Twitter ou la fin du livre

Spermatozoids
Depuis 4 mois, nous sommes stupéfait d’assister dans un direct intime aux éclats du monde. Des révolutions arabes à l’affaire DSK, nous éprouvons cette fascination à suivre seconde par seconde une histoire qui se fait, sans qu’on en connaisse l’issue, mais dont chaque action nous est accessible car un témoin raconte. 
L’image est balayée au profit d’une écriture télégraphique et polygraphe. Nous choisissons les lieux en choisissant les informateurs, et voudrions-nous en suivre plusieurs il suffit d’en constituer en quelques clics une liste. On y mêlent ceux qui sont dans le cœur de l’action, et ceux qui la commentent, mieux on peut se payer des commentaires lapidaires qui rejoignent le fleuve de l’opinion.
Twitter est devenu le roi del’information sans qu’on en discerne les formes. Il est dans l’instant, il est partout, il est de toute les formes, chacun mallée cette masse liquide aussi prompte à ruisseler qu’à s’accumuler. Il n’est plus de dépendance au lourd appareillage des médias qui oblige à limiter les points de vue à quelques reporter et à leurs pilotes. Le spectateur est aussi un acteur.
L’étonnant est dans la rapidité avec laquelle des conventions se forment. Elle prennent la forme de ces hashtags, mots forgés à la minute qui en quelques heures deviennent des points de ralliement et structurent les flux : #DSK, #DSKgate, #Bistougate. Émergeant et disparaissant, marquant de leur empreintes des convergences de ton ou d’opinion, ces conventions aussitôt établies se chargent de sens et deviennent à la fois la carte et la boussole. Les drapeaux ont joué le même rôle dans les révolutions. Le tag n’est pas qu’une étiquette mais déjà une indication.
Ces fleuves charrient toutes les langues, dans le même fil se superposent ce qu’on peut comprendre et ce qu’on ne peut lire. Ce n’est même pas le fil du récit, car s’y brodent des conversations personnelles que chacun peut entendre. Quand les uns parlent à tous, certains parlent à quelques uns, et c’est le lecteur qui donne un sens à un texte sans intention mais qui réclame une grande attention.
C’est là sans doute qu’une la nouveauté absolu du média. L’anti-thèse du journal qui s’il se construit dans la succession, isole ses éléments en blocs et colonnes que le rubriquage statufie. Twitter ne distingue rien, c’est le lecteur qui compose le fil en choisissant ses sources, et le texte qu’il compose n’obéit à aucune règle éditoriale, sauf celle se ses choix. Ce texte unique, informe, n’offre à l’intelligence que l’ordre d’une succession. Cette polygraphie n’obéit à aucune intention. Tout le contraire de ce que la presse a tenté de produire. Et là est la merveille, le sens n’a pas besoin de l’intention de celui qui écrit.
Les agents qui se précipitent dans cette vaste débâcle n’ont de prise que par la répétition, la fréquence, mais surtout à la qualité répétée de leur phrases, c’est en ciselant en quelque mots des dizaines de messages que les agents peuvent espérer être retenus dans une liste, ajouté à la foule qu’on suit, devenir une source rémanente. Ce n’est pas qu’un question de style, c’est une question de pertinence, la poignée de journaliste dans la salle d’audience devient au yeux des lecteurs ceux qui sont essentiels et que l’on doit suivre. Jamais à ce point l’écologie du mème ne s’est produite dans la une forme aussi pure. L’hypothèse que les idées obéissent aux même lois que les gènes prend avec Twitter un caractère isomorphique. Mutation, sélection, et rétention trouvent dans le corps des phrases une totale expression. Avec twitter, le texte prend enfin le chemin de la vie.
