L’honnêteté, avant la confiance.

Un post lu par inadvertance, et que j’ai retenu dans mes « à-relire », relate le livre déjà ancien de Paul Seabright et soulève une question passionnante : même quand nous n’avons aucune raison de faire confiance, nous pouvons nous engager dans des échanges économiques risqués. Comme nous sommes devant l’étranger nous faisons foi à ce qu’il nous dit plus que nous nous méfions de ce qu’il va faire. Nous commerçons aisément avec des étrangers.

Interprétant rapidement cette proposition, on peut retenir l’idée que ce qui lubrifie les échanges sociaux n’est pas la confiance, mais l’ honnêteté. Nous sommes plus rarement convaincus de ce que les autres vont faire, et de leur bienveillance, que ce qu’il nous disent est vrai. La confiance n’est qu’un dérivé de cette croyance, nous pouvons en effet faire confiance pour d’autres raisons, notamment la possibilité de sanctionner celui qui a fait défaut.Ne soyons pas étonné de la proposition d’un Fukuyama qui voit dans la société américaine plus de confiance que dans les société latines, celles qui ont développées un système judiciaire fort, permettent à plus d’agents de faire valoir leur droit quand la confiance est rompue. Une société faite de liens forts en réduit les possibilités, le nombre de ceux auxquels on peut faire confiance est restreint dans les tribus, car la sanction ne peut être prononcée que dans le cercles restreint des conseils de famille. La rétorsion est en fait le concept central des théories de la confiance.

Mais face à l’étranger, cette option est inopérante. Il a un pays de refuge où nos règles ne s’exercent pas. La confiance ne dérive pas de la sanction, mais d’un a priori. Il dit vrai, il est honnête.

Le monde de l’internet où l’identité est approximative, les possibilités de rétorsions réduites, les tribunaux incertains, n’est à pas l’évidence pas un espace favorable à la confiance. La rétorsion y est impotente. Il ne reste que cette hypothèse d’honnêteté même si le cynique ne peut l’accepter. On accorde tant d’avanatges au mensonge, à la ruse, voire même à l’hypocrisie.

Et pourtant, nous n’hésitons pas à parler à des inconnus, ni même à engager des relations sentimentales, pire nous y achetons, nous y échangeons, nous partageons. Une hypothèse naturelle serait-donc que nous attribuons à autrui une vertu que nous n’avons pas forcément complètement, celle de l’honnêteté. Hypothèse d’autant plus étrange, que le mensonge semble une chose largement partagée.

Arrêtons nous un instant sur ses formes. D’abord le mensonge peut être délibéré : on fournit aisément dans les formulaires des numéros de téléphone erronés, des noms dans lesquels on glisse sans scrupule des erreurs de graphies, on ment sur son age, sa taille, on fournit des photos d’autres. Le mensonge peut être aussi simplement une omission. On ne dit pas tout, dans les listes de préférences on en indique qu’une partie. On se soustrait à la surveillance, effaçant périodiquement des centaines de cookies, ou nos historiques de consultation. Le mensonge est surtout souvent involontaire, il se fait dans ce que nous répondons dépend moins de ce que nous sommes que ce qu’on nous demande. Le fait est qu’entre les faux commentaires, les faux reportages, les fausses notices d’information, la fausseté des artistes de la communication, l’univers de l’internet semble être celui des faux semblants et des illusions, plus que cette galaxie d’information dans laquelle les masses d’information s’agrègent par la force d’une certaine gravité : celle de la vérité.

Et pourtant nous faisons confiance, sans possibilité de rétorsions. Nous prenons ce monde comme un monde sans biais, nous achetons, nous consommons. Nous agissons en croyant à la force de l’honnêteté. C’est le fait primaire, la confiance est un concept dérivé. De manière irrationnelle nous faisons l’hypothèse de l’honnêteté des inconnus. Nous nous en nous défions que si nous discernons chez eux, les signes de ce qu’ils nous mentent.

