposer par Christian Fauré entre techniques de la relation et technologiesrelationnelles. Si les universités possède le contenu, peuvent aligner des troupes considérables et disposent en puissance des technologies relationnelles, il lui reste à reconstruire ses techniques de relations. Repenser ses rapports aux étudiants, aux professeurs, aux entreprises, aux médias, aux proches de ses étudiants.
A repenser que l’article de recherche n’est pas que le moyen d’affiner un CV pour obtenir un meilleur poste, mais que leur format donne à l’idée le moyen d’en établir une valeur de vérité. A repenser que le cours n’est pas une obligation statutaire auquel les étudiants satisfont pour le bénéfice d’une note, mais le laboratoire où l’enseignant teste et formalise les idées qui viennent de son travail. A repenser que l’université est un espace public, qui s’il délivre des diplômes, doit ouvrir tous ses espaces à l’ensemble de la société. Que sa mission première est de diffuser la connaissance qu’elle produit. La connaissance est affaire de vérité, sa diffusion est affaire d’attention. Dans cet esprit les réseaux sociaux sont de formidables vecteurs de gains de productivité. Il rendront poreux les murs de l’académie, laissant entrer les questions de la société, laissant naître enfin leurs idées. Soyons décidément optimistes, les réseaux sociaux construisent une autre université quelque soient les stratégies qu’on leurs assignent. 
Ce n’est pas le classement de Shanghai qui règne, mais la société de la réputation. Le meilleur moyen de la construire est d’engager la conversation. Les réseaux sociaux en sont la chance.

Un troupeau de livres pour de rares bergers

Le livre ne vit qu’en troupeau, que ce soit dans les bergeries des bibliothèques ou sur les alpages de l’âme (je parle naturellement d’une sorte de mouton sauvage).

A l’heure où le livre électronique va prend son élan, il serait sans doute bon de se poser la question de qui lit et comment.

Dans la profusion des discussions et commentaires à propos du livre électronique, si l’on parle des éditeurs et des nécessaires changements de modèle économique, un peu moins des auteurs, beaucoup de cet objet-livre comme l’on célèbre un fétiche, le lecteur est oublié plus encore que sa lecture et ses lieux. Il est une belle histoire de la lecture.
Et ce lecteur est rare. Les enquêtes existent, celle du ministère de la culture ou du la CNDL donnent quelques indications. En s’appuyant sur ces indications 85% des livres sont lus par moins de 25% de la population et sans doute les 10 % qui ont achetés 12 livres et plus dans l’année représentent 80% des ventes.
On comprend le pari de Apple : la tablette n’est pas faite pour le livre, ou incidemment, dans la mesure où ce paysage doit être nuancé par le niveau d’éducation. Les grands lecteurs sont cadres, ont un bac+5 et sont plutôt des femmes.  Ce sont aussi les acheteurs de la tablette. L’argile des babylonien n’était pas un média de masse. Et si la tablette voyait ses prix se réduire, par une stratégie classique d’écrémage, on l’utilisera bien plus pour jouer et s’informer au quotidien que pour lire.Les révolutions souvent se limitent au palais.
Inutile donc de mettre en concurrence les Kindle, Nook et autre liseuses de Sony. Ces objets s’adressent à un petit marché, celui des lecteurs fréquents. Et ces lecteurs ont de particulier que si le livre est un objet unique , il ne prend sens que dans une bibliothèque déjà richement dotée. Ils sont les bergers d’un petit troupeau.
Ils ne se contentent pas de lire en silence ( souvenez vous que cette lecture est une pratique somme toute récentes), ils lisent en résonnance. Ils ne lisent pas forcement du début à la fin (il n’y a que les policiers que l’ont lis du début à la fin), mais dans tous les sens, ils annotent, ils encochent, ils cornent. Ils ne lisent pas seuls, ils échangent, se nourrissent de compte-rendu, de critiques, en parlent à leurs amis. La lecture est sociale.Elle pourrait devenir pornographique aussi.
Si l’on veut vraiment connaître ce marché sans doute vaudrait-il mieux étudier les superlecteurs que les otaries et les phoques assoupis sur les plages. Leurs 3 thrillers de l’été seront leur lecture de l’année. Ils oublierons les volumes dans leurs chambre d’hôtel qui iront peupler la bibliothèque du centre de vacances. Ces lecteurs forment un marché qui reste considérable, les 30 titres les plus vendus représentent 8 000 000 d’unités vendues annuellement, ou 5% du chiffre d’affaires de l’édition (les 1000 premier 20%), sur 450 millions d’exemplaires. 520 000 références ont été vendues au moins une fois et 60 000 nouveautés et rééditions sont publiées chaque année.
Les super-lecteurs, ceux qui achètent plus de 30 ou quarante livres par an, en lisent le double, sont finalement peu connus. Ces boulimiques peuvent l’être par profession, universitaire ou journaliste, ou par passion. Gageons qu’ils venèrent moins l’objet que la bibliothèque. Une partie d’entre eux sont ces lecteurs de revues scientifiques qui progressivement prennent l’habitude d’aller dans ces bases documentaires géantes telles que ebsco, Elsevier, Scopus, thomson content currents sans compter les ArXviv… en voici un témoignage. Des milliers de revues, des millions d’articles rassemblés en bases qu’on annote, qui fournissent des références, que l’on peut échanger, classer, accumuler. Un rêve labyrinthique, borguesien.
Les lecteurs ne lisent pas que des livres, les lecteurs professionnels d’ailleurs abandonnent les livres qui n’ont plus de valeur, ils lisent des revues, parfois la presse, le livre ne se limite pas au divertissement littéraire, il est ce moyen d’acquérir une connaissance qui grandit chaque jour aussi vite qu’elle fond.  Le livre change de forme. Comme l’album se réduit au morceau, les livres se réduisent à la nouvelle, à l’article. Mais le lecteur survit, le grand lecteur continue de lire, son addiction est telle qu’il exige moins l’accès au livre qu’à la bibliothèque.
Le marché des liseuses, est un marché de clés. Qui va ouvrir les portes aux nouvelles tours de Babel?