Si la technique change le monde, ce sera moins car elle exerce une pression sur les corps, comme la mécanique a pu le faire longtemps, rendant les notre plus puissants, plus productifs, mais aussi plus soumis aux machines, mais car elle exerce désormais une pression directe sur les idées, non pas celle de cette minorité qui a pensé pour les autres, mais sur les idées de tous ceux qui peuvent en avoir, autrement dit sur les idées de chacun. Les livres premiers ont été une voix d’ailleurs, des dieux, que les prophètes ont agrégée en quelques livres primitifs. L’invention de l’imprimerie a libéré les prophètes, faisant d’eux des auteurs, rares au fond, car rares sont ceux qui peuvent en un livre concentrer assez de paroles qui tiennent en une seule unité à l’épreuve de la lecture. Les universités ont grandi avec l’amélioration de cette techniques, multipliant les auteurs et les sujets mais en maintenant l’autorité qui se fonde dans la capacité d’écrire.
Nous arrivons à un temps où l’auteur disparaît car le texte n’a plus besoin de maître mais redevient un livre unique, démultiplié, un texte continu fabriqué de milliards de fragments, et dont le sens n’est plus ni la volonté d’un dieu, ni d’une cohorte de démiurge, mais de l’œil d’un lecteur, de millions de lecteurs, attentifs, qui composent leur livres à partir de tessons.
Les pensées ne sont pas dans les livres, elles sont avant le livre, elles ont vécu dans l’écriture car pour les tenir il fallait les fixer. Cette écriture était couteuse, il fallait donc la rassembler dans des volumes denses. Désormais, écriture ne coûte rien, et il se produit plus d’écriture que ce qu’on pense. La pensée trouve un autre chemin, elle se fixe en piquant ici et là des morceaux d’écriture qu’elle sélectionne et rassemble dans un même dispositif.Le pouvoir est passé au lecteur, nous ne lirons plus les livres des auteurs, nous y piquerons des phrases, des paragraphes.  Le livre ne va pas mourir parce qu’il est numérisé, il va mourir car à l’heure de Twitter il est devenu inutile. 
Si le fleuve court dans son lit continument, il forme des iles qui façonnent ses méandres. Ce qu’il charrie peut courir autant que s’accumuler. La pensée va retrouver dans ces iles, ces banc de sables, les éléments fixes qui la structure. N’espérons pas que Twitter seul fasse ce travail. Chaque ilot sera repris par la main des hommes, des ponts, des dragues. Il faut une fabrique pour les tessons, et des hangars pour les héberger. La fabrique est logée dans des millions d’ateliers, certains glorieux, d’autres moins, le hangar se disperse dans les plateformes de partage.Entre deux des artisans silencieux sélectionneront, conserveront, et lieront les fragments les plus beaux.
N’espérons plus que l’intention de l’auteur parvienne intègre à l’œil du lecteur. On ne peut qu’espérer que les idées libre de la langue, puissent aller dans la liquidité du monde, féconder des  esprits qui n’en connaissent pas la langue. C’est une mauvaise nouvelle pour les moines du savoir dévoués à recopier, s’en est une bonne pour les ouvriers de la connaissance qui glanent ici et là un savoir bien trop cher. Ceux qui savent ont perdu le monopole de dire, car dire ne suffit plus, il faut lire.