Ce mystère peut cependant être levé de deux manières. La première est de reprendre certaines thèses évolutionnistes. Les menteurs ont peu de chance de se reproduire, la sanction qu’on peut leur appliquer à défaut de toute autre rétorsion est de ne plus les croire. A la manière de pierre et le loup. Les menteurs ont peu de chance de se perpétuer, à force de mentir on ne les croit plus.

Mais on peut aller plus encore un peu loin, et reprendre la vieille théorie du handicap : pour signaler une qualité, on doit la prouver par un handicap. Le paon ne ment pas sur sa beauté, car sa roue en fait une proie visible. S’il se permet ce handicap, c’est qu’il possède vraiment cette qualité. Et l’avantage de reproduction qu’il en tire – être choisi par les faisanes – dépasse le coût d’être dévoré. Le paon est honnête, c’est le handicap de l’honnêteté qui lui donne un avantage.

La seconde manière de résoudre le mystère est que nous ne sommes pas des oies blanches, que menteurs nous sachons que les autres mentent. Mais nous savons qu’ils mentent comme nous ! Nous mentons partiellement. Et cela suffit pour développer une croyance particulière : celle de discerner chez les autres les éléments de leurs mensonges. Nous pourrions ainsi évoluer dans un environnement mensonger, et lui faire confiance, pour la simple raison que nous sommes persuadé de faire la part du bon de l’ivraie. C’est notamment l’objet des recherches de Joey George.

Les deux arguments se combinent sans difficulté. Dans un monde mensonger, parce que nous savons déceler le vrai du faux, ou simplement que nous en soyons persuadé, nous pouvons aisément croire que les Paon sont honnêtes. Les faisanes savent qu’ils disent vrai. Ils font de beaux oisillons. Si elle n’étaient pas persuadées de discerner le vrai du faux, une roue flamboyante d’une crête écarlate – ce ne sont pas des poules, cela ne vaudrait pas le coup pour les paons de risquer d’un coup d’éventail de dresser une cible à leurs prédateurs. Il suffit qu’elle croient que le paon dit vrai.

Dans un monde de mensonge, ce qui qui compte est finalement la capacité à croire discerner parmi les signes ceux qui sont vrais et ceux qui sont mensongers. Même si aucun signe ne dit le vrai, ceux qui sont mensongers seront testés. Les croyances erronées seront éliminées, et apprendre quels signes sont faux, en renforçant cette conviction de discerner le vrai du faux, renforcera l’idée que les autres sont honnêtes, et que fortement ils s’exprime, plus honnête ils sont.

L’hypothèse que la croyance en l’honnête des autres est le moteur de la croissance dans un univers mensongers est sans doute une des questions de recherche la plus pertinente pour comprendre la logique du monde digital.

Et si tout cela semble abstrait, revenons à un éléments concret : comment comprendre alors que 75% des gens pensent que les commentaires sur internet sont trompeurs, la même proportion en tient compte. Comment comprendre alors qu’on pense que les information sont fausses, nous les prenions en compte ? C’est parce que persuadé de discerner le mensonge de la sincérité, nous faisons l’hypothèse de l’honnêteté, que ceux qui disent vrai le manifeste au point de souffrir de profonds handicaps. Ces signes coûteux nous apprenant à discerner le vrai du faux, nous renforcent dans l’idée que ce que les autres disent est à priori vrai.

La confiance ainsi ne se nourri pas de foi mais de la pratique de l’ honnêteté. Et la preuve empirique, est que du marché du village à  e-bay, au fond les escroqueries sont rares. Les marchés ne fonctionnent pas par la confiance, mais par l’honnêteté de leurs acteurs, ou du moins d’une large majorité, et par la croyance qu’ils ont de reconnaitre l’honnêteté de leurs partenaires. Le monde est bon.

crédit photo : I appreciate honesty

Klout : influencer la mesure de l’influence ?