A lire aussi ici

Le grand livre de l’internet

et ailleurs (surtout) :  Read/Write Book sous la Direction de marin Dacos

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Du skateboard au web sémantique


Pour comprendre comment la technologie affecte nos pratiques, il peut être utile de s’intéresser à un modèle simple. Un de ces modèles est celui des adolescents mâles, notamment celui les skateboarders.

Le cas est assez simple à décrire, dans la quête de la réalisation de soi, dans l’effort de construction de l’identité, dans l’épreuve compétitive qui les grandit au regard de leurs pairs, un objet médiatise leur effort. Dans le skateboarding, cet objet est d’une simplicité redoutable : une planche, des sortes de suspensions (les trucks), et des roulettes. Cet objet se prête à une grande technicité : une planche en 7 épaisseurs et un shape raffiné, des suspensions de titane, des roulettes à la dureté maîtrisée. Nul doute que cette technicité est l’objet de la part des pratiquants d’une attention soutenue.

Le plus intéressant est l’usage, un usage fait d’une exploration systématique des figures possibles par l’usage de l’objet. Le holly est le fondement, mais les tricks sont innombrables, tout autant que les surfaces parcourues. Piscines désaffectées devenues bowls, trottoirs et escaliers qu’ont reconstruit dans les skate parks, chaque forme urbaine se prête à ce sport.

A ce stade de l’analyse, l’intéressant est de remarquer que l’objet technique ne répond pas à une fonction particulière, il n’est pas réellement destiné à réaliser une tâche imposée. L’objet est là, l’enjeu est sa maîtrise, vient ensuite pour la prouver l’invention des épreuves qui la démontreront. Une histoire de ce sport viendrait aisément à démontrer cette thèse. Si son art s’est exercé dans des piscines, rapidement il s’est trouvé des formes pour s’exprimer et affirmer de nouveaux buts. Les adolescents attardés aux genoux fatigués ont ainsi inventé le longboarding, et créent une autre règle demandant moins de vélocité, plus d’endurance et de grâce…

L’objet n’a pas de fonction naturellement, mais son usage, dans une intention générale, s’invente à mesure de son exercice ses terrains d’évolution, et dans ces terrains se construisent des buts, des enjeux et des réalisations. L’objet ne remplit ainsi aucune fonction qui ne soit préexistante. Il est un prétexte à la maîtrise, et l’exercice de cette maîtrise amène à inventer d’une part les espaces de pratiques, d’autres part les buts de celle-ci, et enfin les règles de réalisation. Les buts sont secondaires au choix de l’espace, les règles sont construites à partir de ce double-choix.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais pour en ajouter un autre, je serais tenté d’aller vers plus de simplicité encore et d’évoquer les enfants des rues pauvres qui guident un pneu au bout d’un bâton inventant un jeu insensé dans des chemins de terre qui sillonnent entre leurs pauvres maisons.