Pour une université digitale

Jorge in Wonderland
Quelle stratégie dans les médias sociaux pour les Universités?
C’est une question sur laquelle on m’a demandé de plancher pour un séminaire de la FNEGE et à laquelle je répond oui avec enthousiasme. Quelques lignes de réflexions peuvent en résumer les idées essentielles.
  1. Les réseaux sociaux sont efficaces pour ceux qui possèdent une communauté. De ce point de vue les universités sont bien dotées. Avec 30 000 étudiants, celle où j’officie dispose d’une force de frappe potentielle considérable. Au regard du 1/9/90, voilà qui laisse espérer 300 contributeurs, 3000 « recommandeurs », et ces quantités peuvent être largement augmentées avec les anciens étudiants. Sur 10 ans c’est près de 100 000 personnes qui y ont fait un passage. Le nombre n’est cependant pas suffisant, il faut encore que l’attachement à la communauté soit réel. Mais de ce point de vue là, il n’y a guère de souci à se faire, le passage dans une institution académique laisse des marques à vie, les universités sont parmi les rares institutions qui transforment nos vie avec l’église et l’hôpital. On est toujours un ancien de. Et si elle a une histoire, du prestige, une légitimité, cette communauté sera d’autant plus forte, ses membres plus attachés. Il y aura toujours quelque part un de ses représentants. Les réseaux socio-numériques, sont de ce point de vue un levier puissant pour incarner cette communauté silencieuse.Elle a forcement envie de parler et d’entendre les échos d’une jeunesse qui s’éloigne.
  2. Les universités ne sont pas une mais plusieurs communautés . Celle des étudiants, celles des enseignants, de ceux qui les secondent. Les premiers se réunissent dans le passage qui leur donne un élément d’identité pour la vie et on ne comprend pas pourquoi les adresses mails ne sont pas données à vie – quelque fusse leur utilité, elles marquent un lien indéfectible, elles sont le passeport et le contrat. Les seconds sont morcelés par leurs champs, leurs institutions et n’écoutent guère un centre qui est soit un centre administratif ou une arène politique. Ils s’y retrouvent quand la marque Université est forte. La segmentation est donc une étape clé, la construction de marque le moyen d’unifier les communautés. C’est là où se trouve la difficulté pratique : ce n’est pas un réseau social qui suffit, mais différents réseaux, sur différentes plateformes qu’il faut coordonner. Il faut fédérer des dispositifs multiples, intriqués, un tissu de communautés. Sans doute faut-il organiser un marché de ces communautés. Les animer, les encourager, les aider à grandir, les croiser. Rappelons-nous que la communauté est une organisation primaire et que la société est justement cette espace où des communautés superposées cherchent leurs règles. Le fédéralisme est une notion à ré-explorer. Le monde digital le favorise pour la simple raison qui diminue les coûts de coordination. On en conclue quant au rôle des unités de communication : elle doivent orchestrer les réseaux.
  3. Les réseaux sociaux sont d’autant plus forts que le contenu à diffuser est riche. De ce point de vue les universités sont munificentes. Avec plus de 2000 chercheurs, celle où j’officie produit du contenu à un rythme qu’aucune marque n’est capable de produire. Il reste à le mettre en forme, en scène, car souvent ce matériau est illisible, conçu pour n’être entendu que de quelques uns, ésotérique. Mais sans faire de story-telling, juste en dépoussiérant et en dégraissant les pièces sorties de l’atelier on peut faire étinceler une intelligence qui par habitude paresse dans le goût du secret et se couvre de scories, de paille et de boue. Sur un plan plus technique, cela exige une veille interne, la constitution d’un réseau d’informateurs et de retrouver cette belle tradition de la vulgarisation. Il faut communiquer ce sur ce qu’on produit. Chaque jour. Un oeil à Harvard ou au MIT donne un idée claire de ce dont il s’agit. Il reste à faire cette révolution culturelle de penser l’université moins comme une église que comme un média ( c’est d’ailleurs le beau travail fait par le Cleo) . Le réseau social de l’université est un média à part entière qui diffuse, souvent par capillarité, un savoir qui doit rester libre. Cette liberté c’est celle de l’accessibilité. D’un point de vue pratique, cela exige de jouer avec une cascade de médias : les revues scientifiques et leur plateformes de diffusion, les livres, les cours et les conférences: dire jour à jour la science qui se fait. Le volume demande un savoir faire. De ce point de vue on rêverait de fondre les centres de documentation avec les unités de communication. Fédérer des contenus.