Clout

Klout s’impose comme l’instrument de mesure de l’influence (1), mais à l’instar de Yann Gourvennec  (Klout mesure-t-il l’influence ou la capacité à influencer Klout ?) nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la validité d’un indicateur qui semble varier de manière trop prononcée en fonction de l’activité. Les semaines de vacances ont fait de gros trous dans de nombreux ego.
C’est l’occasion de revenir sur la question générale de la mesure de la performance. Dans le cas de Klout ce qui est mesuré assurément ce sont les conséquences de l’activité : les mentions, les retweet, les partages, les likes, tout ce fratras et cette agitation qui caractérise les réseaux sociaux. Il va de soi que plus on est actif et plus on fait de bruit. 
Les record(wo)men du klout sont ceux qui s’agitent non stop. A moins de 50 twits par jour, ce n’est pas la peine d’espérer figurer dans un top 300 quelconque. De ce point de vue, Yann a raison, Klout mesure la capacité que l’on a à l’influencer. Et même de ce point de vue, il y a des questions qui se posent. Les adresses raccourcies qui signalent un post sont-elle identifiées comme le fait Topsy, et attribuées à son auteur?  La foule des curateurs se repait d’un contenu qu’elle n’a pas créé et gagne les points précieux du klout system. L’influence de Lady Gaga (K=92) sur la musique est-t-elle plus importante  que celle de Timbaland (K=73)?
Mais cela n’explique pas le trou de l’été, l’explication est beaucoup plus simple. Formulons la sous la forme d’une hypothèse : Klout très certainement utilise un modèle de lissage exponentiel et très probablement a donné un poids trop faible au paramètre λ du modèle :
  • Ki'(t) = λKi’(t-1)+(1-λ)A(t)  avec Ki'(t) : l’estimation de l’influence de i à t-1 et Ai(t) l’activité dérivée par i en t – autrement dit l’influence aujourd’hui dépend pour une part de l’activité induite immédiatement observée et de l’influence calculée dans le passé.
Cette formule par récurrence, très simple est largement employée, y compris en marketing. Pour la petite histoire voici un texte de Little de 1965 qui en analyse l’usage pour la promotion des ventes, modèle utilisé d’ailleurs plus tard pour mesurer la fidélité des consommateurs. On s’amusera à redécouvrir qu’il n’y avait besoin ni de traitement de texte, ni d’ordinateur, ni d’internet pour modéliser !!!

Une image valant pour beaucoup plus qu’un mot, voici ce que celà donne pour un twittos dont l’influence grandit de manière linéaire, et qui suspend tout activité pendant quelques périodes (il reprend ensuite au niveau où il s’est arrêté simplement en mobilisant à nouveau le réseau qu’il a accumulé) et pour deux valeurs du  λ. La ligne en jaune colle à l’activité immédiate, celle en rouge atténue les aléas et “résiste” au creux de l’activité.

Le choix de Klout peut cependant se justifier dans la mesure où l’influence dans les réseaux est un processus sans mémoire. On relaye les messages qui ont une valeur dans l’immédiat et il est peu probable que la simple signature de son émetteur en assure la réémission. Autrement dit, une véritable mesure de l’influence devrait faire varier ce paramètre λ pour chacun des agents de manière à prendre en compte l’influence de l’activité passée sur l’activité future de son réseau. En ajustant le modèle individu par individu. Le λi mesurerait alors l’influence véritable.
Pour revenir à la question fondamentale, ce n’est pas l’activité dérivée d’une activité principale qui mesure la performance, mais la relation entre l’effort et le résultat. Une bonne mesure de performance devrait se rapporter au rapport relatif de l’activité sur les réseaux sociaux et de ses conséquences. Il faudrait mesurer une élasticité : le rapport de la variation de l’effort de communication et de la variation des effets de Buzz. Cette mesure distinguerait ceux qui exercent effectivement une influence, de ceux qui jouissent simplement d’effets d’échelles (en général, le nombre de followers résulte plus du following mécanisés que du magnétisme du twittos quand les échelles se comptent en milliers).
Pour conclure, le véritable souci avec Klout n’est pas véritablement dans le choix du modèle, mais plutôt dans ce cancer qui pourrit toutes les agences de notation : le conflit d’intérêt. L’objectif pour Klout est clairement de rassembler la base de données la plus vaste possible, et les mécanismes employées sont moins des mesures objectives de performance qu’un système de motivation et d’incitation. La note n’a pas d’autre rôle que de flatter – ou de vexer – les ego, afin de les encourager à produire plus. Elle joue aussi des instincts les plus bas : la jalousie et l’envie. 
Il n’est pas de saine compétition sans un juge irréprochable. On peut discuter la constitution des indicateurs, leur base d’observation et les choix de modèles, on doit rester attentif à ce que l’on veut mesurer ( qu’est-ce que l’influence?), mais avant tout un bon instrument de mesure doit échapper au conflit d’intérêt. Le doute que l’on peut avoir sur Klout et ses consorts est que le calcul des scores soit indépendant de leurs stratégies de croissance. Dans la mesure où les incitations produites encouragent les twittos à améliorer leur score, ce doute devient majeur. Klout ne mesurerait alors que la capacité à influencer l’influence mesurée, pire il mesure le conformisme des agents, le degré avec lequel les agents se plient à la norme d’influence qu’il a établi.
(1) Ets-il besoin de rappeler que “clout” signifie “influence” en anglais?