Cette observation est utile pour penser les technologies, fussent-elle les plus complexes, mobilisant le meilleur de la chimie, de la physique, de la mécanique, de l’électronique, de l’informatique. Les objets que l’on crée n’ont aucun usage déterminé, ils sont usités pour autant qu’ils s’inscrivent dans une activité humaine, le jeu des adolescents, ou la volonté de pouvoir des adultes. Leur seule invention et leur disponibilité suffit pour qu’ils deviennent l’enjeu d’une activité indépendante des objets.

La première question qui se pose est de savoir pourquoi un objet donné se prête au jeu. La seconde est de se demander pourquoi le jeu se construit dans le rapport aux objets. A ce stade de l’analyse répondre à ces deux questions est peu utile, il suffit d’admettre que l’activité humaine se construit dans ce rapport aux objets, et de constater qu’une fois ce rapport établi, la question des sujets est de savoir choisir le terrain d’évolution dans lequel le rapport aux objets se construit et d’en construire les règles d’activité.

Les objets de la technologie de l’information ne répondent en fait à aucun besoin, mais leur existence suffit à créer de nouveaux terrains d’évolution et dans ces terrains à inventer de nouveaux buts qui satisfont un souci de maîtrise, et la possibilité de la mesurer à celle des autres. Pour dire les choses plus simplement, chaque technique nouvelle ne se développe pas pour résoudre de nouveaux problèmes, mais pour jouer différemment avec des problèmes traditionnels.

Allons plus loin et supposons que les problèmes humains sont des problèmes permanents : séduire, convaincre, affirmer sa supériorité, dominer. Ces problèmes sont indépendants de la technique, ils ne sont relatifs qu’aux questions sociales fondamentales : prendre le pouvoir, acquérir une identité, être reconnu…. Mais leur expression est continuellement relative. Les terrains d’expression varient constamment et les règles ne viennent qu’ensuite.

Dans le monde qui nous préoccupe, celui où la technique crée de manière continue de nouveaux instruments, ne pensons pas que ces instruments sont destinés à assurer une certaine fonction. Leur valeur vient moins de leur fonctionnalité que de leur capacité donner dans leur usage la capacité de faire s’exprimer une finalité fondamentale. Ainsi peu importe que le RSS remplisse la moindre fonction dans les dispositifs publicitaires, il suffit qu’ils permettent aux publicitaires d’exercer leur talent pour devenir intéressant. Dans un second temps, s’ils peuvent être l’objet d’une maîtrise, et d’une compétition dans cette maîtrise, il est de forte chance que les acteurs inventent l’espace dans lequel cette maîtrise peut s’exprimer au mieux. Cet espace à été inventé, il s’agit du web 2.0, une pure construction sociale qui ne correspond qu’à une réalité approximative, mais dont l’exercice donne une certaine épaisseur. Il suffit de constater le nombre de blog, de livres, d’articles consacré à ce quasi-concept pour comprendre que l’imaginaire peut être parfaitement réel. Dans un troisième temps apparaissent les règles du jeu, parmi elle notons la comptabilisation de la performance que des sites tels que technorati, delicious, wikio ou d’autres digg consacrent et célèbrent.

Le publicitaire qui autrefois évaluait son talent à l’aune de Médiamétrie, désormais le mesure chez technorati, de la même manière que les gamins qui jouaient aux billes, se mesurent désormais sur DailyMotion en déposant l’enregistrement vidéo de leurs tricks. Du publicitaire au skateboarder un même modèle s’affirme : l’objet technique définit des possibles et un enjeu, son adoption conduit à choisir un terrain de jeu, le champ et la technique définissent alors les règles du jeu et la méthode de mesure de la performance.

Un tel modèle va à l’encontre du fonctionnalisme qui considère la performance comme immanente, déterminant les règles qui défissent elles-mêmes les contours de la technique. Si nous voulons comprendre les nouvelles règles du jeu du marketing, il faudra comprendre quels enjeux sont offerts aux acteurs par les techniques de la communication et de l’information, comment en fonction de ces enjeux acceptés sont choisis les terrains de jeux, et enfin quelles règles sont déduites de ce double choix.

Dans les laboratoires aujourd’hui une autre technique se forge, celle du web sémantique, personne ne sait à quoi cela peut servir exactement. Une nouvelle révolution va en naître, si l’on veut la deviner, cherchons à comprendre quels acteurs en feront un enjeu, quel enjeu en feront-il, sur quel terrain ils joueront, et quelle règle du jeu pourront-ils inventer.