  4. Les réseaux sociaux exigent une ligne éditoriale. Dans la continuité, on comprend que la matière doit être éditée. Dans le sens noble et ancien du métier d’éditeur. En respectant la lettre et l’esprit, faire briller le bronze que verdissent les intempéries. Dessiner des jaquettes, composer le texte. Faire du manuscrit une idée prête à affronter l’espace public. Mais plus encore donner au torrent, que dis-je, au fleuve, de la production universitaire, un lit sans trop de méandres, qui s’organise en un grand bassin. C’est là sans doute un point faible des universités. Le désordre que les institutions politiques ont introduit avec leurs grands machins est un ennemi évident. Seul un esprit véritablement scientifique et humaniste peut y remettre de l’ordre. Scientifique car il faut donner un sens qui correspond à une réalité, humaniste car il s’agit aussi de dépasser les bornes des spécialités pour qu’un véritable entendement soit possible. Peu importe les supports. Le portail central et ses réseaux périphériques, les campagnes publiques et le travail microscopique des diplômes. L’utilisation des réseaux sociaux à l’université dépend de la qualité d’un projet éditorial. Nous produisons un journal virtuel de la science, il nous faut le réaliser. C’est une idée difficile : penser l’université comme un média.Une audience qui rencontre une programmation. On oublie parfois que l’université est aussi une industrie culturelle.
  5. Les réseaux sociaux ont besoin d’une équipe éditoriale. C’est la petite découverte des praticiens des réseaux sociaux. Il ne suffit pas de cliquer et de retwitter. Ce n’est pas une équipe de bonne volonté qui fait les choses. L’équipe éditoriale doit être issue du corps productif, la valeur de vérité tient à celà. Qu’une ligne soit donnée, elle doit être alimentée. Les belles histoires de réseaux sociaux numériques sont des questions d’organisation, des équipes de 10 à 100 contributeurs. Une communauté dans la communauté. Il faut des informateurs, des reporters, des rédacteurs, des animateurs., une langue. La technique est secondaire. Une chaine vidéo, une plateforme de slides, des documentations, une radio digitale, il faut tout. Mais il faut surtout ceux qui acceptent de produire. Chacun avec son talent alimentera l’architecture des médias.
Nous avons évoqué les principes, nous n’avons pas discuté de technique. Nous serons court à ce sujet, rappelant simplement une distinction proposer par Christian Fauré entre techniques de la relation et technologiesrelationnelles. Si les universités possède le contenu, peuvent aligner des troupes considérables et disposent en puissance des technologies relationnelles, il lui reste à reconstruire ses techniques de relations. Repenser ses rapports aux étudiants, aux professeurs, aux entreprises, aux médias, aux proches de ses étudiants.
A repenser que l’article de recherche n’est pas que le moyen d’affiner un CV pour obtenir un meilleur poste, mais que leur format donne à l’idée le moyen d’en établir une valeur de vérité. A repenser que le cours n’est pas une obligation statutaire auquel les étudiants satisfont pour le bénéfice d’une note, mais le laboratoire où l’enseignant teste et formalise les idées qui viennent de son travail. A repenser que l’université est un espace public, qui s’il délivre des diplômes, doit ouvrir tous ses espaces à l’ensemble de la société. Que sa mission première est de diffuser la connaissance qu’elle produit. La connaissance est affaire de vérité, sa diffusion est affaire d’attention. Dans cet esprit les réseaux sociaux sont de formidables vecteurs de gains de productivité. Il rendront poreux les murs de l’académie, laissant entrer les questions de la société, laissant naître enfin leurs idées. Soyons décidément optimistes, les réseaux sociaux construisent une autre université quelque soient les stratégies qu’on leurs assignent. 
Ce n’est pas le classement de Shanghai qui règne, mais la société de la réputation. Le meilleur moyen de la construire est d’engager la conversation. Les réseaux sociaux en sont la chance.