PS : il faudrait aussi ajouter pour Klout, que le score n’est pas une métrique comme les autres, il reflète une distribution, le score indique en réalité si l’on appartient au 0,1%, 1% , 10% etc les plus “influents”. Un score de 50 correspond en fait au 10% les plus “influents”.
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A lire aussi : Du prix à la note – mutations des marchés

Twitter ou la fin du livre

Spermatozoids
Depuis 4 mois, nous sommes stupéfait d’assister dans un direct intime aux éclats du monde. Des révolutions arabes à l’affaire DSK, nous éprouvons cette fascination à suivre seconde par seconde une histoire qui se fait, sans qu’on en connaisse l’issue, mais dont chaque action nous est accessible car un témoin raconte. 
L’image est balayée au profit d’une écriture télégraphique et polygraphe. Nous choisissons les lieux en choisissant les informateurs, et voudrions-nous en suivre plusieurs il suffit d’en constituer en quelques clics une liste. On y mêlent ceux qui sont dans le cœur de l’action, et ceux qui la commentent, mieux on peut se payer des commentaires lapidaires qui rejoignent le fleuve de l’opinion.
Twitter est devenu le roi del’information sans qu’on en discerne les formes. Il est dans l’instant, il est partout, il est de toute les formes, chacun mallée cette masse liquide aussi prompte à ruisseler qu’à s’accumuler. Il n’est plus de dépendance au lourd appareillage des médias qui oblige à limiter les points de vue à quelques reporter et à leurs pilotes. Le spectateur est aussi un acteur.
L’étonnant est dans la rapidité avec laquelle des conventions se forment. Elle prennent la forme de ces hashtags, mots forgés à la minute qui en quelques heures deviennent des points de ralliement et structurent les flux : #DSK, #DSKgate, #Bistougate. Émergeant et disparaissant, marquant de leur empreintes des convergences de ton ou d’opinion, ces conventions aussitôt établies se chargent de sens et deviennent à la fois la carte et la boussole. Les drapeaux ont joué le même rôle dans les révolutions. Le tag n’est pas qu’une étiquette mais déjà une indication.
Ces fleuves charrient toutes les langues, dans le même fil se superposent ce qu’on peut comprendre et ce qu’on ne peut lire. Ce n’est même pas le fil du récit, car s’y brodent des conversations personnelles que chacun peut entendre. Quand les uns parlent à tous, certains parlent à quelques uns, et c’est le lecteur qui donne un sens à un texte sans intention mais qui réclame une grande attention.
C’est là sans doute qu’une la nouveauté absolu du média. L’anti-thèse du journal qui s’il se construit dans la succession, isole ses éléments en blocs et colonnes que le rubriquage statufie. Twitter ne distingue rien, c’est le lecteur qui compose le fil en choisissant ses sources, et le texte qu’il compose n’obéit à aucune règle éditoriale, sauf celle se ses choix. Ce texte unique, informe, n’offre à l’intelligence que l’ordre d’une succession. Cette polygraphie n’obéit à aucune intention. Tout le contraire de ce que la presse a tenté de produire. Et là est la merveille, le sens n’a pas besoin de l’intention de celui qui écrit.
Les agents qui se précipitent dans cette vaste débâcle n’ont de prise que par la répétition, la fréquence, mais surtout à la qualité répétée de leur phrases, c’est en ciselant en quelque mots des dizaines de messages que les agents peuvent espérer être retenus dans une liste, ajouté à la foule qu’on suit, devenir une source rémanente. Ce n’est pas qu’un question de style, c’est une question de pertinence, la poignée de journaliste dans la salle d’audience devient au yeux des lecteurs ceux qui sont essentiels et que l’on doit suivre. Jamais à ce point l’écologie du mème ne s’est produite dans la une forme aussi pure. L’hypothèse que les idées obéissent aux même lois que les gènes prend avec Twitter un caractère isomorphique. Mutation, sélection, et rétention trouvent dans le corps des phrases une totale expression. Avec twitter, le texte prend enfin le chemin de la vie.