Au fil du feed : paper.li

Paper.li débarque en France, et semble largement se diffuser si j’en crois ma time-line. 
Paper.li est une simplicité déconcertante. C’est un journal, une page et une adresse composée comme la Une de nos quotidien, mais nourrie par l’es informations indexées le jour précédent par la horde de ceux qu’on suit sur twitter. Pour créer ce journal, il suffit de donner son login. Quelques minute d’analyse et la page est publiée. Efficace et beau. A ce jour la version est minimale, on ne peut paramétrer les comptes. Choisir un modèle d’édition, donner des priorité. L’engin fonctionne seul. Il envoie chaque jour l’édition du jour.
Quel engin dérrière qui décode les twits, séparant les hashatag, réponses, RT, et ramène à la surface les contenus des adresses raccourcies, et les distribue entre des catégories, leurs alloue une place et compose la page? Nous sommes curieux de le savoir, plus encore d’une version qui pourra permettre d’agir sur ce paramétrages, donnant plus d’importance à certaines sources, favorisant certains mots clés.
Cette couche superposée sur la couche des conversation de twiter remplit un double rôle de filtre et de mise en valeur. Le fil twitter que l’on ne peut raisonnablement suivre s’il l’on a plus de 200 à 500 suivants, pour nourrir convenablement notre appétit d’information doit être retraité. Filtrer d’une part pour éliminer les scories, brouillons, redondance, mais aussi classer hierarchiser et marquer ces différence par une capacité d’attraction de l’attention plus forte. C’est exactement ce que fait paper.li et que d’autres services font vraisemblablement.
On comprend du même coup le rôle de twitter, celui de nourrir le fil de nos information, non seulement par l’alimentation – ce qui est deja bien fait quand notre sélection de sources est avisée, mais aussi la digestion. C’est le rôle d’applications et de services comme paper.li. Les applications sont évidentes : la veille, qui peut ainsi être mieux distribuée, le compagnon d’un blog, les revues de presse. Répondre à la nécessité d’arrêter le temps dans un espace, de saisir le stream dans son ensemble.
Sans doute le prototype d’une évolution des plateforme qui associe crowdsourcing, personnalisation, filtrage auto-contrôlé et collaboratif, mashup ( car c’en est un), visualisation et design.C’est un produit d’une start-ip suisse, smallrivers.com  localisée au sur le campus du Swiss Institute of Technology EPFL. Une idée européenne.
La leçon est claire : le nouveau monde du digital n’est plus un problème de production de contenu, il n’est plus un problème de recherche du contenu, il est encore un problème de mise en relation des producteurs de contenus, il devient de plus en plus un problème de filtrage du contenu. Cette avanture apporte l’idée d’une solution, avec l’élégance de reprendre les code d’une vieille institution : celle de la presse.

A lire aussi 

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    Le contenu de la marque : présentez vos documents!

    Bientôt la conférence infotodoc et la joie de participer à un atelier  organisé par Didier Delhaye de Cincom en excellente compagnie.

    Juste en avant-première cette idée qu’à l’heure du brand-content, il va falloir se demander comment fournir assez de contenu aux marques. Un contenu sous la forme de livres blancs, de journaux, de catalogues, de vidéos, de factures, de contrats, d’historiques, de comptes, de présentations, de notes, d’articles, de sons, de photos, de webinaire, de formulaire. Juste pour une première approche.

    Les entreprises sont devenus des quasi-éditeurs, à l’heure digitale le contenu est numérique et est prêt à se distribuer dans la chaine éditique au travers des multiples canaux. C’est ce contenu  qui nourrit la marque , peut être faudrait dit-il  injecter de la marque dans la masse des documents. Des documents dont Jean-michel Salaun donne une perspective précise et riche. Un élément de communication que le marketing a souvent oublié, obnubilé par les slogans. Ainsi le besoin de produire une parole de la marque, une parole qui entretienne la grande conversation en distribuant ses documents.
    Et juste pour donner un ordre d’idée, une banque émet quelques dizaines de millions de relevés chaque année, la SNCF 800 millions de billets, . Sans rien changer, juste en prenant conscience de la masse des documents produit et archivables, il y a sans doute du grain à moudre pour le contenu de marque. D’autant plus que ce volume considérable est de mieux en mieux traité par la chaine éditique. En dématérialisant, en remastérisant, il y a un espace de communication considérable à reconquérir. Quant au rythme à lui donner ce sera une histoire de story telling.

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    Un troupeau de livres pour de rares bergers

    Le livre ne vit qu’en troupeau, que ce soit dans les bergeries des bibliothèques ou sur les alpages de l’âme (je parle naturellement d’une sorte de mouton sauvage).

    A l’heure où le livre électronique va prend son élan, il serait sans doute bon de se poser la question de qui lit et comment.

    Dans la profusion des discussions et commentaires à propos du livre électronique, si l’on parle des éditeurs et des nécessaires changements de modèle économique, un peu moins des auteurs, beaucoup de cet objet-livre comme l’on célèbre un fétiche, le lecteur est oublié plus encore que sa lecture et ses lieux. Il est une belle histoire de la lecture.
    Et ce lecteur est rare. Les enquêtes existent, celle du ministère de la culture ou du la CNDL donnent quelques indications. En s’appuyant sur ces indications 85% des livres sont lus par moins de 25% de la population et sans doute les 10 % qui ont achetés 12 livres et plus dans l’année représentent 80% des ventes.
    On comprend le pari de Apple : la tablette n’est pas faite pour le livre, ou incidemment, dans la mesure où ce paysage doit être nuancé par le niveau d’éducation. Les grands lecteurs sont cadres, ont un bac+5 et sont plutôt des femmes.  Ce sont aussi les acheteurs de la tablette. L’argile des babylonien n’était pas un média de masse. Et si la tablette voyait ses prix se réduire, par une stratégie classique d’écrémage, on l’utilisera bien plus pour jouer et s’informer au quotidien que pour lire.Les révolutions souvent se limitent au palais.
    Inutile donc de mettre en concurrence les Kindle, Nook et autre liseuses de Sony. Ces objets s’adressent à un petit marché, celui des lecteurs fréquents. Et ces lecteurs ont de particulier que si le livre est un objet unique , il ne prend sens que dans une bibliothèque déjà richement dotée. Ils sont les bergers d’un petit troupeau.
    Ils ne se contentent pas de lire en silence ( souvenez vous que cette lecture est une pratique somme toute récentes), ils lisent en résonnance. Ils ne lisent pas forcement du début à la fin (il n’y a que les policiers que l’ont lis du début à la fin), mais dans tous les sens, ils annotent, ils encochent, ils cornent. Ils ne lisent pas seuls, ils échangent, se nourrissent de compte-rendu, de critiques, en parlent à leurs amis. La lecture est sociale.Elle pourrait devenir pornographique aussi.
    Si l’on veut vraiment connaître ce marché sans doute vaudrait-il mieux étudier les superlecteurs que les otaries et les phoques assoupis sur les plages. Leurs 3 thrillers de l’été seront leur lecture de l’année. Ils oublierons les volumes dans leurs chambre d’hôtel qui iront peupler la bibliothèque du centre de vacances. Ces lecteurs forment un marché qui reste considérable, les 30 titres les plus vendus représentent 8 000 000 d’unités vendues annuellement, ou 5% du chiffre d’affaires de l’édition (les 1000 premier 20%), sur 450 millions d’exemplaires. 520 000 références ont été vendues au moins une fois et 60 000 nouveautés et rééditions sont publiées chaque année.
    Les super-lecteurs, ceux qui achètent plus de 30 ou quarante livres par an, en lisent le double, sont finalement peu connus. Ces boulimiques peuvent l’être par profession, universitaire ou journaliste, ou par passion. Gageons qu’ils venèrent moins l’objet que la bibliothèque. Une partie d’entre eux sont ces lecteurs de revues scientifiques qui progressivement prennent l’habitude d’aller dans ces bases documentaires géantes telles que ebsco, Elsevier, Scopus, thomson content currents sans compter les ArXviv… en voici un témoignage. Des milliers de revues, des millions d’articles rassemblés en bases qu’on annote, qui fournissent des références, que l’on peut échanger, classer, accumuler. Un rêve labyrinthique, borguesien.
    Les lecteurs ne lisent pas que des livres, les lecteurs professionnels d’ailleurs abandonnent les livres qui n’ont plus de valeur, ils lisent des revues, parfois la presse, le livre ne se limite pas au divertissement littéraire, il est ce moyen d’acquérir une connaissance qui grandit chaque jour aussi vite qu’elle fond.  Le livre change de forme. Comme l’album se réduit au morceau, les livres se réduisent à la nouvelle, à l’article. Mais le lecteur survit, le grand lecteur continue de lire, son addiction est telle qu’il exige moins l’accès au livre qu’à la bibliothèque.
    Le marché des liseuses, est un marché de clés. Qui va ouvrir les portes aux nouvelles tours de Babel?