Si la technique change le monde, ce sera moins car elle exerce une pression sur les corps, comme la mécanique a pu le faire longtemps, rendant les notre plus puissants, plus productifs, mais aussi plus soumis aux machines, mais car elle exerce désormais une pression directe sur les idées, non pas celle de cette minorité qui a pensé pour les autres, mais sur les idées de tous ceux qui peuvent en avoir, autrement dit sur les idées de chacun. Les livres premiers ont été une voix d’ailleurs, des dieux, que les prophètes ont agrégée en quelques livres primitifs. L’invention de l’imprimerie a libéré les prophètes, faisant d’eux des auteurs, rares au fond, car rares sont ceux qui peuvent en un livre concentrer assez de paroles qui tiennent en une seule unité à l’épreuve de la lecture. Les universités ont grandi avec l’amélioration de cette techniques, multipliant les auteurs et les sujets mais en maintenant l’autorité qui se fonde dans la capacité d’écrire.
Nous arrivons à un temps où l’auteur disparaît car le texte n’a plus besoin de maître mais redevient un livre unique, démultiplié, un texte continu fabriqué de milliards de fragments, et dont le sens n’est plus ni la volonté d’un dieu, ni d’une cohorte de démiurge, mais de l’œil d’un lecteur, de millions de lecteurs, attentifs, qui composent leur livres à partir de tessons.
Les pensées ne sont pas dans les livres, elles sont avant le livre, elles ont vécu dans l’écriture car pour les tenir il fallait les fixer. Cette écriture était couteuse, il fallait donc la rassembler dans des volumes denses. Désormais, écriture ne coûte rien, et il se produit plus d’écriture que ce qu’on pense. La pensée trouve un autre chemin, elle se fixe en piquant ici et là des morceaux d’écriture qu’elle sélectionne et rassemble dans un même dispositif.Le pouvoir est passé au lecteur, nous ne lirons plus les livres des auteurs, nous y piquerons des phrases, des paragraphes.  Le livre ne va pas mourir parce qu’il est numérisé, il va mourir car à l’heure de Twitter il est devenu inutile. 
Si le fleuve court dans son lit continument, il forme des iles qui façonnent ses méandres. Ce qu’il charrie peut courir autant que s’accumuler. La pensée va retrouver dans ces iles, ces banc de sables, les éléments fixes qui la structure. N’espérons pas que Twitter seul fasse ce travail. Chaque ilot sera repris par la main des hommes, des ponts, des dragues. Il faut une fabrique pour les tessons, et des hangars pour les héberger. La fabrique est logée dans des millions d’ateliers, certains glorieux, d’autres moins, le hangar se disperse dans les plateformes de partage.Entre deux des artisans silencieux sélectionneront, conserveront, et lieront les fragments les plus beaux.
N’espérons plus que l’intention de l’auteur parvienne intègre à l’œil du lecteur. On ne peut qu’espérer que les idées libre de la langue, puissent aller dans la liquidité du monde, féconder des  esprits qui n’en connaissent pas la langue. C’est une mauvaise nouvelle pour les moines du savoir dévoués à recopier, s’en est une bonne pour les ouvriers de la connaissance qui glanent ici et là un savoir bien trop cher. Ceux qui savent ont perdu le monopole de dire, car dire ne suffit plus, il faut lire.