    A lire aussi ici

    Le grand livre de l’internet

    et ailleurs (surtout) :  Read/Write Book sous la Direction de marin Dacos

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    Vlogging : l’effet de réalité?


    De toutes les transformations du web, la vidéo est sans doute une des plus impressionnantes. Elle prend des formes multiples, l’apparition de Youtube et Dailymotion en est la plus apparente, la propagation des vidéos clips a capté largement l’attention. Mais c’est le Vlogging qui est le plus intriguant.

    Évoluant dans son ton et son format, le message vidéo réalise aujourd’hui le vieux fantasme de la camera stylo, concept inventé par Alexandre Astruc en 1948 , et les idées d’un Jean Rouch et d’un Edgard Morin en 1961 dans leur idée de cinéma-vérité, incarnée dans le film “Chronique d’un été”.

    Le neuf réside moins dans la technologie, même s’il faut rendre successivement hommage à Nagra, Arriflex , à la betacam puis la Handycam, pour, dans la préhistoire de l’internet, avoir fait que le concept d’écrire directement l’image et le son puisse se réaliser. L’image n’est plus une affaire d’équipe mais une action que chacun peut entreprendre, aussi simplement qu’avec un stylo et du papier…le talent faisant la différence ensuite. Ces techniques se sont moins mises au service de la fiction qui dès la naissance du cinéma a engagé des moyens industriels, qu’à celui du documentaire, et plus encore au service d’une réalité subjective, que l’on confie aux journaux intimes.

    Le neuf réside bien dans la diffusion d’images personnelles, authentiques et sincères. Le Vlogging en est désormais l’expression : user du son et de l’image pour communiquer se fait ainsi aussi simplement que de répondre à un courrier. Rien de très original dans ces observations, sauf à s’interroger sur la nature du média. Quel impact ?

    On peut penser que ce type de communication est plus efficace, puissant, persuasif que les textes et les images statiques. C’est le secret sans doute de la télévision et de son succès universel. Il reste à s’interroger sur les raisons de cet impact. On doit s’y interroger d’autant plus qu’on connait depuis longtemps le caractère trompeur et les intentions stratégiques dans l’image.

    Quelques-unes viennent à l’esprit. La première est économique: l’effort est moins élevé que l’effort de lecture. Vive les couch potatoes! C’est l’argument du TAM. Une seconde peut provenir du principe de crédibilité de la source: l’image et le son réalisent un simulacre de réalité qui donne plus de vérité au message. Une troisième raison est la force de l’engagement, quand l’émetteur du message est inclus dans la communication, il crée un lien que le narrateur masqué élude dans l’écrit. D’autres raisons peuvent être invoquées, on invite les lecteurs à les proposer.

    Pour notre part, nous nous arrêterons ici à cette simple proposition : dans un univers communicationnel médiatisé par les machines, le message vidéo recrée un lien dont les vertus sont l’authenticité, la confiance, l’engagement, quelques-uns des critères qui fondent les conditions de la conversation juste, tel que le pense Habermas et que reprennent à leur compte d’autres.

    Quoi que l’on puisse rester sceptique, quelle vérité dans le simulacre? Une telle proposition doit être éprouvée à l’aune de ce qu’un Barthes a appelé l’effet de réel et dont jouent les réalisateurs, maîtres de notre culture. Car l’effet du réel ne vient pas tant de la technique, que de son appropriation culturelle. L’image et ses techniques n’évacuent pas la question du sens, qui s’il se construit par et dans les procédés, requiert des conventions communes pour être efficient.

    La camera stylo, aujourd’hui le Vlog, offriraient ainsi un ensemble de conventions qui assurent le dialogue et forment l’espace public. D’un point de vue pratique, la culture du reality show!

    PS1: Le billet n’a pas abordé la question de l’usage par les entreprises, pour y réfléchir un coup d’œil à la Web TV d’orange est intéressant! Et rappelons la belle expérience du Wiki client PS2: Et pour ceux qui ont le temps, la belle étude de Michael Welsh :